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Tribune Y-a-t-il un médecin pour la relation transatlantique ?
10/06/2004 • 00h00
Qu’elles étaient jolies ces images du soixantième anniversaire du Débarquement ! On peut toujours faire confiance aux Français pour organiser des spectacles de premier choix. Pourtant la relation transatlantique encensée par cet événement est moribonde. La construction laborieuse de l’apparence cache de plus en plus mal l’échec du contenu. Que va-t-on faire ensemble pour l’avenir ? Bien entendu, on dira qu’il y a la lutte contre le terrorisme. Bien entendu, on soulignera l’importance des gigantesques intérêts financiers et commerciaux croisés entre les deux rives de l’Atlantique. Bien entendu, côté européen, on laissera entendre que si une nouvelle administration est élue à Washington en Novembre 2004, tout s’améliorera. Et en écho, à Washington, on s’étendra sur les « nombreux » alliés européens de l’Amérique dans son aventure irakienne. Et bien entendu, on évoquera, les yeux humides, ces magnifiques cérémonies du 6 Juin 2004, témoignage de l’amitié indéfectible entre les peuples européen et américain ; tout en projetant les photos des multiples poignées de mains souriantes de nos leaders au cours des semaines à venir. Théâtre d’ombres Pourtant, tout ceci n’est plus qu’un théâtre d’ombre. Regardons d’un peu plus près la réalité. Franchissons une seconde le miroir des « experts patentés ». Sur l’Irak, tous semblent apaisés ; pourtant rien n’est réglé. La résolution qui sera votée ces jours-ci à l’ONU apparaît presque consensuelle mais elle n’est qu’illusion. Les Européens ont tout simplement cessé d’essayer de s’opposer à Washington : non pas parce qu’ils sont convaincus de la justesse des vues de G.W. Bush, ou parce qu’ils ont peur de rétorsions US, mais tout simplement parce que désormais ils ont décidé de laisser la coalition américano-britannique s’enliser en Iraq. Les quelques pays européens qui ont des troupes là-bas (à part les Britanniques) sont en train de chercher à les rapatrier au plus tôt sans avoir l’air de fuir la région ; et les autres n’enverront personne. Pour l’instant, G.W. Bush est satisfait. Il a évité de nouveaux conflits diplomatiques avec les « Alliés » au moment où il essaye de faire croire aux citoyens américains qu’il a les choses bien en main en Iraq et que la transition politique à Bagdad est un succès. Pourtant certains dans son entourage doivent savoir que d’ici quatre semaines, quand les grands-messes diplomatiques et les effets d’annonce ne suffiront plus à cacher la réalité, la réalité reviendra s’imposer sur les écrans des télés américaines : à savoir que les Européens ne suivent plus les Etats-Unis, que l’Amérique est seule ou presque dans son invasion irakienne. Limiter les dégâts diplomatiques D’une certaine manière les Européens ont décidé de cesser d’essayer de discuter avec Washington. Alors ils tentent de limiter les « dégâts » diplomatiques, et pour le reste, laissent la Maison Blanche poursuivre une politique qu’ils estiment suicidaire pour les Etats-Unis et leur influence dans le monde. Et les premiers à le faire sont les auto-proclamés "grands amis" de l’Amérique qui, par exemple, de Pierre Lellouche à Berlusconi, tentent de faire croire aux Américains que cette évolution est in fine positive et traduit une évolution de la pensée européenne dans le sens de Washington. Voilà où en est aujourd’hui la relation transatlantique. L’essentiel de ces acteurs « officiels », journalistes, experts, politiques, ... qui peuplent les séminaires sur ce sujet appartiennent à l’une ou l’autre de ces deux catégories : des Européens qui ont des intérêts personnels directs à "flatter" la partie américaine et à lui faire croire que le « bon vieux temps » peut revenir ; et des Américains qui ont peur de l’émergence de la puissance européenne, et tentent désespérément de la caricaturer pour satisfaire là-aussi ce désir du « bon vieux temps » où la relation transatlantique était dirigée depuis Washington. Franck Biancheri est le président de Tiesweb, think-tank spécialisé sur les relations transatlantiques. Il a été élu héros européen en 2003 par le magazine américain « Time ».
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