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N° 18 du 14/10/04
18 octobre 2004
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« Ich bin ein Européen ! »
Par Grégory Gendre
14/05/2004 • 00h00
Le 13 juin : des élections européennes qui ne semblent guère susciter l’enthousiasme. Pourtant, « tout individu ayant la nationalité d’un Etat membre est considéré comme citoyen de l’Union ». Quel sens donner au fait d’être « citoyen Européen » ?

Entretien avec Virginie Guiraudon, chercheur au CNRS, CERAPS de Lille (Centre d’Études et de Recherches Administratives Politiques et Sociales).

GG : Avec l’élargissement, revient de manière récurrente la notion de citoyenneté. Une définition particulière vous convient-elle ?

VG : Une définition légale existe et concerne les ressortissants des États-membres qui possèdent le droit de vote, le droit de pétition, la liberté de circulation et de séjour. Un citoyen européen existe, de fait, dans les textes et la réalité. Un point important, sur cette question, concerne les étrangers de longue durée dans un pays membre. Un texte adopté récemment permet, par exemple, à un Marocain, résidant depuis dix ans en France, de travailler en Allemagne. C’est une évolution importante depuis Maastricht : la citoyenneté de résidence l’emporte sur la citoyenneté nationale.

Pensez-vous que la question des flux migratoires représente une problématique centrale pour l’Union Européenne ?

Je répondrai seulement pas un double constat. D’abord, il n’existe pas d’harmonisation des processus pour accéder à la citoyenneté. Ensuite, les migrations ne se font pas par rapport aux systèmes juridiques et aux droits en place dans un pays spécifique, mais par l’évolution naturelle sur le marché du travail. C’est donc cette question sur le marché spécifique qui reste centrale pour comprendre les évolutions sociétales actuelles. Bien entendu, les politiques économiques et monétaires sont devenues communes pour répondre aux contraintes du marché. Le marché des travailleurs va évoluer de la même manière. Laisser circuler les ressortissants des pays tiers fait partie de l’harmonisation du marché du travail, qui se justifie, maintenant que le marché et la monnaie sont communs.

La notion de citoyenneté ne s’arrête pas à la seule notion du travail. Comment analysez-vous les discours des politiques sur la citoyenneté européenne ?


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Les Verts et les ONG en ont fait un véritable terrain d’action, mais se sont les seuls à en parler ou, du moins, à essayer d’ouvrir le débat sur cette question. Nous vivons avec un véritable déficit sur ce sujet. Seuls les chefs de gouvernement peuvent changer les traités sur ce thème et la question revient de manière trop sporadique pour être traitée de manière pertinente. La responsabilité des pouvoirs publics est engagée pour dire que ces questions européennes sont primordiales. Électoralement, le sujet est très difficile à aborder car décider qui est citoyen est un droit fondamental et historique des États-nations. Là, nous changeons d’échelle et il est normal que le processus s’inscrive dans le long terme mais, en même temps, ces États-nations ont déjà transféré beaucoup de leur souveraineté à Bruxelles alors pourquoi ne pas franchir à nouveau le pas pour les questions sur la citoyenneté ?

Pensez-vous que les citoyens et les Européens d’aujourd’hui prennent bien conscience de la construction européenne ?

Nous terminons justement une grande enquête réalisée dans sept pays sur cette question. Il ressort que le débat est particulièrement pauvre surtout dans les grands pays et que, de l’Europe de la sécurité, de la liberté et de la justice évoquée à Amsterdam, seul le pan sécuritaire montre qu’il a avancé. Enfin, il faut absolument faire des travaux et études importantes sur la circulation et la mobilité des citoyens pour comprendre au mieux comment évolue l’UE.

Craignez-vous qu’un « non » à un referendum proposé aux Français pour la ratification de la Constitution porte un coup fatal au projet européen ?

Je ne crains pas cette réponse et je pense même que cela pourrait être une bonne chose permettant d’ouvrir le débat. Nous aurions ainsi, enfin, l’occasion d’avoir de vraies discussions qui n’existent plus depuis longtemps, tandis que le débat contradictoire entre « gauche » et « droite » a disparu. Divers « non » ont déjà jalonné l’histoire de la construction européenne sans arrêter son processus. Le « non » suédois concernant l’adhésion à l’euro est intéressant car il a ramené la question du social et des acquis sociaux dans le débat à propos du visage de l’Europe que nous dessinons en ce moment. Ces réponses sont positives, elles rappellent que les directions ou les discours adoptés ne sont plus compréhensibles par la majorité des citoyens.


-  En savoir plus :

Le site du CERAPS.

Information de la documentation française sur le sujet

Les archives de l’UE sur la citoyenneté.

-  Deux ouvrages pour aller plus loin :

« Quelles valeurs pour l’Union Européenne ? » Collection PUF, sous la direction de Pascal Boniface (IRIS).

« Penser l’Europe ? » Collection Folio Actuel, Edgar Morin.

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