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N° 17 du 30/09/04
11 octobre 2004
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Erasmus : c’est pas « l’auberge espagnole » pour tout le monde !
8/04/2004 • 00h00
« Partir en Erasmus », l’expression est désormais consacrée tant le programme européen d’échanges universitaires est connu du grand public. L’an dernier, la Commission européenne a fêté, en quinze ans d’existence, son... millionième Erasmus ! Erasmus, sed non omnibus. Autrement dit : ce n’est donc pas « L’auberge espagnole » pour tout le monde...

7% d’étudiants Erasmus en plus en 2004. A ce rythme, il sera difficile d’atteindre l’objectif ambitieux fixé par la Commission européenne : 3 millions d’Erasmus d’ici 2010. Jusqu’à présent et depuis son lancement en 1987, le célèbre programme d’échanges universitaires n’a pas vraiment tenu sa promesse de mobilité étudiante : à peine 1% des étudiants européens en profitent. « Dès les débuts du programme Erasmus, l’objectif était de 5%, la Commission était trop optimiste », estime Francine Vaniscotte, secrétaire générale de l’Institut Européen pour la Promotion des Innovations et de la Culture dans l’Education. « Elle n’a pas non plus été totalement suivie par les États membres. Il ne faut pas oublier qu’en ce qui concerne les problèmes d’éducation, ce sont finalement les États Membres qui décident de la part de budget qu’ils vont investir dans un programme. »

Les parents, principales aides financières du programme

L’idée ne manque pourtant pas d’intérêt ni de charme : dès la deuxième année de fac, un étudiant peut faire une partie de son cursus, entre 3 et 12 mois dans une université d’un autre pays de l’Union européenne (et dans quelques autres comme la Norvège ou le Liechtenstein). L’occasion de s’immerger dans une autre culture et apprendre une autre langue. Globalement, les jeunes qui reviennent sont satisfaits de l’expérience humaine. Mais à quel prix ? Francine Vaniscotte a travaillé sur la mobilité précisément entre le Royaume-Uni et la France. « Les bourses ne sont certainement pas assez importantes pour certaines catégories : les étudiants des pays du sud qui vont dans le nord, ceux qui ne peuvent faire prendre en charge leur loyer pendant leur absence, ceux qui n’ont pas d’argent d’avance, ceux qui sont boursiers de leur pays et ne peuvent obtenir le transfert de leur bourse pendant qu’ils effectuent une mobilité - c’est le cas des Anglais. » En France, une bourse Erasmus s’élève en moyenne à 110 euros par mois. Autant dire que les parents restent les principaux financeurs de la mobilité étudiante, accessible aux plus aisés.

Elargissement : plus de mobilité mais pas d’échanges

Voilà qui ne va pas faciliter l’accès de ce programme aux étudiants des dix pays adhérents. A moins que ce ne soit l’inverse... « Il est vraisemblable qu’un certain nombre de préjugés du type ‘une année passée en Angleterre vaut mieux qu’une année passée en Pologne ou en Hongrie’ auront la vie dure. » Francine Vaniscotte le reconnaît. « La Commission devra lutter contre de telles idées préconçues qui mettront beaucoup de temps à disparaître. L’arrivée de nouveaux pays risque bien de donner un essor à la mobilité, mais pas nécessairement aux échanges réciproques entre étudiants ou enseignants de pays différents. » Sans cela, l’espace européen de l’enseignement supérieur ne prendra pas tout son sens.

Francine Vaniscotte a co-dirigé des ouvrages sur l’éducation en Europe : « La mobilité étudiante en Europe, mythe ou réalité ? Comparaison France-Royaume-Uni » (2002) et « L’Education comparée : un outil pour l’Europe », tous deux publiés aux éditions L’Harmattan.

Lire aussi notre article :

Paru cette semaine dans la rubrique "Vivre l"Europe" : Comprendre le processus de Bologne ou l’harmonisation des diplômes.


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Mémo
-  En 2002-2003, près de 20 000 étudiants français sont partis « en Erasmus », dont 17 000 boursiers. Leurs destinations préférées : le Royaume-Uni (24%), l’Espagne (23%) et l’Allemagne (15%). Les dix pays adhérents, qui participent à ces échanges depuis 2000, ne connaissent pas le même succès : la Roumanie arrive en tête avec 959 étudiants français, suivie par la Pologne qui en a reçu 745.
-  La France a, elle, accueilli 18 000 étudiants étrangers en 2002-2003.
-  La période de mobilité d’un Erasmus varie entre 3 et 12 mois, qui peut être combinée avec un stage en entreprise. Par ailleurs, il est prévu pour les langues moins connues que l’anglais ou l’espagnol, des cours gratuits et des financements supplémentaires pour que les étudiants les suivent avant le début des cours.
-  Erasmus, ce n’est pas que pour les étudiants. Les profs aussi peuvent effectuer un séjour Erasmus dans un autre pays de l’Union. Ils en profitent d’ailleurs un peu plus : 1,4 % en ont fait une expérience.
-  Erasmus s’ouvre au monde à partir de la rentrée 2004. Erasmus Mundus concerne les étudiants en masters. Ces échanges universitaires de haut niveau auront désormais lieu avec des universités du monde entier.
-  Il n’y a pas qu’Erasmus qui permette de partir étudier à l’étranger. Certaines écoles privées ont mis en place des systèmes d’échanges avec d’autres établissements. Il existe des coopérations bilatérales avec les universités de nos voisins les plus proches : l’université franco-italienne, l’université franco-allemande, l’accord franco-britannique, la coopération avec les pays d’Europe centrale et orientale.

Pour en savoir plus :

Le site de l’Institut EPICE, Institut européen pour la Promotion des Innovations et de la Culture dans l’Education. Cette association promeut la dimension culturelle dans l’éducation pour la formation des citoyens, tout en respectant les diversités culturelles. Elle réalise des études et organise des séminaires régulièrement.

Le site Erasmus Student Network, réseau européen Erasmus, infos et coordonnées des bureaux nationaux.

Le site de l’IRIS, un projet fondé par la Commission européenne pour assurer un suivi du programme Erasmus, plus de 3000 rapports réalisés par des étudiants Erasmus en ligne, par pays et par domaines.

Tous les chiffres Erasmus 2001-2002 depuis sa création en 1987, par pays, par domaine d’études, étudiants et enseignants.

La page Europe du site du Ministère de l’Education : informations très complètes sur l’éducation en Europe (historique, politiques, programmes) et les questions pratiques (bourses, démarches administratives, etc...).

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