Trichet n’a pas joué
Début avril, les gouvernements et les entreprises exportatrices européennes auraient préféré que ce soit un poisson d’avril. Pourtant, et malgré leurs appels répétés depuis plus d’un an, la Banque centrale européenne (BCE) et son gouverneur, Jean-Claude Trichet, n’ont pas baissé le taux d’intérêt directeur de la zone euro, maintenu à 2%.
 P. L. © 2004
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En quoi cela nous concerne-t-il ?
Pour ceux qui voyagent, l’euro fort est une aubaine. Pour ceux qui commercent avec l’étranger, c’est un poison. Face à la relative faiblesse des monnaies américaines et chinoises, les exportateurs européens voient leurs parts de marché reculer. Pour ceux-là, la BCE doit baisser le taux d’intérêt pour réduire l’attractivité de la zone aux yeux des investisseurs étrangers. Avec une rémunération moindre de leurs placements, ces derniers pourraient alors déplacer une partie de ces avoirs en euro vers des lieux plus rémunérateurs, donc échanger des euros contre des dollars. Fruit du jeu de l’offre et de la demande, le taux de change de l’euro pourrait alors baisser au détriment de la monnaie américaine.
Remmettre de l’huile dans le moteur : c’est l’objectif premier des gouvernements européens qui en appellent eux aussi à une baisse des taux d’intérêt. En diminuant le coût du crédit, la croissance pourrait être relancer via une augmentation de l’endettement des entreprises et des ménages, ce qui arrangerait bien les affaires de ceux pour qui les réservoirs sont vides...
La BCE, à quoi ça sert ?
A ces critiques, la BCE répond, en quelque sorte, qu’elle n’est ni mécanicienne, ni même sorcière. Fidèle à son credo - héritage de sa grande sœur, la Bundesbank -, elle combat avant tout l’inflation. Celle-ci s’élèvent à 2,1%, soit au delà du critère de 2% retenu à Maastricht. Baisser les taux d’intérêts, c’est mettre plus de monnaie en circulation, ce qui lui fait perdre de la valeur et contribue à une augmentation des prix.
Plus encore, ce qui importe avant tout, en termes de change ou de croissance, ce sont les taux d’intérêts à long terme, sur lesquels la BCE n’a que peu de prise. Ceux là sont influencés avant tout par la politique économique américaine. Preuve en est, si la BCE a maintenu le statu quo, l’euro est revenu cette semaine à des niveaux proches de son cours d’introduction, à la suite de bons résultats outre-Atlantique.
Dans ces conditions, à quoi sert la BCE ? Avant tout à contrôler l’offre de monnaie et l’évolution des prix, dont la stabilité sont les piliers de la confiance dans une devise. En cela, la BCE est la "gardienne" de l’euro. Au delà, l’institution de Francfort ne peut se défaire de toutes les critiques qui lui sont adressées, notamment au niveau de l’opacité de ses prises de décisions, souvent mal comprises. A titre d’exemple, les discussions mensuelles du conseil des gouverneurs - fort de ses 18 membres -, ne seront rendues publiques que dans trente ans, contre quinze jours pour son homologue anglaise !
Pour en savoir plus :
La BCE sur le site des institutions et des organes de l’Union européenne
La BCE en un coup d’oeil sur service-public.fr, le site du gouvernement français
Le site de la BCE (statuts officiels)