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Courrier européen Le referendum de Blair va-t-il tuer l’Europe ?
22/04/2004 • 00h00
En acceptant l’idée de consulter par référendum le peuple britannique sur la future Constitution de l’Union européenne, le Premier ministre Tony Blair a provoqué un débat houleux au Parlement de Londres, mais aussi dans la presse du continent. “Tony Blair a fait son pari le plus important depuis qu’il est Premier ministre en présentant, mardi 20 avril devant la Chambre des Communes, le référendum sur la Constitution européenne comme un vote sur la question de savoir si la Grande-Bretagne doit rester ou non un acteur majeur en Europe”, écrit The Daily Telegraph. Le journal conservateur estime que “monsieur Blair s’est exposé au ridicule et a réalisé la volte-face la plus grave et la plus humiliante de sa carrière politique en confirmant que le peuple allait avoir ’le dernier mot’ sur le traité constitutionnel”. En effet, jusqu’ici, le Premier ministre britannique avait toujours refusé ce référendum exigé par la droite eurosceptique. Il a changé d’avis sous la pression de l’opinion. Mais il cherche encore à gagner du temps, car le référendum ne se tiendra pas avant les prochaines élections générales. Pour sa part, The Guardian regrette que Tony Blair, qui a fait un discours enflammé en faveur de la Constitution, “n’ait pas dit ces mêmes mots dès 1997”. En effet, argumente ce journal de gauche et pro-européen, “si les travaillistes avaient mené la bataille sur l’Europe contre les conservateurs et la presse de droite quand leur autorité était la plus forte, une victoire aurait pu être remportée par la voie référendaire. Aujourd’hui, la bataille va se jouer sur un terrain qui n’aura pas été préparé par les travaillistes.” Ailleurs en Europe, les avis sont très partagés. En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung s’inquiète pour l’avenir du projet constitutionnel. “Blair n’a pu résister plus longtemps au populisme des eurosceptiques”, estime ce quotidien libéral. “Visiblement, il n’écoute plus que son instinct de survie politique. Pour un homme d’Etat, c’est plutôt décevant.” Le gouvernement de Berlin refuse l’idée d’un référendum sur la Constitution européenne, mais “le débat devient plus vif” en Allemagne après le revirement de Londres, constate la Süddeutsche Zeitung. En effet, outre-Rhin, une coalition hétéroclite rassemblant les eurosceptiques de droite et les Verts à l’esprit fédéraliste réclame un référendum à l’échelle européenne. Dans son éditorial, le journal de Munich estime que les politiques “ne doivent pas avoir peur du peuple, sauf s’ils croient vraiment que les citoyens sont trop bêtes ou s’ils sont eux-mêmes trop paresseux pour faire le travail de persuasion”. Or, pour la SZ, “l’Europe ne pourra exister sans un tel travail”. En Espagne, El País pense que “la position de Blair oblige les autres pays à faire comme lui et à soumettre à référendum l’adhésion à la Constitution. De quoi déranger les pays réticents, la France en premier lieu”, commente le journal madrilène. En titrant “Un référendum à hauts risques”, La Libre Belgique rappelle pour sa part que “les Danois et les Irlandais se sont déjà prononcés contre un traité européen”, en 1992 pour les premiers et en 2001 pour les seconds. “Une issue a été trouvée sans gros dégâts collatéraux dans les cas danois puis irlandais. Mais un ’non’ du Royaume-Uni ne résonnerait-il pas bien plus fortement ?” Pour que la Constitution entre en vigueur, explique El País, “il faut que 20 des 25 membres de l’Union la ratifient. Dès lors, les non-signataires auront deux ans pour adhérer. Si, au terme des deux ans, ils demeurent en dehors du jeu, ce sera aux dirigeants européens de décider, plus précisément au Conseil européen, la réunion des 25 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE.” Marco Schütz © Courrier international
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