Cultures

Les Européens

L’Union en marche

Vivre l’Europe

Dossiers


Le magazine européen pour tous.
6 janvier 2009
Accueil Présentation Équipe Contact Partenaires > ÉCOUTEZ ! Et 2006 ?  


Téléchargez l'Édition spéciale 9 mai 2005 - version éditée n°1

Notre newsletter

Abonnement
Désabonnement

Le chiffre

120.000

Bien euro de le savoir

Quels risques énergétiques pour l’UE ?

Volapük

(directive) Bolkestein

Le saviez-vous ?

Ils étaient cinq

--- Publicité ---

Savoir communiquer avec la presse

Formation media training

Suivre l’actu sur le théatre en France et en Europe

Improvisation Paris

Découvrez le cours d’improvisation à Paris de RUEDUTHEATRE !

Dans la même rubrique

Livres de chevet
Cultures culinaires en Europe


Livres de chevet
Football et mondialisation


Soirée européenne
Apéro-débat : L’art de vivre est-il français ou italien ?


Livres de chevet
Votre Europe, vous la voulez...


Près de chez vous
Où sortir cette semaine ?


Entretien
Cinéma européen ou cinémas européens ?


Près de chez vous
Où sortir cette semaine ?


Salon du livre : les Russes à l’honneur


Près de chez vous
Où sortir cette semaine ?


Entretien
Esprit européen, es-tu là ?


Lisières d’Europe
La chronique de Dubna en vidéo chez Nina
Par Guy-Pierre Chomette (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
1er/04/2004 • 17h44
Lisières d’Europe témoigne de l’impact des nouvelles frontières de l’élargissement sur la vie quotidienne des populations frontalières.

(GIF) Dans son petit appartement de Sabinov, en Slovaquie, Nina est ravie. Dès qu’il s’agit de montrer le film vidéo qu’elle a tourné chez sa mère à Dubna, en Ukraine, tout le reste peut attendre. Elle n’a pas de magnétoscope, mais elle est allée emprunter celui de son voisin, qui a l’habitude. Elle a sciemment déplacé le vase de fleurs en plastique du salon et l’a posé à côté de la télévision, pour mieux planter le décor. C’est le premier film qu’elle a tourné après avoir acheté à crédit sa camera vidéo, il y a deux mois. Pour une première, c’est presque un coup de maître.

Nina s’est lassée des albums de photos qu’elle a accumulés depuis des années. Elle veut désormais témoigner pour de bon, laisser à ses petits-enfants des souvenirs forts et sans complaisance de sa mère, et de la pauvreté des villageois de Dubna. Il faut faire vite : sa mère a déjà 80 ans, et depuis que la Slovaquie et l’Ukraine se sont mutuellement imposés des visas, Nina ne peut plus aller la voir aussi souvent qu’avant...

Premières images : les rues terreuses de Dubna, village ukrainien parmi tant d’autres, perdu dans les " terres noires " si caractéristiques de l’Ouest de l’Ukraine. Nina est née là-bas en 1947 et a grandi entre l’école et les travaux des champs. Vingt ans plus tard, elle y a rencontré son mari, un Slovaque qui l’a finalement ramenée chez lui à Sabinov, 600 kilomètres plus à l’ouest.

-  J’ai cédé à l’appel de mes beaux-parents, se désole-t-elle. Ils nous disaient que la vie en Tchécoslovaquie était plus facile qu’en URSS. Mensonges... En plus, après le coup de Prague de 1968, les Tchécoslovaques n’étaient pas vraiment disposés à bien m’accueillir, moi la Soviétique. Mais je suis restée, et j’ai fait toute sorte de petits boulots pour nourrir mes trois enfants. Mon mari et moi avons divorcé quelques années plus tard. Alors, vous aimez mon film ? Vous devez savoir que mon frère boit beaucoup...

À Dubna, le frère de Nina vit avec leur mère. Depuis qu’il a perdu son fils dans un accident de mobylette il y a sept ans, il est inconsolable et noie tous les jours son désespoir dans l’alcool. Il ne travaille plus et n’aide pas dans la maison, où les tensions avec sa mère sont fréquentes. Une à une, les séquences défilent, tantôt émouvantes, tantôt choquantes, jamais anodines. C’est un long témoignage cru, fait de plans fixes ou de scènes dérobées qui disent la volonté de Nina de ne rien taire, de dire la vérité - sa vérité - de la misère de l’Ukraine profonde. Elle filme les joies et les peines, les soirées éthyliques et les réveils silencieux, les embrassades et les engueulades. Elle fait chanter sa mère, aussi, des vieilles comptines locales, et lui fait raconter des fables le soir avant de s’endormir.

Après son divorce, Nina a décidé de rester en Slovaquie pour ne pas interrompre les études de ses trois enfants. En 1995, au plus fort des relents nationalistes du gouvernement slovaque d’alors, elle a senti qu’il valait mieux qu’elle prenne la citoyenneté slovaque si elle voulait conserver son emploi. Elle a donc abandonné sa citoyenneté ukrainienne. Mal lui en a pris : en 1999, la Slovaquie a été l’un des premiers candidats à l’Union européenne à imposer un visa à ses voisins de l’Est. Quelques jours après, l’Ukraine a fait de même pour les Slovaques. La frontière, brutalement, s’est durcie. Coût d’un visa pour un Slovaque : 30 euros. Pour un Ukrainien : 70 euros.

-  Jusqu’en 1989, le voyage à Dubna ne coûtait presque rien. Je pouvais m’y rendre dix fois dans l’année... Après quoi la vie est devenue plus difficile. Je m’y rendais déjà moins souvent quand ils ont introduit les visas sur la frontière. Depuis, je ne peux y aller qu’une ou deux fois par an, guère plus. Ce n’est pas tant le prix du visa, mais le trajet et la vie là-bas ont aussi augmenté... Je ne suis pas communiste, mais, à bien des égards, je regrette le temps d’avant.

À l’écran, le film se termine. C’est comme si Nina avait imaginé un scénario, jusqu’aux dernières images : dans une rue déserte de Dubna, sa mère et son frère s’éloignent, à pas très lents, vers les champs noirs des abords du village.

Rédigé en mai 2002 © Lisières d’Europe

Memo

"Lisières d’Europe" est un projet éditorial original, né de la rencontre d’un journaliste, Guy-Pierre Chomette, et d’un photographe, Frédéric Sautereau, qui témoignent de l’impact de l’élargissement et des nouvelles frontières sur la vie quotidienne des populations frontalières.

"Une nouvelle ligne de partage du continent se dessine. Même si elle n’est en rien comparable au Rideau de Fer, fracture douloureuse qui a opposé l’Ouest et l’Est de l’Europe pendant quarante ans, cette future limite orientale de l’Union européenne va notamment souligner la division de peuples répartis de part et d’autre et bouleverser des relations de voisinage progressivement rétablies depuis 1989."

En exclusivité on-line pour EUROPEPLUSNET, retrouvez chaque semaine des extraits choisis de leur carnet de route (7.000 kilomètres parcourus). Les auteurs ont obtenu en 2002, de la Mairie de Paris, le Label Paris Europe, qui récompense les projets européens des Parisiens. « Lisières d’Europe : de la mer Egée à la mer de Barents, voyage en frontière orientale », paraîtra aux éditions Autrement fin avril 2004.

Réagir à cet article