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Chypre entrera-t-elle réunifiée dans l’Union européenne ?
Par Nathalie Van Batten (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
1er/04/2004 • 18h16
La réunification de Chypre, séparée en deux depuis 30 ans par la "ligne verte", dépend désormais d’un referendum. A la fin du mois, les Chypriotes grecs au Sud et les Chypriotes turcs au Nord voteront pour ou contre le plan proposé par Kofi Annan. Seul un "oui" général permettrait l’entrée de Chypre réunifiée dans l’Union européenne.
Ecoutez Semih Vaner sur le rôle de l’ONU à Chypre depuis 1974. Directeur de recherche au Centre d’Etudes des Relations internationales (CERI), spécialiste des relations internationales en Méditerranée orientale. Il préside l’AFEMOTI (Association française pour l’étude de la Méditerranée orientale et du Monde turco-iranien). Le contexte et les acteurs des négociations La réunification de Chypre, séparée en deux depuis 30 ans par la "ligne verte", dépend désormais d’un referendum. A la fin du mois, les Chypriotes grecs au Sud et les Chypriotes turcs au Nord voteront pour ou contre le plan proposé par Kofi Annan. Seul un "oui" général permettrait l’entrée de Chypre réunifiée dans l’Union européenne. Les négociations pour la réunification ont repris il y a deux mois, sans succès. Après l’échec d’un compromis entre les leaders chypriotes grecs (Tassos Papadopoulos) et turcs (Rauf Denktash), les premiers ministres de la Grèce (Costas Caramanlis) et de la Turquie (Recep Tayyip Erdogan), pays garants des deux parties chypriotes, sont venus en renfort pour surmonter les blocages. L’espoir résidait depuis lundi dans le nouveau plan proposé par Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. Il n’a pourtant été accepté que par le Premier ministre turc. Le Premier ministre grec et les deux leaders chypriotes l’ont rejeté. Ce qui compromet des résultats optimistes pour le referendum prévu le 24 avril dans les deux parties de l’île. Selon un sondage paru avant la conclusion de ces négociations, seulement 4% des Chypriotes grecs comptaient voter en faveur du plan contre 76% pour les opposants et 22% pour les indécis. Semih Vaner nous livre quelques clefs pour mieux comprendre la situation chypriote actuelle.
Nicosie. Au centre, la ligne verte et le passage du Ledra Palace. © Grégory Buchakjian - baronbaron.com
NVB : Trois mois de négociations pour réunifier une île divisée depuis trente ans, n’était-ce pas un peu court ? SV : Il y avait déjà eu des négociations, notamment le Sommet de La Haye en avril 2003. Des observateurs disent qu’à La Haye les deux parties ont manqué une chance de s’entendre. Mais en fait les négociations ont toujours existé. Simplement on a assisté à une accélération du processus depuis quelques mois, avec une sorte d’ultimatum de l’Union européenne [elle préfère que l’île soit réunifiée avant le 1er mai, date de l’entrée de Chypre dans l’UE]. Ce conflit existe maintenant depuis 30 ans, et effectivement, trois mois, c’est un peu court. On en a d’ailleurs vu les signes : les négociations depuis plusieurs semaines n’ont pas vraiment donné quelque chose de tangible. Les pourparlers se sont cristallisés autour des questions de libre circulation dans l’île, et surtout le droit à la propriété. Que se passe-t-il si les Chypriotes disent non au referendum le 24 avril ? Cette échéance de mai 2004 fait que celui qui dirait plutôt non à se placerait dans une position fautive. Ce serait un problème que Chypre adhère à l’Union avec une réponse négative dans sa partie grecque. Mais c’est celle qui est reconnue sur le plan international et c’est elle qui intégrera l’Union de toute façon. Il se peut que l’Union européenne essaie de trouver une solution de compromis et qu’elle accorde encore six ou neuf mois pour que les deux parties se mettent d’accord définitivement, afin d’intégrer la totalité de l’île dans l’UE. C’est la solution qu’on pourrait qualifier d’optimiste. Il pourrait y avoir un autre développement : que l’UE et l’ONU constatent que les deux parties sont incapables de s’entendre et tirent les conséquences de ce nouvel échec. L’UE, qui est aussi peut-être à la recherche d’un alibi pour refuser l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, pourrait dire que cette intégration d’Ankara sera difficile parce que la question chypriote n’est pas résolue. Quels sont les pôles de pression sur l’île, pour quels intérêts ? Depuis quelques semaines, il y a des pressions internationales évidentes de l’ONU, des Etats-Unis et de l’Union européenne. Des trois, c’est surtout l’Union européenne qui s’impose plutôt comme dynamique intégratrice que comme acteur : l’intégration de Chypre entraîne une dynamique de négociation. L’ONU a toujours été important depuis 1974. Aujourd’hui le plan Annan (du nom du secrétaire général de l’ONU) constitue la base des négociations actuellement menées. Les Etats-Unis sont un acteur important pour des raisons de sécurité en Méditerranée, dans une région sensible. Il est logique que les Etats-Unis essaient de résoudre le problème dans le cadre de l’OTAN, en gardant le statu quo, en gardant l’île comme base (ndlr : les Américains possèdent des bases militaires dans le Nord de Chypre, du côté turc). Et on l’oublie parfois, mais il y a aussi la Grande-Bretagne. Elle a ses bases souveraines qui ont joué un rôle important pour la sécurité occidentale, surtout à l ‘époque de la guerre froide (ndlr : les bases militaires britanniques sont situées dans la partie sud de Chypre, côté grec). Aujourd’hui encore, vu la proximité de la région extrêmement névralgique et conflictuelle qu’est le Moyen-Orient. Les Britanniques sont plutôt discrets, mais ne permettraient pas - et ils influenceront les Etats-Unis en ce sens-là - une remise en cause de ce statu quo. Le témoignage de Pavlos Melodias, restaurateur chypriote à Paris Chassé de sa maison de Kazaphani, dans le Nord de l’île, en 1974 par l’armée turque, il s’est exilé à Paris avec une partie de sa famille. Les discussions sur les pourparlers et les conditions de la réunification vont bon train dans son restaurant, où se retrouve la majeure partie de la communauté chypriote parisienne... et française. « Ce sont des négociations très dures, vu que les Turcs ont toujours été intransigeants par rapport à ce qu’ils doivent céder, c’est-à-dire ce qu’ils ont occupé depuis 74. Ils doivent faire preuve d’européanisme, du vrai, démocratiquement, et non pas prendre leurs intérêts sans rien céder. C’est la seule chance qu’ils ont de prouver que ce sont des gens prêts à entrer dans l’Union européenne. C’est aussi une bonne leçon pour leur maman la Turquie. La grande question que chacun de nous, Chypriotes grecs, se pose aujourd’hui, c’est la constitution qu’ils sont en train de nous proposer à Chypre. Le système serait très difficilement fonctionnel. Les Turc représentent 20% de l’île, 25% avec les Turcs importés de Turquie (ndlr : colons originaires d’Anatolie) ; les Chypriotes grecs, le reste. Si on répartit le pouvoir entre 50% pour chaque minorité, vous imaginez bien que les uns vont finir par payer pour les autres. Côté grec, il y a l’exigence que tous les réfugiés rentrent chez eux : les Chypriotes grecs exilés, mais aussi les colons turcs installés dans le Nord de Chypre. On veut bien qu’un pourcentage de colons restent. Mais les Turcs exigent que l’ensemble de colons restent. Il faut qu’ils montrent qu’ils sont prêts à vivre avec nous. On a eu l’habitude de bien vivre ensemble depuis des siècles et des siècles. Depuis 30 ans, on n’a pas vraiment eu d’histoires. Ils ont seulement voulu la séparation de l’île. Chacun vit de son côté en attendant que quelqu’un décide pour nous. C’est vraiment le moment. Les Grecs peuvent toujours se sentir grecs. Les Turcs peuvent toujours se sentir turcs. Mais un bon voisinage fera de notre île un paradis. Tout ce que nous espérons, c’est un système fonctionnel et juste pour les deux minorités. » Mémo
Pour en savoir plus : Le site de la République de Chypre : on y trouve notamment l’intégralité du plan Annan révisé, proposé comme nouvelle base de négociation depuis lundi 29 mars 2004 (anglais).
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