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La Turquie dans l’Union, combien ça coûte ?
Par Nicolas-Jean Brehon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
29/04/2004 • 17h49
La question sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE) est avant tout de nature politique. Mais l’on peut en donner un ordre de grandeur du coût de son adhésion. La question sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE) est avant tout de nature politique. Dans ce débat, les aspects budgétaires sont secondaires et les calculs trop incertains : on ne sait même pas à quelle date la Turquie pourrait adhérer... Mais s’il n’est pas question de chiffrer avec précision le coût d’un éventuel élargissement à la Turquie, on peut en donner une estimation ou plutôt un ordre de grandeur si les conditions de fonctionnement du budget communautaire étaient maintenues en l’état. Les dépenses communautaires sont aujourd’hui réparties en trois secteurs : la politique agricole commune, la politique de cohésion (dite aussi aides structurelles), bientôt majoritaire dans le budget, et les autres dépenses (politiques internes, telles que recherche et environnement, et dépenses administratives...). Les aides de cohésion + ... La Turquie serait le pays le plus pauvre de l’UE. Son niveau de vie par habitant est égal au quart du niveau des actuels États membres, alors que celui des 10 nouveaux entrants est équivalent à 45% de celui des Quinze. La Turquie a donc vocation à bénéficier massivement des aides de cohésion. Combien ? L’estimation peut être faite à partir de deux données. Les aides de cohésion, expression de la solidarité entre les États membres, sont aujourd’hui plafonnées à 4% du PNB de l’ État membre. Compte-tenu du PNB de la Turquie (190 milliards d’euros en 2003), les aides de cohésion seraient donc au maximum de 7,6 milliards d’euros. Mais le montant réel sera très dépendant de la croissance. Sur la base d’un taux moyen de 7 % constaté dans les années 90, le PNB doublerait pratiquement d’ici à dix ans, de telle sorte que les aides structurelles, aux conditions actuelles, atteindraient 14 milliards d’euros. On peut aussi estimer le montant des aides dont pourrait bénéficier la Turquie par comparaison avec les aides reçues par les pays comparables de la dernière vague d’adhésion, notamment la Pologne. Sur cette base, les fonds structurels atteindraient 9,1 milliards par an. La Turquie deviendrait alors le premier bénéficiaire des fonds de cohésion européens. ... + les dépenses agricoles... Le même raisonnement peut être appliqué aux dépenses agricoles. Selon des universitaires allemands, la Turquie aurait reçu 6,5 milliards d’euros d’aides agricoles si elle avait été membre de l’UE en 2001 . Cette somme paraît cependant discutable tant les caractéristiques de l’agriculture turque sont éloignées de celle de l’agriculture européenne actuelle (les productions méditerranéennes - fruits et légumes- sont peu subventionnées par le budget communautaire). On peut aussi évaluer ce coût par comparaison avec la Pologne qui bénéficiera de 2,9 milliards de crédits agricoles en 2013. Les deux agricultures sont en effet comparables par la structure de la population et des exploitations, ce qui permet d’estimer l’importance des dépenses agricoles autour de 5 milliards d’euros. Il y a également tellement d’incertitudes sur ce poste que les estimations ne peuvent être que très larges. L’enveloppe pourrait être comprise entre 3 et 6,5 milliards d’euros. ... + autres dépenses... facture = 10 à 20 milliards d’euros Les autres dépenses peuvent être estimées entre 1,9 et 2,8 milliards d’euros. Les contributions de la Turquie au budget communautaire ont été évaluées par les universitaires allemands à 2 milliards d’euros en 2002. Compte tenu de la progression prévue du PNB, cette contribution pourrait atteindre entre 2,5 et 3,4 milliards en 2013, voire davantage si l’économie souterraine sortait de la clandestinité. Des chocs budgétaires à répétition Compte tenu de tous ces éléments, le coût net de l’adhésion de la Turquie serait compris entre 10 et 20 milliards d’euros par an. Des dépenses qui surviendraient après les chocs budgétaires des élargissements de 2004 et de 2007. Ainsi, coup sur coup, coût sur coût, l’Europe s’engagerait dans des dépenses très importantes. Elles ne pourraient être financées sans un changement profond de toutes les politiques communautaires et aucun État ne s’en sortirait indemne. Les fonds structurels de la Grèce et l’Espagne, la correction britannique, la contribution allemande, la position française qui assurerait 20 % du coût total, soit 2 milliards par an... tout serait radicalement transformé. Le mouvement est lancé avec tant de force et tant d’attentes, au moins en Turquie, que faire marche arrière sera difficile. Selon un universitaire allemand, « l’adhésion de la Turquie créerait un problème énorme voire insurmontable au système financier européen ». L’Europe a toujours progressé par crises. Nul doute qu’à cette occasion, elle sera servie encore plus que de coutume.
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