Le 15 mars dernier, douze étudiants de l’Institut d’études Politiques remettent à la Ministre déléguée aux affaires européennes un rapport consultatif. Le point commun de ces étudiants : ils viennent tous des nouveaux pays de l’élargissement et sont tous boursiers de l’association du Pont Neuf.
Un groupe consultatif pour un rapport symbolique
C’est à Strasbourg, en décembre dernier, que les boursiers en sciences politiques de l’association du Pont Neuf se voient remettre une lettre de mission par Noëlle Lenoir. Le geste est symbolique : les étudiants viennent en effet de Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie. Et intégreront l’Europe officiellement le 1er mai prochain. Leur rapport devait répondre à trois question : comment mieux faire connaître leurs pays en France, comment développer le sentiment de citoyenneté européenne et comment améliorer l’accueil des étudiants étrangers en France ? Le rapport est consultatif mais les réponses pratiques.
Pour mieux faire connaître leurs pays, les étudiants préconisent surtout l’organisation de manifestations culturelles « immédiatement opérationnelles, en partenariat avec le secteur privé et susceptibles d’atteindre toutes les catégories de la population ». En matière de citoyenneté européenne, le rapport part du principe que « l’amélioration de l’information des citoyens est la condition préalable de leur participation dans la vie de l’Union Européenne. » Surtout, c’est l’Europe qui doit venir au citoyen. Le rapport propose donc un véritable plan média où se mélangent des propositions hétéroclites, qui relèvent pour certaines de la campagne de communication et pour d’autres de la véritable information.
La question de l’accueil des étudiants étrangers est encore à l’étude car le groupe consultatif attend les réponses d’un questionnaire envoyé à un certain nombre d’étudiants étrangers.
Ces idées seront-elles retenues ? L’entourage de Madame Lenoir indique que « le dossier va être regardé avec intérêt et remis aux opérateurs concernés, car on ne peut pas tout faire ». En clair, certains sujets dépendent de l’éducation nationale, d’autres de la culture etc.. Et le cabinet des affaires européennes ne peut que suggérer des idées sans prise de décision finale.
Une association volontairement élitiste
L’association du Pont Neuf a 14 ans. Elle est créée juste après la chute du mur de Berlin par Bernadette Chirac pour faire se rencontrer les jeunes Français et ceux de pays nouvellement libérés de l’influence soviétique. Si les sept premières années de l’association sont consacrées aux échanges scolaires, les sept suivantes, sous l’impulsion de Sophie Fouace, s’orientent vers les relations universitaires. L’accent est mis sur les sciences politiques, avec une dizaine de boursiers par an, et la médecine, avec une trentaine de stagiaires par an. Les jeunes médecins restent en France pour six semaines de stage d’observation, et les autres intègrent Sciences Po pour une année scolaire, la quatrième de l’école, libre à eux de rester pour la cinquième.
Sophie Fouace reconnaît le caractère élitiste des bourses de l’association : « Nous avons un double parti pris : ne pas aller dans tous les sens, et aller vers un certain élitisme pour accueillir ces jeunes qui vont intégrer à 2000% tout ce qu’ils vont apprendre en France. Notre objectif est qu’ils prennent ce que la France a de meilleur, qu’ils comprennent les mécanismes de réflexion français. ». Pour François Vérillaud, directeur des affaires internationales et des échanges à Sciences Po, « il y a des choix à faire dans la mesure où il y a un petit nombre de boursiers. » Les bourses des étudiants en sciences politiques sont de 8.000 euros par an et sont financées par l’association. Le budget de cette dernière est constitué à 90 % de dons d’entreprises et à 10% d’une subvention du Ministère des Affaires Etrangères.
Sciences Po et l’association n’ont aucun lien formel. En revanche, ils poursuivent des objectifs communs car « il est important que ces étudiants puissent accéder à des études en France. Cela fait partie de notre politique » poursuit M. Vérillaud. Il insiste également sur la qualité de la sélection des boursiers du Pont Neuf. C’est le fruit d’une coopération entre Madame Fouace et les professeurs de français d’universités des pays d’Europe centrale et orientale. Les étudiants retenus passent le concours d’entrée à l’IEP, puis sont auditionnés par Madame Fouace en compagnie d’un membre de l’ambassade de France.
Une vocation franco-européenne
Les bourses accordées par le Pont Neuf se sont d’abord fait dans une conception française et « c’est au fil du temps, avec l’approche de l’entrée de ces pays dans l’UE, qu’on a eu conscience que la petite histoire de l’association rencontrait la grande histoire de l’Europe » avoue Sophie Fouace. De fait, une grande partie des boursiers se dirigent vers l’administration européenne, surtout cette année. Sinon les étudiants retournent dans leur pays pour y intégrer la diplomatie ou la haute administration nationale, tout en conservant des liens forts avec la France. Quant à l’association, le vœu de Sophie Fouace est d’élargir son action aux nouveaux voisins de l’UE : Moldavie, Ukraine, Bulgarie, Roumanie « parce qu’on y trouve beaucoup de francophones... »
Pour en savoir plus :
Le site de l’association Le Pont Neuf
Pour en savoir plus sur les bourses européennes