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Courrier européen Chypre : Réunification ratée, désunion internationale réussie
29/04/2004 • 17h28
En rejetant massivement par référendum le plan des Nations unies pour la réunification de l’île, les Chypriotes grecs se sont mis à dos la communauté internationale. La presse grecque fait état des craintes et du malaise suscités par ce refus. "Les conséquences d’un non retentissant", titre l’édition dominicale de Politis. "Et maintenant, quoi ?" s’interroge le quotidien, qui reprend la citation de l’un des partis opposés au plan : "Nous voulons une solution, mais pas cette solution." Un point de vue qui passe difficilement auprès de l’Union européenne - dans laquelle seule la partie sud de Chypre entrera donc le 1er mai 2004 - comme auprès des Nations unies, qui avaient concocté le plan soumis le 24 avril 2004 à un référendum conjoint aux parties grecque et turque pour une réunification de l’île, divisée en deux depuis le 24 juillet 1974. Car les Chypriotes grecs sont aujourd’hui bel et bien montrés du doigt par la communauté internationale pour avoir massivement voté non, à 75 %, au référendum là où les Chypriotes turcs ont dit oui à plus de 60 %. La communauté internationale ne comprend pas les causes exactes de ce refus massif qu’Eleftherotypia explique en affirmant que "les Chypriotes grecs ont voté contre Annan". Le plan rejeté a en effet était rédigé par le secrétaire général des Nations unies et il a, tout au long de négociations aux forceps, été ressenti par les Chypriotes grecs comme extrêmement favorable au camp turc. Pour I Kathimerini, il faudra sérieusement se pencher sur la gestion de ce non. La déception exprimée par les Etats-Unis et l’Union européenne ne s’arrêtera pas, selon le quotidien grec, à de simples déclarations. Les Chypriotes grecs craignent par exemple un boycott économique et touristique de l’île, qui menacerait l’entrée de la livre chypriote dans la zone euro, prévue pour 2006. "Après le non, il faut maintenant travailler sur le oui", estime O Phileleftheros. Le journal grec reprend les termes du président chypriote grec, Tassos Papadopoulos, élu par plébiscite en 2003 sur un programme opposé à tout plan avantageant la Turquie : "Le non concernait le plan Annan, et pas le désir de réunification." Pendant les trente ans de négociations, le Sud a toujours accepté les plans proposés par les Nations unies et les Chypriotes turcs les ont toujours rejetés. Pourtant, cet unique refus de la communauté grecque de Chypre inquiète le gouvernement. Les "représailles internationales seront pesantes", selon O Phileleftheros. Les pressions exercées avant le référendum du 24 avril pour pousser les Chypriotes grecs à voter pour le plan Annan ne sont pas finies ; il va donc falloir travailler en collaboration avec Athènes pour renverser le mauvais climat international qui règne après ce non écrasant. Athènes restera de toute façon aux côtés de Chypre, espère O Phileleftheros. Le quotidien grec Eleftherotypia ne s’y trompe pas et reprend les termes du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, en titrant : "Nous attendons un oui d’Athènes." Athènes qui espère surtout une "seconde chance pour Chypre", une chance de réunification. Toujours selon Eleftherotypia, "ce désir est présent au sein du peuple. Il suffit donc de négocier à nouveau, cette fois-ci avec peut-être moins de pressions internationales." Ainsi, la réunification de Chypre ne dépend plus des Chypriotes grecs. C’est une affaire européenne à présent. D’ailleurs, la Grèce l’a bien compris et n’a pas perdu de temps pour pacifier les liens avec la Turquie, observe To Vima, qui s’interroge sur ce "soudain amour entre Athènes et Ankara". Il restera aux Chypriotes grecs, pour se consoler d’un choix dont les conséquences leur font manifestement peur, le plaisir d’avoir conservé au moins un allié international : la Russie. Moscou avait, deux jours avant le référendum, opposé un veto au plan Annan. Comme le confirme l’ambassadeur de Russie à Athènes au quotidien I Kathimerini : "Nous sommes là même après le non." Alexia Kefalas © Courrier international Memo : [ndlr EuropePlusNet] L’Union européenne a proposé lundi dernier d’allouer 259 millions d’euros d’aide économique aux Chypriotes turcs pour aider à l’expansion de la partie nord et lui permettre de rompre son isolement. Seuls les Chypriotes grecs rejoindront l’UE le 1er mai, à défaut d’un "oui" majoritaire au referendum sur la réunification de l’île le 24 avril dernier. A noter toutefois une particularité juridique qui fait que les Chypriotes turcs seront également citoyens européens.
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