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Tribune
Le modèle européen : source d’influence ?
Par Lisa Gauthier (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
15/04/2004 • 13h13
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les débats et les ouvrages sur la puissance américaine se sont multipliés. La guerre en Irak n’a pas freiné cette tendance et en a fait naître une autre, celle des débats et des ouvrages sur l’impuissance européenne. A entendre parler de crise, de fracture, de blocage ou d’échec..., l’Union européenne semble paralysée. Quelle est réellement la puissance de l’Union et son influence dans le monde ?

Lisa Gauthier est diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Lyon. Titulaire également d’une maîtrise de sciences politiques (Lyon III) et d’un DESS en droit des relations et des Echanges Culturels Internationaux (IEP Lyon), cette tribune synthétise son travail de mémoire, dans le cadre du DEA de relations internationales, soutenu le 1er décembre 2003 à l’Université Paris I - Panthéon-Sorbonne.

Championne du « soft power »

A travers l’étude des discours politiques européens se fait jour une vision commune de l’influence de l’Union sur le reste du monde. Focalisons l’analyse sur les éléments non-militaires de la puissance, prenant ainsi le contre-pied d’un certain retour à une surévaluation du facteur militaire dans la résolution des différends, en particulier aux États-Unis. L’Union semble ainsi vouloir devenir la championne de ce que certains auteurs ont nommé le « soft power », c’est-à-dire de la capacité de convaincre les autres pays à penser comme elle, plutôt que de les contraindre à le faire par la force. Cette volonté de convaincre passe par plusieurs canaux qui forment différentes facettes du modèle européen. L’Union Européenne (UE) met son modèle en avant. Ce modèle qui a rendu prospères ses États membres et empêché la guerre de ressurgir entre eux.

Les bons savoir-faire de l’Union

La réussite de son modèle confère à l’Union Européenne une expérience et des savoir-faire qu’elle propose au reste du monde comme solutions à des problèmes aussi bien régionaux qu’internationaux :

-  L’Union, tenante d’une vision élargie du concept de sécurité, sait d’expérience qu’il faut une action multisectorielle et pas seulement militaire pour contribuer à la stabilité dans le monde. Naturellement, elle est l’organisation qui peut apporter cette « multisectorialité » puisqu’elle intervient dans un nombre important de secteurs en son sein même.

-  L’Union sait, également, gérer les problèmes communs à plusieurs. Sa pratique de la recherche du consensus et du règlement pacifique des différends peut être utile à une construction multilatérale du monde.

-  Enfin, l’Union sait créer des regroupements régionaux. Elle incite de nombreuses régions à en mettre en place et leur sert de modèle. L’Union du Maghreb Arabe (UMA) ou encore le Système d’Intégration CentrAméricain (SICA) sont des regroupements régionaux construits sur le modèle de l’Union européenne.

De l’art de « la diplomatie... du créneau »

Cette expérience que l’Union propose aux autres pays se transforme parfois dans les discours européens en une « responsabilité ». L’Union ne devrait pas seulement se contenter de proposer son modèle, mais il serait de son devoir de le faire. La responsabilité ainsi mise en avant est double :

-  Elle est, d’abord, la responsabilité qu’a une zone économiquement dominante envers des pays plus pauvres. La solidarité que l’Union a créée à l’intérieur de ses frontières par les aides régionales des politiques de cohésion doit être transposée à un niveau global, par des actions pour réduire les inégalités à l’échelle de la planète. Ainsi, l’Union est devenue la première puissance mondiale en termes d’aide au développement.

-  Le second aspect de cette responsabilité de l’Union est plus récent. Il s’agit de la responsabilité que devrait se partager tous les États pour gérer les biens communs mondiaux. Principalement cela concerne la gestion de l’environnement et l’engagement pour le respect des droits fondamentaux. L’Union européenne est ainsi partie en croisade diplomatique pour convaincre d’autres États de ratifier le Protocole de Kyoto, en matière environnementale, et le Statut de Rome créant la Cour Pénale Internationale.

L’UE veut jouer un rôle leader sur ces questions globales de développement durable et de justice internationale. D’autant que dans ces domaines, la place est laissée libre par les États-Unis, qui n’y adhérent pas. L’Union peut ainsi jouer à plein ce que Frédéric Charillon nomme la « diplomatie du créneau », c’est-à-dire une diplomatie qui investit les espaces laissés vacants par les Américains. Cette diplomatie du créneau contribue à accroître l’influence de l’Union européenne.

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