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Bonne humeur Le nouveau nez de Tony Blair
Par Jean Delhombre (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
22/04/2004 • 00h00
Cela fait trente ans que le Royaume-Uni irrite l’Europe. Parce qu’elle réclame trop (le chèque britannique qui diminue sa contribution au budget communautaire), parce qu’elle refuse souvent (l’euro, les initiatives sur la fiscalité ou l’Europe sociale), parce qu’elle attend toujours de voir comment les choses se passent avant de s’engager (Airbus), parce que son modèle de société et de développement économique, aux antipodes du modèle continental, ne réussit pas si mal que ça ; parce qu’elle a toujours un pied dans l’Union et un pied dehors, parce qu’elle divise toujours pour mieux régner, parce qu’elle parle anglais mieux que les autres, parce quelle ose aussi parfois ce que les autres n’osent pas : hier, une guerre du dix-neuvième siècle (l’expédition des Malouines) et aujourd’hui, un référendum sur la Constitution européenne. Ce devrait être banal, ce référendum, finalement, c’est une révolution. On peut s’étonner qu’il en soit ainsi. L’Europe a choisi de baptiser Constitution, ce qui n’est qu’un traité, sans doute moins important que l’Acte unique européen de 1986 ou le traité de Maastricht de 1992, elle devrait en accepter les conséquences, et donner du lustre et une solennité à cette ratification. Cela fait bientôt un demi siècle que l’Europe indiffère ou ennuie, et c’est là une occasion d’impliquer la population, d’avoir un vrai débat européen, de faire cesser les ambiguïtés, et de repartir sur des bases saines. Seulement voilà, les principaux États de l’UE penchaient plutôt pour la solution confortable et feutrée d’une ratification parlementaire. Avec cette initiative, le Royaume-Uni ébranle tout, joue en maître, enlève un argument à son opposition intérieure, met un coin entre ses principaux partenaires, qui, désormais, alors que se préparent la négociation des futures perspectives financières européennes, ne peuvent plus remettre en cause le chèque britannique comme ils avaient l’intention de le faire. Un super coup sur l’échiquier européen. Le Royaume, habitué à faire cavalier seul, aux actes de fou, à la tour (ou l’île) imprenable, à sa reine admirée du monde entier, joue maintenant le coup du roi. L’Angleterre réussit à diviser l’Europe en deux : il y a ceux qui donnent des leçons, et ceux qui donnent la parole au peuple.
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