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Tribune
Mieux promouvoir l’Europe Outre-Atlantique
13/05/2004 • 23h02
Franck Biancheri est le président de Tiesweb, think-tank spécialisé sur les relations transatlantiques. Il a été élu héros européen en 2003 par le magazine américain « Time ».

Tant dans l’Union européenne (UE) qu’aux États-Unis, chacun est conscient que les relations transatlantiques traversent une période de défis sans précédent depuis 1945. L’invasion de l’Irak creuse un fossé de plus en plus profond entre les opinions publiques européennes (y compris dans les pays dont les gouvernements se sont engagés aux côtés de Washington) et la politique américaine actuelle. Cette invasion a joué un rôle de catalyseur, accélérant un processus de divorce entre citoyens européens et politique washingtonienne, entamé il y a plusieurs années déjà au fil des conflits autour de Kyoto, de la Cour de Justice Internationale, de Guantanamo...

Nous avons maintenant un vrai “problème” entre l’UE et les État-Unis, dont j’ai pu mesurer l’étendue en janvier 2004, à La Haye, lors du premier séminaire de réflexion réunissant des diplomates des 25 États membres sur l’avenir des relations Union européenne / États-Unis puis lors de la seconde Semaine Transatlantique organisée par Tiesweb à Miami. Un message clair est ressorti dans les deux cas. (ndlr : cf nos liens En savoir plus.)

Vue de Washington, l’Union est une machine bureaucratique

Les Européens ne se donnent pas les moyens de communiquer aux États-Unis sur ce que l’Union européenne est en train de devenir. La plupart des citoyens américains, une part importante des élites américaines, y compris des spécialistes de l’UE, continuent de voir dans l’UE une machine bureaucratique, gérée depuis Bruxelles et seulement préoccupée par les régulations commerciales. Ils ignorent largement que l’UE est désormais engagée dans un projet historique majeur consistant à créer et à gérer une démocratie de taille continentale, composée de près de 500 millions de citoyens et de 30 nationalités, langues et cultures différentes : un projet qui place l’UE à l’avant-garde d’une nouvelle frontière de la démocratie tant en termes de taille que de diversité ou de complexité. Cependant, les citoyens américains (et la plupart de leurs élites) n’ont pas encore compris que les institutions de l’UE sont de moins en moins clés dans les processus décisionnels, tandis que les entreprises, associations, universités, media affectent de manière croissante ce que l’UE est et devient.

Pour un rôle politique de l’ambassadeur de l’UE aux USA

Cette situation est avant tout le résultat de l’incapacité des Européens à expliquer les évolutions en cours depuis 5/10 ans. L’Union européenne devrait avoir un politique aux États-Unis, plutôt qu’un eurocrate, en charge de la représenter auprès des media, et dans les émissions de débats et les conférences. Non seulement un politique européen comme « Ambassadeur de l’UE à Washington » (ndlr : à ce jour, Günther Burghardt) signifierait-il aux fonctionnaires, journalistes et experts américains que l’UE peut toucher une part importante de la population américaine afin de transmettre les opinions, analyses et visions européennes. Son efficacité dépendra largement de la capacité de l’Ambassadeur de l’UE à Washington à atteindre la société civile et à apparaître comme un interlocuteur ouvert pour les organisations de la société civile européenne, désireuses d’engager un dialogue avec leurs homologues américaines. C’est essentiel pour les prochaines années si l’on veut éviter une dérive complète entre les opinions publiques des deux rives.

Un Irlandais, quoiqu’il arrive, pour représenter l’Europe

Un nouvel Ambassadeur de l’UE aux États-Unis doit être désigné, l’actuel Ambassadeur partant à la retraite. Deux candidats irlandais semblent intéressés par le poste. Cela est parfait, car pour être entendu du public américain, il est indispensable de proposer des anglophones ! Le premier “candidat” (bien qu’il n’y ait pas de candidature officielle pour ce type de poste) est John Bruton, ancien Premier ministre irlandais, un homme politique très respecté qui a récemment pris une part active à l’élaboration de la future Constitution européenne (il était membre du Praesidium de la Convention chargée de préparer la Constitution). Il a également joué un rôle central dans le projet de l’Euro en tant que Président de l’UE en 1996. L’autre est David O’Sullivan, actuel Secrétaire général de la Commission européenne, 25 ans au sein de la Commission européenne, inconnu des Européens. Lequel des deux à votre avis est-il le plus à même de toucher le public américain, de donner une image vivante de l’UE aux États-Unis et de montrer que les bureaucrates ont cessé d’être tout au sein du système politique de l’UE ? Mais le processus de nomination d’un diplomate à Washington est (comme toute chose dans l’administration de l’UE) très obscur.

-  En savoir plus :

La note de synthèse du séminaire « Quelle politique commune UE-Amérique du Nord ? » , organisé en janvier 2004 par Europe2020, think tank européen (groupe de réflexion).

Le site du think-tank Tiesweb (dialogue et partenariat transatlantiques) et le congrès d’avril 2004.

Lire d’autres éditoriaux du même auteur dans Newropeans Magazine.

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