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Par Sébastien Etienne (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
6/05/2004 • 00h00
Diego Marani a plusieurs cordes à son arc. D’origine italienne, il est traducteur au Conseil des ministres à Bruxelles, écrivain et inventeur de l’europanto. Langage d’un genre particulier, l’europanto est fabriqué à partir de différentes langues européennes. Une langue commune comme l’europanto correspond-elle à la solution miracle pour l’Union élargie ? Entretien.


-  "No est Englando, no est Germano, no est Espano, no est Franzo, no est keine known lingua aber Du understande ! ".

SE : Si vous deviez définir l’europanto en 3 mots, ce serait quoi ?

DM : Un antidote contre l’intégrisme linguistique. Nous considérons trop souvent notre langue comme un instrument identitaire alors que les langues sont avant tout un instrument de communication. Les langues sont faites pour aller vers les autres. Depuis que je réside en Belgique, j’ai remarqué qu’une frontière coupe la société, une frontière insaisissable, à savoir la frontière linguistique. Et cela m’a agacé de voir que, en Europe, des gens se divisent à cause de la langue ! Quelle est la solution ? Partager la langue. Si tous les Belges partageaient les deux langues du pays, il n’y aurait pas de frontières. Il y aurait une nouvelle identité qui tirerait son originalité du mélange.

Pourquoi a-t-on peur du mélange ? A cause de l’idéologie de l’Etat-nation qui est devenu un obstacle qui nous empêche d’aller de l’avant. Ce concept fait coïncider des éléments qui ne sont pas de même nature. Il base sa symbolique sur la frontière, artifice de l’homme, dessinée par les guerres, et sur le drapeau. A cela, l’Etat-nation ajoute une langue. Et voilà la faute. Car la langue n’est pas un artifice humain. La langue est un phénomène naturel qui ne s’arrête pas aux frontières, qui ne respecte pas l’idéologie des Etats.

Mais l’europanto, c’est avant tout un gag ?

Absolument, c’est un gag. Ce n’est pas une langue. Je n’ai pas voulu inventer une langue mais j’ai voulu montrer qu’on pouvait jouer avec les langues par le mélange. La grammaire n’est pas un dogme mais elle est un instrument pour dominer et contrôler la langue à un certain moment de son évolution. Il y a des pays qui veulent aujourd’hui protéger leur langue contre l’influence étrangère ou sa bâtardise. Je pense bien sûr à la France. Mais, on oublie parfois que toutes nos langues sont le fruit du mélange. Nous sommes tous des bâtards de quelque chose alors à quoi bon protéger sa pureté !

L’europanto est le mélange de langues dont le seule but est qu’on se comprenne. Il vise à montrer que les langues sont accessibles, même si on ne les connaît pas. Cela montre également que les langues appartiennent aux gens qui les parlent et non aux Etats-nations et autres institutions politiques et ONG.

Pourquoi, à votre avis, toutes les tentatives de construction de langues, comme celle ambitieuse de l’espéranto, ont échouées ?

Personnellement je ne crois pas aux langues artificielles et universelles. Rien n’est universel dans une langue, au même titre que rien n’est neutre dans une langue. Les langues expriment toujours quelque chose. Une langue artificielle n’a rien derrière elle. Il s’agit alors d’un code qui peut servir à une communication primitive mais qui ne peut pas nourrir une culture. L’espéranto était une très bonne idée. C’est vrai qu’il s’apprend très facilement. Avec seulement 16 règles de grammaire, c’est une langue logique.

A terme, faudrait-il une langue commune pour l’Union européenne ?

La langue commune est un mirage que l’humanité a toujours eu. Il est compréhensible que lorsque que l’on s’élargit, on rêve d’une langue commune. Rien n’empêche qu’à l’avenir, cette langue commune existe. Aujourd’hui, la seule langue qui puisse prétendre à jouer le rôle, non pas de langue commune, mais de langue de communication est l’anglais. On ne peut nier la force et les opportunités de l’anglais. Si nous voulons faire de l’anglais, cette langue commune de l’Europe, il faut tenir compte de plusieurs éléments. L’anglais comme toutes les langues, n’est pas neutre. Les anglophones seraient donc les privilégiés lorsqu’ils devraient défendre leurs arguments. Tout cela n’est pas acceptable. Là où l’anglais peut-être utile, pourquoi ne pas en profiter mais la solution dans le long terme serait à nouveau le partage.

Prenons, par exemple, le cas précis de la frontière entre l’Italie et la Slovénie. En partant de Venise, on s’aperçoit que petit à petit l’italien se dissipe. Ensuite, il y a une zone de mélange où on trouve un dialecte qui n’est ni italien, ni slovène. Puis on passe au slovène pur avant d’arriver au croate. C’est notre histoire d’Etat-nation qui a voulu imposer des frontières là où il n’y en avait pas. Mettons en valeur ces diversités en poussant les gens qui habitent le long des frontières à apprendre la langue de leurs voisins. (ndlr : on peut prendre aussi le cas de l’alsacien. Ce n’est ni du français, ni de l’allemand. Et cette langue permet aux transfrontaliers des deux pays de communiquer, d ‘échanger, d’avoir une culture commune.)

Au sein de l’Union européenne, nous avons toujours travaillé dans un environnement multilingue. Avec dix (11 langues officielles de l’UE ; 9 langues pour les 12 membres de l’euro) langues différentes, nous sommes quand même arrivé à l’euro. La diversité linguistique n’a jamais été, pour nous, un obstacle. Le multilinguisme n’est pas impossible si c’est un multilinguisme intelligent ; un multilinguisme modulé où l’on partage la langue du voisin. Ce n’est pas nécessaire pour un Slovène de connaître le finnois mais il est important de connaître la langue de son voisin en plus de l’anglais qui est un peu le latin de notre époque.

-  Mémo :

L’europanto se rapproche des langues construites comme le volapük, l’espéranto et l’ido.

Le volapük, inventé en 1880, par l’Allemand Johann Martin Schleyer, a eu une "existence" très courte. Il s’est effacé au profit de l’espéranto.

L’espéranto, créé en 1887, par le médecin et linguiste polonais, Lejzer Ludwik Zamenhof, est la langue artificielle mondialement connue. L’espéranto n’a cependant jamais réussi à s’imposer comme langue internationale.

L’ido est une version améliorée de l’espéranto.

-  Lire aussi dans EuropePlusNet :

Volapük.

718 521 : le nombre de pages de traduction produites en 2003 par le Parlement européen.

-  Pour en savoir plus :

Les archives de l’europanto : Informations et articles rédigés en europanto...le tout non dénué d’humour !

Esperanto.net : annuaire de liens dédiés à l’espéranto.

Communauté francophone pour la langue internationale Ido.

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