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La chronique de la semaine Un « printemps européen » en trompe-l’œil
Par Bastien Nivet (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
7/04/2004 • 00h00
Le dernier sommet européen tenu à Bruxelles les 25 et 26 mars 2004 est apparu aux yeux de beaucoup comme un instant de retrouvailles européennes, chacun y voyant des signes d’un renouveau printanier de l’élan européen : relance des négociations institutionnelles, réaction de solidarité suite aux attentats de Madrid, déclaration commune sur l’Irak, etc. Mais l’on doit relativiser la profondeur et la longévité de ce « printemps européen ». Constitution, terrorisme, Irak : de vraies retrouvailles entre Européens ? L’assouplissement perceptible des positions espagnole et polonaise ouvre effectivement une fenêtre d’opportunité en vue de l’adoption de la constitution, et les changements récents à la tête des exécutifs de ces deux pays pourraient faciliter les négociations. Mais les causes profondes de ces blocages ne sauraient disparaître au bénéfice d’un simple renouvellement de personnes. En particulier, la propension des États membres à aborder la construction européenne comme un enjeu de rapports de force et de répartition des pouvoirs entre pays européens, une tendance illustrée par ce blocage hispano-polonais, n’a pas disparu et détermine profondément les négociations européennes. La véritable crise ne résidait donc pas dans l’échec des négociations en décembre, mais dans une inadaptation grandissante de ces rapports des États à l’Union. Adopter une constitution en juin ne saurait tout résoudre. Le risque de nouvelles crises La solidarité européenne et l’annonce d’un renforcement de la coopération anti-terroriste suite aux attentats du 11 mars à Madrid, pour être bienvenus, soulèvent néanmoins des interrogations. On peut claironner à l’issue d’un sommet européen, que les États membres vont renforcer leur solidarité et leur coopération dans la lutte contre le terrorisme, mais que s’est-il passé après le 11 septembre 2001 ? La mise en place d’un parquet européen, ou le renforcement d’Europol, ou bien les coopérations entre États membres dans le domaine du renseignement, tous se sont heurtés aux différences de traditions et aux réticences des 15. Le rapprochement progressif des positions nationales sur la question irakienne, autour de principes, tels que le renforcement du rôle de l’ONU ou le transfert du pouvoir aux Irakiens à la fin du mois de juin 2004, ne saurait faire oublier les divergences profondes des 15. Qu’il s’agisse de la relation aux Etats-Unis, du rapport différent à la force, des définitions variées de la légitimité de l’intervention militaire, et des perceptions parfois hétérogènes des risques et des menaces. Autant de clivages européens qui dépassent largement le strict cas de l’Irak, et sont porteurs de divisions ultérieures dans d’autres crises. Re-politiser l’Union Européenne Loin de signaler un véritable "printemps européen", cette actualité européenne illustre quelques uns des principaux paradoxes politiques de la construction européenne. Tout d’abord, l’aptitude des États membres à créer ou soutenir de nouvelles politiques ou coopérations européennes sans être d’accord sur l’objectif final, et encore moins sur la méthode : c’est le cas par exemple des politiques étrangères, de sécurité et de défense de l’UE. Ensuite, l’insuffisance du contrôle et du suivi démocratiques des engagements pris par les sommets européens : le cas de la lutte contre le terrorisme en fournit une illustration. Enfin, le décalage de plus en plus criant entre l’affichage d’une unité et d’une ambition européennes communes à l’extérieure de l’Union, et les rapports conflictuels permanents entre pays lors des négociations institutionnelles. Ces paradoxes résultent d’une approche utilitariste de la construction européenne par les États membres, qui est elle-même la conséquence d’un projet européen longtemps dépolitisé et plus ou moins bien assumé par les gouvernements nationaux eux-mêmes. Des tendances de plus en plus anachroniques qui pourraient s’avérer coûteuses lorsqu’il s’agira de mobiliser les opinions publiques en faveur des prochaines étapes de la construction européenne. Seule l’émergence d’un véritable projet politique et social européen pourra mobiliser les citoyens. Bastien Nivet est chercheur, responsable des questions européennes à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et chargé de cours à l’Institut d’études politiques de Lille.
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