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Le big bang de l’élargissement
Par Nicolas-Jean Brehon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
18/03/2004 • 11h21

Avec l’élargissement du 1er mai, l’Union européenne se trouve confrontée à quatre épreuves cruciales. La première est l’épreuve de l’espace. Jusqu’en 1989, la division politique du monde donnait à l’Europe des bornes et une géographie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Europe a perdu ses repères géographiques, les frontières ont éclaté, le périmètre européen s’étend et personne ne sait où le mouvement s’arrêtera : la Turquie demain, l’Albanie, le Maghreb après demain ? La deuxième épreuve est celle du nombre. Les institutions, prévues pour Six, ont fonctionné à Quinze mais ne fonctionneront pas à Vingt Cinq sans modifications majeures. Le changement de la composition de la Commission est acquis, mais l’UE, en particulier le Conseil, ne peuvent fonctionner avec leurs règles actuelles. C’est l’un des enjeux de la Constitution européenne. La troisième est l’épreuve de la disparité. Jamais les écarts de richesse entre Etats membres n’ont été aussi importants. Le niveau de vie moyen des Dix nouveaux entrants est inférieur à la moitié du niveau de vie des Quinze. L’écart maximum entre les deux extrêmes (la Lettonie et le Luxembourg) est de 1 à 5. Le rattrapage du niveau de vie communautaire sera nécessairement long, beaucoup plus long que pour les précédents élargissements.

L’incertitude budgétaire.

La dernière épreuve est budgétaire. Le coût de l’élargissement n’a été évalué que jusqu’en 2006. Ce coût est encore relativement modeste : 59 milliards d’euros en sept ans, soit 13,8 milliards au titre des aides de préadhésion entre 2000 et 2003 et 45,3 milliards les trois premières années de l’adhésion (entre 2004 et 2006). 45 milliards d’euros, représentent un an de crédits de la politique agricole commune dans l’actuel budget annuel de l’Union.

Le problème, c’est après. Aucune administration, nationale ou communautaire, ne se risque à chiffrer ce coût. Deux paramètres sont a peu près connus. Les futures dépenses agricoles, fixées au Conseil européen de Bruxelles en octobre 2002 jusqu’en 2013, se montent à 25 milliards d’euros en sept ans. Les aides régionales n’ont pas été définies, mais seront proches de la limite qui a été fixée, soit 4 % du Produit intérieur brut des nouveaux entrants, soit de 150 à 160 milliards d’euros. Ainsi, les seuls éléments chiffrés permettent d’évaluer les dépenses autour de 180 milliards d’euros en sept ans, trois fois plus qu’aujourd’hui.

200 milliards d’euros en sept ans

D’autres dépenses ne sont pas encore évaluées (recherche, environnement, développement rural..). Toutes dépenses confondues, la dépense totale engagée pour les nouveaux membres devrait donc atteindre de l’ordre de 200 milliards en sept ans (avant prise en compte du montant des contributions versées au budget communautaire par les nouveaux membres, de l’ordre de 7 milliards par an).

L’importance de la dépense et surtout, le partage de son financement seront au centre des prochaines négociations budgétaires sur le futur cadre financier européen qui vont durer toute l’année 2004 et une bonne partie de l’année 2005.

Nicolas-Jean BREHON est spécialiste en finances communautaires. Il enseigne les finances publiques à Paris I Sorbonne et chronique régulièrement pour ’Le Monde de l’économie’ et ’La Croix’

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