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L’Estonie, terre sainte du high-tech
Par Grégory Gendre (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
15/04/2004 • 00h00
Symbole de l’intégration des nouvelles technologies de l’information dans le système public et éducatif, l’Estonie est le pays le plus orienté vers l’Internet. Accompagné par des initiatives publiques, des fonds privés et des aides étrangères, la république balte s’est bâtie un réseau faisant aujourd’hui modèle.

En l’an 2400, les adeptes de Saint Isidore de Séville, patron vénéré des informaticiens, pourront écrire qu’en l’an de Grâce 2004, dans cette belle contrée balte, on pouvait payer sa place de parking via son téléphone portable. Que l’usage du mail y était aussi répandu que la fougère y fleurit. Et que Kazaa, le site d’échanges de morceaux de musique mp3 - lequel aura tant défrayé la chronique au début du XXIème siècle - est né là-bas. Bref, l’Estonie, c’était 1,4 million d’Estoniens et mél, et mél, et mél... Encore qu’un message adressé à jacquesdutronc@estonie.com aura alors peu de chances d’aboutir !

Le « saut du tigre » fait le bonheur de tous

Mais revenons au présent. Car il est un fait reconnu, analysé, loué : les habitants de la plus nordique des républiques baltes sont résolument tournés vers les NTIC. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. A raison de 1 % de progression par mois, la part des Internautes dans la population atteignait 45 % en 2003 contre 28 % en 2000 selon une étude de la société Microlink. Encore loin derrière les 63 % du Danemark mais devant les 37 % de la France. Représentant entre 10 % et 11 % du PIB, cette industrie devrait rattraper le niveau du voisin finlandais avant deux ans. 95% des fonctionnaires disposent d’un PC, 50% des entreprises utilisent du haut-débit et 50 % des opérations de bourse se font par Internet. "Nous avons pris l’habitude de nous rendre physiquement à la banque qu’en cas de gros soucis et cela depuis plusieurs années déjà.", confirme Anneli Kavald, chargée de mission à l’Institut Estonien en France.

Le World Electronic Forum de février 2003 classait l’Estonie au 8ème rang mondial pour l’utilisation des NTIC dans le domaine public en tête dans les PECO pour les points d’accès public et les e-services offerts aux citoyens et aux consommateurs. 300 lieux publics répartis dans le pays et repérables par un symbole spécifique offrent des bornes d’accès libre au Web, tandis que la connexion à haut débit sans fil s’est installée à Tallinn dans l’aéroport, les ministères ou les hôtels.

Le pays est particulièrement salué, avec le Canada, pour son utilisation des NTIC dans l’éducation. Toutes les écoles et les bibliothèques sont ainsi connectées à Internet grâce au projet Tiger Leap associant partenaires publics et privés. Grâce à ce « saut du tigre », 2/3 des enfants âgés de 6 à 14 ans surfent aujourd’hui sur Internet.

Voter par Internet dès 2005

La législation suit la même voie et le Parlement estonien a garanti l’accès à Internet comme un droit constitutionnel. Le Gouvernement a adopté en août 2000 la stratégie du « zéro papier ». Tous les conseils des ministres se font ainsi en réseau et, même à l’étranger, l’ensemble des membres peuvent y participer. Les citoyens ont la possibilité de suivre en temps réel l’évolution du budget de l’État. Le « X-road project » ou « voie principale » a quant à lui été développé pour exploiter une architecture réseau globale permettant à un usager d’utiliser les bases de données du gouvernement sans l’aide d’un tiers afin de faciliter les procédures administratives.

Enfin, au risque d’entrer de plein pied dans l’ère d’une surveillance à tout crin, à la « Big-Brother », l’État a introduit la signature digitale ; légalisée et praticable, elle est programmée dans les cartes d’identité à puce introduites depuis 2002. S’ils peuvent déjà remplir leur déclaration en ligne, les Estoniens seront à priori les premiers au monde à pouvoir voter par Internet en 2005.

Des raisons culturelles

Comment s’expliquent ces spécificités estoniennes ? Géographiquement proche des pays du nord de l’Europe, l’Estonie a reçu de la Finlande, de la Suède ou de la Norvège d’importants investissements accompagnés d’une expertise en informatique déjà avérée. Politiquement, la situation est plus complexe. « Deux grandes périodes peuvent être identifiées pour analyser l’évolution de la stratégie numérique de l’Estonie, explique le professeur Atho Kalja, du département de systèmes d’informations publics de la faculté de Tallin. Au début des années 90 le papier a été peu à peu abandonné au profit des bases de données puis, vers la fin des années 1990, ces bases de données ont migré vers Internet. »

Pour Anneli Kavald, « les Estoniens sont beaucoup plus réceptifs en matière de NTIC que les Français, qui, habitués au Minitel, ont parfois eu du mal à passer à autre chose. Et puis les Estoniens sont partis de zéro et cela leur a permis d’acquérir à une vitesse supérieure tout ce qu’il y avait à acquérir en matière de connaissances, même au niveau d’un simple utilisateur. Nous sommes très branchés mais sans forcément nous en rendre compte car, pour nous, il s’agit d’une norme." Et d’ajouter : « Nous nous plaignons parfois quand nous voyageons, car, ailleurs, ces services ne sont pas obligatoirement disponibles. »... Histoire d’enfoncer le clou.

En savoir plus :

-  Projet Look@world pour le développement de l’Internet public et l’accès des NTIC à l’école.
-  Tiger Leap Foundation : cours et formation des populations pour un meilleur usage des NTIC.
-  Le site de la DREE sur l’Estonie
-  Le site du centre culturel estonien à Paris

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