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Courrier européen Les Roms, un nouveau défi pour l’Europe
4/03/2004 • 00h00
La récente révolte des Tsiganes en Slovaquie a attiré l’attention sur la situation des Roms d’Europe centrale. Avec l’entrée dans l’Union européenne de dix nouveaux pays le 1er mai prochain, quelque 1,4 million de Roms vivant dans une extrême précarité vont devenir citoyens de l’UE. Qui l’eût cru ? A deux mois de son adhésion à l’Union européenne (UE), l’Europe centrale s’est fait remarquer par une révolte... de la faim. Début février, au nom de la "modernisation de l’Etat", le gouvernement slovaque a annoncé une baisse radicale des aides sociales, dont l’allocation chômage. Les Roms de la ville de Levoca ont été les premiers à réagir. Le 18 février, quatre-vingts d’entre eux ont envahi le supermarché du coin pour en sortir, sous les manteaux, tout ce qui était possible. Deux jours plus tard, les protestations atteignaient le sud-est du pays, où les Roms avaient opté pour une méthode plus radicale en prenant d’assaut les magasins ! A Trebisov, à vingt kilomètres de la frontière hongroise, d’autres Tziganes révoltés, prêts à piller, se sont heurtés à la police, qui a fini par encercler et ratisser leur quartier. Le 24 février, Bratislava décidait d’envoyer davantage de policiers ainsi que des militaires (sans armes) en renfort, ce qui allait calmer les esprits. Les douze points du plan de sortie de crise concocté à la hâte par le gouvernement semblent peu satisfaisants, n’allant pas plus loin que quelques propositions d’emplois municipaux ou l’autorisation de la cueillette dans les forêts... Néanmoins, même si le pouvoir a opté pour la solution musclée, les "soulèvements" ont porté quelques fruits : pour la première fois, l’opinion publique slovaque a pu mesurer la gravité de la situation et constater que quasiment rien n’était fait en faveur des Roms, pauvres parmi les pauvres. De même, la population a pu se rendre compte de l’importante discrimination dont les Tsiganes sont victimes et du degré de misère qui les jette dans les bras d’usuriers - plusieurs ont été arrêtés par la police - qui les exploitent. Dans les autres pays de la région, on n’en est pas là, grâce notamment à quelques programmes qui fonctionnent et à une élite rom très active, en Hongrie par exemple. Mais on n’en est pas si loin que ça. Car, tout comme en Slovaquie, en Hongrie et en République tchèque aussi les Roms constituent la couche sociale la plus démunie. Ainsi, d’après le sociologue hongrois István Kemény qui s’exprime dans les colonnes de l’hebdomadaire Heti Világgazdaság, les quatre cinquièmes des Roms en Hongrie font partie du tiers de la société vivant au-dessous du seuil de la pauvreté. Quant aux 18 à 20 % restants, ils appartiennent au deuxième tiers, autrement dit à une frange qui arrive juste à boucler ses fins de mois. De même, contrairement à l’époque d’avant la chute du communisme (1988) où la plupart des Roms avaient du travail, aujourd’hui seulement 28 % des hommes ont un emploi. Moins éduqués que le reste de la population, les Roms habitent en outre les régions les plus touchées par le chômage. Seule exception Budapest, où la main-d’oeuvre manque tellement que même ces réprouvés trouvent des petits boulots. "Et dans l’éventualité d’une amélioration économique, ils seraient les derniers à en profiter en obtenant un emploi", explique István Kemény. Le journal rappelle au passage qu’en Hongrie, comme dans la plupart des pays d’Europe centrale, seulement un tiers de la société vit à l’abri de la précarité, loin des deux tiers de l’Europe occidentale. Que faire alors ? "En attendant la relance, les gouvernements n’ont qu’à améliorer la scolarisation des Roms et remédier aux inégalités territoriales en orientant les investissements dans les régions en crise et en tirant le plus de profit de l’Union européenne." Une recette qui doit prévaloir dans tous les pays concernés. Car d’ici deux mois, les quelque 1,4 million de Roms d’Europe centrale seront bel et bien citoyens de l’UE. Paradoxalement, les tabloïds anglais sont les seuls à s’inquiéter de la pauvreté des Roms et de la menace consécutive d’une prétendue "invasion". "Mais qui a envie d’une nouvelle vague de migration ?" s’interroge Agnes Daróczi dans Magyar Hírlap : "Certainement pas les Roms. Ils veulent vivre là où ils sont nés", précise cette sociologue et militante rom. Elle note également que ce qui est considéré comme une "question rom" est avant tout une question de pauvreté, un problème de politique économique et sociale dont les Tziganes représentent la partie la plus visible mais ne sont pas les seules victimes, loin de là. Dans cette histoire, estime Agnes Daróczi, "la séduction des capitaux étrangers, l’utilisation de l’argent de l’Union, la cohésion sociale et, dans un sens plus large, la stabilité de l’Europe" sont, elles aussi, en jeu. A l’Union élargie donc de trouver une solution satisfaisante pour que les grands perdants des changements de régime à l’Est ne soient pas aussi ceux de l’adhésion à l’Ouest. Le défi est d’autant plus grand que, en 2007, avec l’entrée prévue de la Roumanie et de la Bulgarie, quelque 2,8 millions de Roms supplémentaires, vivant eux aussi dans une pauvreté extrême, sont censés rejoindre l’Union européenne. Miklos Matyassy © Courrier international
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