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Courrier européen
Paris-Berlin, c’est la déprime
13/05/2004 • 00h00

Officiellement, tout va bien entre la France et l’Allemagne. "La coopération avance. Jeudi 13 mai, à Paris, le troisième Conseil des ministres franco-allemand - nouvelle appellation des sommets - devrait, assure-t-on, en témoigner", écrit Le Monde. "Mais le fait est là : le couple franco-allemand, tant célébré l’année dernière, au moment où l’on fêtait les quarante ans du traité de l’Elysée, connaît une période de troubles", poursuit le quotidien français. "Comment expliquer le malaise ? Aux prises avec des réformes impopulaires, les deux gouvernements sont mis sous pression et ils ont la tête ailleurs. Il suffit de peu, en période électorale, pour voir resurgir les irritations.

A Berlin, la façon dont Paris a appuyé le raid de Sanofi contre le groupe franco-allemand Aventis a réveillé de vieilles méfiances. Délesté d’un de leurs géants, les Allemands aimeraient prendre leur revanche en prenant pied dans Alstom, qui connaît d’importantes difficultés. Selon des sources allemandes, Siemens serait en position de racheter la division qui s’occupe des turbines nucléaires, mais aurait été écarté de la division transport, qui produit les TGV, au profit d’Areva, contrôlé par l’Etat français. Berlin n’est pas loin de voir dans ce dossier un exemple supplémentaire de ce protectionnisme français si décrié." Bref, pour Le Monde, "les relations franco-allemandes se tendent".

Côté allemand, le Handelsblatt parle de "faiblesse" plutôt que de tensions. Une faiblesse partagée, car elle concerne les deux équipes gouvernementales. Gerhard Schröder doit faire face à "des disputes avec ses partenaires verts, à la dépression dans les sondages, à une croissance en berne et aux difficultés d’imposer ses réformes". Mais "ce qui est nouveau", selon le grand quotidien économique d’outre-Rhin, "c’est que Chirac lui aussi s’enfonce de plus en plus dans le bourbier de sa politique intérieure".

Evidemment, si le chancelier allemand et le président français sont tous deux politiquement affaiblis, "c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe", poursuit l’éditorial. Par ailleurs, dans l’Union des 25, "Berlin et Paris doivent redéfinir ce que leur mariage de raison peut apporter à l’Europe. Le couple doit-il être élargi et accueillir des partenaires comme la Pologne, la Grande-Bretagne ou l’Espagne, comme Schröder l’a laissé entendre à plusieurs reprises ? Ou des alliances au cas par cas suffiront-elles pour diriger l’Europe ? Cela fait des mois qu’on attend de Schröder et de Chirac une réponse commune à ces questions. Les Conseils des ministres ne pourront pas masquer l’embarras des deux partenaires. Bref, le couple franco-allemand n’a pas besoin de symboles, mais d’idées courageuses. Mais il semble que ni Schröder ni Chirac n’en sont capables."

Marco Schütz © Courrier international

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