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In situ Les studios Babelsberg, entre mythe et velléité hollywoodiens
Par Stephen Bunard (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
25/03/2004 • 00h00
Un mois après le 54ème Festival du film de Berlin, tournons le regard vers les mythiques studios de Babelsberg. La convoitise qu’ils suscitent depuis quelques semaines en Allemagne, comme les ambitions de certains studios, ailleurs en Europe, témoignent d’une industrie cinématographique toujours à la recherche d’un hypothétique « Hollywood européen ».
L’argent coule à flots, puis Babelsberg prend l’eau Que vient alors faire en 1992 la très française Compagnie Générale des Eaux (devenue Vivendi Universal) à Babelsberg ? Via une filiale immobilière, elle achète en priorité le terrain, davantage convoité que les studios, quasi inutilisés. Avec toutefois l’espoir, vite déçu, de voir s’envoler, à la suite de la réunification, le marché allemand du cinéma, second marché mondial. Une grande mutation s’opère d’abord pour ancrer les studios dans la modernité et assurer leur pérennité. Babelsberg, se mue en Studios Babelsberg GmbH et devient « Cité des médias ». Aujourd’hui encore, outre les studios Babelsberg GmbH (services et production), Babelsberg Film (production) et Filmpark Babelsberg (divertissement), la ville recense une centaine d’entreprises media. La construction de nouveaux espaces et la vaste palette des services proposés et la maîtrise du numérique dorent le blason des studios. L’atelier Marlène Dietrich (le plus grand studio de cinéma d’Europe avec 4.000 m2), très moderne, est fort prisé, car son équipement complet répond aux demandes internationales. En 2000, Jean-Jacques Annaud tourne « Stalingrad » à Babelsberg, une superproduction avec Jude Law, qui fera l’ouverture du Festival de Berlin. Puis en 2002, « Le Pianiste » de Polanski. Cependant, le nombre de grosses productions au-delà de 200 millions d’euros ne permet pas de faire suffisamment tourner les studios. Et les acteurs américains n’apprécieraient pas de « lâcher au fisc allemand 30 à 40% de leurs cachets, d’où une tendance à la désaffection des productions américaines », selon un expert audiovisuel. Au total, c’est en tout cas un demi milliard d’euros qui auront été investis en huit ans par Vivendi Universal (VU). Engloutis, plutôt. A la recherche du « Hollywood européen » En 2002, Vivendi Universal (VU), parallèlement enferré dans les soucis avec Canal+, n’a pas souhaité remettre la main à la poche, alors que la clause de son contrat lui permet de partir. Les studios ne sont toujours pas rentables en dépit du développement des activités annexes (location de plateaux de télévision pour des séries et la post-production notamment). Seuls deux studios en Europe seraient profitables : Pinewood en Angleterre et Barrandov à Prague (2,5 millions d’euros de bénéfices annuels depuis 1999). « Il y a 3 à 4 fois trop de plateaux de tournage en Allemagne, et plus généralement en Europe, ce qui conduit à une concurrence sauvage et explique que la quasi-totalité des exploitants de studios génèrent des pertes. », explique Thierry Potok, patron de Vivendi Allemagne, qui dirige également les studios Babelsberg. La rentabilité peine à venir. Le déficit cumulé depuis 1992 se chiffrerait à une dizaine de millions d’euros pour les studios, qui emploient 230 personnes environ. Avec ces résultats décevants, l’opportunité pour Babelsberg de devenir un « Hollywood européen » tourne court. « Nous avons réussi à attirer de grosses productions internationales, et certaines d’entre elles américaines, mais nous n’intégrons pas suffisamment de métiers et ne sommes ni producteurs, ni distributeurs, ni chaîne de télévision. On ne peut d’ailleurs nulle part en Europe parler de « Hollywood européen », estime Thierry Potok. Pinewood dispose d’un budget de fonctionnement de 50 millions d’euros, Babelsberg suit avec 30 millions puis Barrandov avec 26 millions. Des sommes très modestes au regard du grand frère californien. Babelsberg de retour en Allemagne ? Clap de fin pour les Français ? Babelsberg pourrait redevenir... allemand. ARD/NDR/Studio Hamburg a manifesté début 2004, par la voix de Jobst Plog (ancien patron d’ARTE et actuel patron de ARD et de NDR), son intérêt pour les studios. Notamment dans la perspective de développer les activités de production télévisuelle, très dynamiques Outre-Rhin. Cela tombe bien, Vivendi aimerait s’en défaire avant 2005. Selon un rapport du cabinet Mac Kinsey, cette fusion pourrait « permettre aux deux entités de sortir du rouge ». Mais à quel prix ! La suppression de 113 emplois en résulterait. La moitié des salariés. A défaut d’Hollywood, Oncle Picsou n’est pas loin... Mémo Les débuts du studio : de l’Ange bleu au démon nazi Nés en 1912, dans la banlieue de Potsdam, aux portes de Berlin, et à leur apogée dans les années 30, les studios ont ensuite mal tourné, en devenant un instrument de la propagande hitlérienne. Jusque dans les années 20 s’y succèdent pourtant les grands noms du cinéma : Ernst Lubitsch, Fritz Lang avec « Metropolis » et Sternberg avec « L’ange bleu » (1930) et la sensuelle Marlène Dietrich, l’un des premiers films du cinéma parlant. C’est l’heure de gloire de l’Universal Films AG (UFA). Mais l’arrivée au pouvoir des nazis et la nationalisation des studios ouvre une ère plus sinistre (1933 à 1945) et provoque la fuite d’artistes. que le Reich prend Hollywood comme modèle avec des revues et des comédies. Le scénario se répétera quand Babelsberg se situera durant la guerre froide dans le secteur soviétique. La Deutsche Film AG (DEFA), en 1946, reprend le flambeau et tourne des centaines de longs métrages ou films pour enfants dans contexte politique dévolu à « éduquer » les masses. En 1992, Vivendi, actuel propriétaire, rachète les studios et s’apprêterait en 2004 à les céder à NDR/Studio Hamburg. En savoir plus : Le site des studios de Babelsberg |
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