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Art de vivre Quand la bière se fait « mousser »
Par Clémentine Forissier (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
8/04/2004 • 00h00
Chimay, Maredsous, Orval... des villages belges. Mais surtout des bières : les trappistes, uniques au monde et chères au plat pays, paradis des tégestophiles. L’inauguration à Bruxelles de la « maison européenne des brasseurs » n’étonnera donc personne. Pourtant cette demeure n’est pas vraiment un lieu de dégustation, mais une institution visant à défendre les intérêts des fabricants de « mousses » auprès de l’Union européenne. Rencontre avec son secrétaire général, Rodolphe de Looz-Corswaren. CF : A quoi sert la maison de la bière ?
© DR
RLC : L’industrie brassicole est la plus vieille industrie dans l’agroalimentaire avec le pain. Elle existe depuis 5000 ans. Elle a donc toute une histoire. Elle est bien vivante, particulièrement en Europe. En effet, l’industrie des brasseurs en Europe est leader dans le monde, elle produit encore 25% de la production mondiale et exporte 60% des exportations mondiales. Or, nous voulons rester actifs et tenir ce rang. Comme 70% des législations qui touchent l’Union européenne se font à Bruxelles, il était important que les brasseurs de l’Europe, club fondé en 1958, aient des bureaux proches des institutions européennes. Pour pouvoir échanger avec l’Union des informations. Pour obtenir des législations positives pour l’industrie brassicole. Mais concrètement quelle est votre action ? Certaines propositions de législations visent par exemple à diminuer la possibilité pour l’industrie brassicole de faire de la publicité sur la bière. Sous prétexte que cette boisson contient un peu d’alcool. Et pour éviter d’avoir des législations qui seraient contraignantes pour l’industrie et peu pratiques pour les consommateurs, nous avons écrit un code de bonne conduite. Code qui a été envoyé aux brasseurs de tous les Etats membres et futurs membres. Ils sont en train de l’étudier et de voir comment ils vont adapter leurs actions en fonction de ce code. Beaucoup des futurs pays membres de l’Union européenne sont réputés pour leur bières. Qu’allez vous faire pour les intégrer ? Tous les pays qui vont rejoindre l’Union européenne produisent de la bière. Comme presque tous les pays du monde d’ailleurs. Nous n’avons pas attendu que les portes de l’Union s’ouvrent aux pays de l’Est de l’Europe pour avoir des liens avec eux. Ces pays ont de très anciennes traditions brassicoles. La République Tchèque, par exemple, est le premier consommateur mondial de bière. Ils brassent plus ou moins 165 litres de bière par personne et par an. Donc depuis 7 ou 8 ans déjà, nous organisons des réunions avec eux. Et maintenant nous allons travailler ensemble directement. Du côté des brasseurs quelles sont les bonnes nouvelles du moment ? Disons que nous sommes « proches » de l’Europe... Au sens où plus de 200 parlementaires européens sont membres du « beer club », donc amis de nos industries. Ce qui ne veut pas dire qu’ils nous défendent toujours, mais ils permettent de donner de nous une image crédible. ... Et les mauvaise nouvelles ? On veut nous mettre à l’écart de la famille à laquelle on a toujours appartenu. C’est-à-dire la famille « food ». Dans beaucoup de pays, la bière est appelée le « pain liquide ». Car la bière et le pain sont faits avec les mêmes ingrédients : orge, fermentation et levure. Et depuis peu, la commission veut nous mettre dans le même sac que le vin, les spiritueux ou les cidres, boissons qui contiennent plus de 1,2% d’alcool. Nous ne serions donc plus considérés comme du « food ». Nous aurions donc une législation particulière et ne pourrions plus expliquer le contenu de notre produit aux consommateurs. Cela nous enlèverait également la possibilité de dire en quoi la bière est bonne pour la santé, son apport en vitamine B par exemple, ou ses effets positifs sur le cœur. Ce qui est scientifiquement prouvé. A terme, cela vous mettrait en marge, et vous ferait perdre des clients ? D’abord, cela couperait l’innovation. Car pour qu’une industrie puisse survivre il faut qu’elle soit dynamique, qu’elle crée, qu’elle s’adapte aux nouvelles habitudes alimentaires. Or, à partir du moment où les brasseurs ne peuvent plus faire de publicité, ou expliquer sur leur site Internet la composition de leur produit et les effets positifs de la bière, nous sommes dans une situation de faiblesse par rapport aux autres produits. C’est une décision politique. Aux USA on appelle cela de la prohibition. Mais il existe quand même des bières très fortes, certaines font 12°, presque autant que le vin ? Oui... il y en a quelques unes... Disons que ce sont des bières qu’il faut prendre gentiment chez soi, en guise d’apéritif. Ce sont avant tout des bières de dégustation. Leur contexte de consommation est donc différent de celui du vin. Ce qui n’empêche pas naturellement de ne pas prendre le volant ensuite. En savoir plus :
A consommer avec modération. Deux verres maximum par jour pour les femmes et trois maximum pour les garçons, selon les spécialistes.
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