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Opinions
La Norvège ne s’en laisse pas conter
Par Charles Bobe (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
6/05/2004 • 22h51
Alors que l’Europe vient de s’élargir à 25 pays, le pays des fjords et des contes et légendes, continue de faire (presque) cavalier seul. La population a dit « non » à l’intégration de l’UE deux fois par referendum et pourtant, ce pays nordique fait partie de l’ AELE et de l’espace Schengen. Une coopération sans intégration ou une tentation non assouvie ? Deux Norvégiens ont leur opinion sur le relatif isolement de leur nation et là où, pour eux, l’Europe... pêche.


-  Vibeke Knoop-Rachline, correspondante à Paris du quotidien norvégien Dagbladet

« Moi-même je me pose la question, car je trouve cela aberrant. La Norvège a par deux fois voté non à son entrée dans l’Union Européenne (ndlr : en 1972 et 1994). C’est donc un non fort et massif qui est fortement ancré au sein de la population. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela.

L’une d’elles, c’est le sentiment d’appréhension car la Norvège est un petit pays et les Norvégiens ont peur de se retrouver sous domination d’une puissance lointaine, comme ce fut le cas dans sous la domination du Danemark (ndlr : de 1380 à 1814) puis de la Suède (ndlr : de 1814 à 1905). Ensuite se pose un problème plus égoïste. Car la Norvège est un pays riche qui possède du pétrole. Dans ce cas-là, il n’y a pas besoin de l’UE et surtout il n’y a aucune envie de partager cette richesse.

Deuxième problème : les pêcheurs ont eu peur d’avoir à partager les ressources maritimes norvégiennes. Et pourtant selon de récents sondages, la Norvège de la pêche dirait oui à l’Europe, aujourd’hui. Car ils ont vu le fonctionnement de l’UE avec la pêche (ndlr : accords du 26 janvier 2004 sur les possibilités de pêche réciproque entre l’UE et la Norvège). J’étais stupéfaite par les résultats de ce sondage, car les pêcheurs et ceux qui le soutenaient étaient les plus virulents contre l’entrée de la Norvège dans l’Union Européenne. Pour le reste de la population, les sondages fluctuent selon les mois.

La troisième justification à mes yeux de la non-adhésion de la Norvège tient au fait qu’il existe des oppositions politiques farouches. Actuellement, nous avons un gouvernement de coalition de centre droit. Si les travaillistes (équivalent du parti socialiste français) veulent revenir au pouvoir, ils doivent faire alliance avec un parti farouchement opposé à l’UE, le Parti socialiste de gauche, ce qui bloque totalement la perspective. En revanche, l’actuel Premier Ministre de coalition, Kjell Magne Bondevik’, issu d’un petit parti chrétien démocrate, se dirige vers le oui.

En fait, il existe un véritable traumatisme suite aux deux « non ». Il faut se rappeler que les référendums ont scindé la population en deux. On appréhende de recommencer une troisième fois. »

(JPEG)
JJ Cordier © membres.lycos.fr/photocord

-  Dag Werno Holter, chef du service politique de l’ambassade de Norvège à Paris.

« Par deux fois, le Gouvernement Norvégien avait négocié un traité d’adhésion à l’Union Européenne. Avec le « non » au referendum, la démocratie a joué contre l’adhésion Norvégienne, mais cela n’empêche pas la Norvège de poursuivre une politique européenne. Nous faisons partie de l’Europe Occidentale, nous sommes membres fondateurs de l’OTAN. Nous ne poursuivons donc pas une politique d’isolement et nous attachons de l’importance à la coopération européenne.

Le non de la population aux referendums de 1972 et 1994 s’explique par différents facteurs. Il y avait un réel problème avec la pêche, mais aussi avec l’agriculture, qui dans notre pays, fonctionne dans les conditions climatiques très particulières que vous imaginez. Ce secteur dépend pour beaucoup des subventions. Il est très protégé. Les agriculteurs ont eu peur que cela change avec l’entrée dans l’UE et d’être soumis à une plus grande concurrence des autres pays européens.

Il faut également prendre en compte que politiquement, la Norvège est une nation relativement jeune. Ce n’est qu’en 1905 que la Norvège a retrouvé son indépendance totale (avant d’être à nouveau occupée par les nazis entre 1940 et 1945). Les Norvégiens ont le sentiment de n’avoir gagné que récemment leur souveraineté. La question se pose donc sur le fait de laisser à nouveau cette souveraineté à un grand ensemble comme l’Europe. La Norvège a donc un peu peur de perdre son indépendance et de voir d’autres décider pour elle. Mais il ne faut pas oublier que nous faisons partie de l’EEE (Espace Economique Européen), un accord particulier entre trois membres de l’AELE (Association de Libre Echange Européen) et de l’Union européenne, qui consiste à intégrer le marché intérieur. Nous sommes donc très intégrés à l’Union Européenne. Une grande partie de notre de notre commerce se fait avec l’UE (de l’ordre de 75%) et nous sommes des partenaires importants pour beaucoup de pays de l’Union. Par exemple, la Norvège fournit un tiers de la consommation en gaz de la France. Nous sommes également membres de l’espace Schengen, l’accord de libre circulation entre l’UE (sauf le Royaume-Uni et l’Irlande), l’Islande et la Norvège.

Il y a donc une réelle volonté de participer à une coopération renforcée tout en conservant notre autonomie. La question aujourd’hui porte sur la signification de la souveraineté dans la nouvelle Europe avec une Norvège très intégrée dans la coopération, mais pas dans le processus décisionnel. C’est actuellement le débat qui se dessine. Nous sommes dans la problématique qui consiste à dire que nous faisons partie d’une certaine Europe, sans faire partie des instances décisionnelles. Notre influence réelle n’est pas la même que si nous étions dans l’UE. Le débat se situe donc par rapport au manque de décision directe de la Norvège. »

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