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N° 18 du 14/10/04
18 octobre 2004
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La Turquie est-elle bienvenue en Europe ?
23/04/2004 • 00h00
Place stratégique de la Turquie sur l’échiquier oblige, contexte international turbulent dans cette zone du globe, le tout sur fond d’élargissement à l’est qui réveille les envies... la Turquie dans l’Union, c’est le casse-tête du moment. Et les arguments religieux, historiques, économiques et géopolitiques s’affrontent avec passion. Le point pour comprendre.


-  La Turquie est-elle bienvenue dans l’Union européenne ?
-  Ecoutez Faruk Bilici, chercheur à l’Institut national des Langues et Cultures Orientales
-  Mémo : chronologie de s rapports UE/Turquie
-  24 avril (génocide arménien) : la position du CDCA sur l’adhésion turque
-  En savoir plus : une sélection de liens pour aller plus loin

Ecoutez Faruk Bilici. - 744 ko
Ecoutez Faruk Bilici.
 
Ecoutez Faruk Bilici, chercheur à l’Institut national des Langues et Cultures Orientales sur les relations France-Turquie. Il commente notamment la position de l’UMP - le parti du gouvernement - qui a donné le coup d’envoi du débat sur l’entrée ou non de la Turquie dans l’Union européenne.

La Turquie est-elle bienvenue dans l’Union européenne ?

La mosquée Sainte-Sophie à Istanbul © EPA Photo / Kerim Otken - Commission européenne, 2004 - 18.4 ko
La mosquée Sainte-Sophie à Istanbul © EPA Photo / Kerim Otken - Commission européenne, 2004
 
Helsinki, 1999. Les Quinze acceptent officiellement la candidature turque, déposée douze ans plus tôt. « Ce n’est pas maintenant qu’on va trancher la question, c’est déjà tranché ! », pour Hasan Basri Elmas, directeur du Centre d’études de la Turquie, du Moyen-Orient et des Balkans (CETOB). Tranché, certes, mais contesté. Et pas seulement sur la date de début des négociations d’adhésion - pas encore fixée - mais sur le principe même.

« Jusqu’à présent, personne n’utilisait des arguments, en tout cas pas officiellement, d’ordre religieux, culturels et historiques », remarque Faruk Bilici, chercheur à l’Institut national des Langues et Cultures Orientales (INALCO). Depuis que la Turquie est candidate officielle, les critères d’adhésion, dits de Cague, sont passés en revue tous les ans par la Commission européenne qui juge de ses progrès sur 31 chapitres, dont les droits de l’homme, la démocratie, le développement ou l’éducation. Des critères techniques et objectifs.

Un statu quo qui « arrange tout le monde »

« La Turquie a entrepris des réformes importantes dans le domaine des droits de l’homme depuis 2 ou 3 ans », explique Faruk Bilici. « Elle a beaucoup de retard, mais ce sont des choses qui peuvent se rattraper avec le temps. De toute façon, elle sait qu’elle n’intégrera pas l’Union demain, elle accepte tout à fait normalement une attente de 10 à 15 ans. ». Il faut dire que la liste des sujets litigieux est longue. Arrestations arbitraires, tortures dans les prisons, refus de reconnaître le génocide arménien (ndlr : cf notre memo), sans oublier le pouvoir qu’a l’armée avec le Conseil national de Sécurité. Pour Gérard Deprez, eurodéputé belge PPE, « cette situation n’est pas conforme aux critères de démocratie des pays de l’Union européenne. Les militaires ne se mêlent pas de politique. »

Pour Hasan Basri Elmas, l’Union européenne et la Turquie se renvoient la balle. « Il faut que l’Union donne des signes politiques forts, elle est trop silencieuse sur les questions de droits de l’homme, et ça sert les discours nationalistes et de certains militaires turcs opposés à cette adhésion. Mais imaginons que la Turquie réalise ces réformes, ça sera un casse-tête pour l’UE. On garde donc un statu quo qui arrange tout le monde. »

De quelle Union parle-t-on ?

Un « casse-tête » ? C’est que l’Union ne sait pas très bien jusqu’où s’élargir. « Tout dépend de ce qu’on veut faire de cette Union », précise Jean-Louis Bourlanges, eurodéputé PPE-UDF. « Si l’on veut faire un club de façon désincarnée sans politique commune, l’Union européenne jouera un rôle très limité sans réelle influence internationale. Si l’on veut faire une véritable fédération politique, il faut assumer un héritage historico-culturel qui passe par la démarcation entre l’UE et la Turquie. »

En revanche, des partenariats privilégiés avec la Turquie, à la bonne heure ! Elle a déjà un pied économique dans l’Europe avec l’accord d’union douanière de 1995 et le processus de Barcelone (programme Euromed). Pour le belge Gérard Deprez, « il faudrait qu’elle puisse bénéficier de certaines politiques européennes, sans faire partie du système. Pour ne pas avoir seulement un espace de libre échange, pour ne pas perdre le rêve politique et fédéraliste des Pères fondateurs de l’Europe. » Sauf qu’« être dans un ‘deuxième cercle’ de l’Europe ne serait jamais acceptable pour les Turcs ! », s’exclame Faruk Bilici. Servir de pont entre l’Occident et l’Orient, d’accord, mais « comme membre à part entière de l’Union. »

Hasan Basri Elmas estime, lui, que l’Europe n’est pas prête. « C’est un ensemble économique, mais pas encore une Union politique. Le mécanisme institutionnel du Traité de Nice [ndlr : adopté en 2000 pour réformer les institutions en vue de l’élargissement de mai] est incapable de digérer l’adhésion de la Turquie. Elle aurait un poids égal à la France et à l’Allemagne. Mais qui est capable de proposer autre chose ? »

Qu’en pensent les citoyens européens ?

Ce sont les chefs d’État qui décident à l’unanimité de l’adhésion de nouveaux pays, sur la base de rapports de la Commission européenne. « Le débat sur le statut de candidat pour la Turquie en 1999 a duré trois minutes sans que les Parlements nationaux et les peuples ne soient consultés », rappelle Jean-Louis Bourlanges. Gérard Deprez, lui, est partisan d’un referendum pour tous les citoyens européens sur l’adhésion de la Turquie et des prochains candidats. « Que le peuple européen se prononce, il est le seul à pouvoir déterminer les limites de l’Europe. »

Selon un sondage BVA-Marianne récent, 51% des Français seraient favorables à l’adhésion de la Turquie. Jacques Chirac, déjà signataire à Helsinki, en fait partie. En décembre prochain, il décidera avec ses homologues de l’Union à 25 s’il est opportun de commencer à négocier l’adhésion de la Turquie.

Mémo :

-  Turquie / UE : le jeu du « chat et de la souris » depuis 45 ans

1959 : Premier dépôt de candidature de la Turquie à l’Europe

1963 : La Communauté économique européenne (CEE) et la Turquie signent un accord d’association à Ankara. Walter Hallstein, alors Président de la Commission de la CEE, a parlé de la « vocation européenne » de la Turquie dans son discours.

1987 : la Turquie présente officiellement sa demande d’adhésion à l’Union européenne.

1995 : Un accord d’union douanière unit désormais la Turquie à l’Union européenne.

1999 : le Sommet européen (réunion des chefs d’Etat) d’Helsinki marque un tournant décisif, puisque la Turquie obtient le statut de candidat officiel à l’Union européenne, sans pour autant préciser de calendrier pour débuter les négociations d’adhésion.

Décembre 2004 : le Conseil européen décidera si la Turquie satisfait aux critères politiques de Cague, auquel cas l’Union européenne ouvrira sans délai des négociations d’adhésion avec ce pays.

-  La Turquie compte près de 70 millions d’habitants. Elle devrait en, compter au moins 80 millions en 2050 (selon des prévisions démographiques des nations Unies), ce qui ferait d’elle, en cas d’adhésion, le pays le plus peuplé de l’Union. Les quinze et même les 25 verront, eux, leur population décroître.

-  La Turquie a des frontières communes, à l’Ouest avec la Bulgarie et la Grèce, et à l’Est avec la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.

La position de la communauté arménienne française :

A l’occasion du 24 avril : journée de commémoration du génocide arménien, la position du Comité de défense de la cause arménienne. Jules Mardirossian, pour le CDCA :


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"La perspective de l’entrée de la Turquie en Europe, qui sera examinée au sommet européen de décembre 2004, nous préoccupe au plus haut point. Cette demande d’adhésion pose cinq problèmes essentiels dont aucun ne peut être évacué. D’abord, l’Etat Turc, héritier de celui de 1915, concepteur organisateur et exécutant du génocide des Arméniens, a toujours été et reste foncièrement négationniste. Il n’a jamais dénoncé l’idéologie destructrice de ses prédécesseurs et continue donc d’être un prévenu devant répondre du crime du génocide des Arméniens. Ensuite, depuis la création de la République turque, les droits de l’homme ont toujours été très gravement bafoués dans ce pays : oppression des minorités, répression à l’égard des Kurdes, occupation militaire de Chypre, autocratie...Ensuite, l’élargissement de l’Union Européenne, sous couvert d’ouverture et de volonté pluraliste des pays du vieux continent, fait en réalité partie de la stratégie géopolitique américaine qui vise à instrumentaliser la Turquie à son profit au détriment des pays du Moyen-Orient, de la Transcaucasie et de la cohérence européenne. Ajoutons à cela que la viabilité d’une union politique de différents pays nécessite une culture politique commune que la Turquie n’a pas avec l’Europe. Et qu’en désolidarisant la nation turque de l’aire socio-politique et géographique du Moyen-Orient dont elle fait partie, l’Union Européenne pénalise à jamais l’organisation intégratrice de cette région en confédération viable et pacifique. L’équation devant intégrer ces cinq points ne peut se résoudre avec quelques aménagements superficiels de circonstance, car elle équivaut d’une part à un outrage à l’éthique et d’autre part à une réminiscence coloniale de l’Occident."

En savoir plus :

-  Medea, le site du Centre européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe, qui propose des dossiers spéciaux, des revues de presse turque, arabe et israélienne (association belge).

-  L’association française « A ta Turquie » a été créé pour faire connaître la culture turque. Elle fait partie du Conseil National des Associations Immigrées de turquie, le CFAIT.

-  La page Europe du site de l’Union européenne consacrée à l’élargissement : données sur le pays, cartes, ... (en anglais).

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