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Entretien Elections : qu’est-ce qui "coince" avec l’Europe ?
Par Alain Bloedt (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
20/05/2004 • 00h00
Dans un mois, du 10 et 13 juin, dans 25 pays, auront lieu les plus grandes élections jamais organisées. Un enjeu essentiel pour l’avenir du « Vieux continent », mais un scrutin qui demeure relégué au second plan. Pourquoi ? Le britannique Graham Watson, président du groupe libéral, la troisième force politique à Strasbourg derrière les conservateurs et les socialistes, nous répond avec le ton de parole qui fait sa réputation, mêlant regrets et espoirs concernant le rôle du Parlement, symbole de l’Europe de demain. « Les chefs de partis nationaux n’ont pas toujours une compréhension du fonctionnement de l’Europe ». Allons-nous enfin assister à une campagne unique sur les sujets européens ou à 25 campagnes nationales ? Je ne suis pas très optimiste à ce sujet, parce que les partis politiques ont leurs sièges dans les capitales de chaque pays et chaque parti politique veut exploiter la possibilité d’une campagne électorale pour battre et critiquer les autres partis. On n’aura jamais une démocratie européenne si nous n’avons pas un « demos » européen. Toutefois, à mon avis, ce « demos » se construit peu à peu. On l’a vu avec la guerre en Irak où, dans chaque ville européenne, des gens sont descendus dans la rue pour protester contre cette guerre. La difficulté demeure que nous parlons tellement de langues différentes qu’il n’existe aucun journal commun, ni chaîne de télévision couvrant toute l’Europe, si ce n’est peut-être MTV ! N’y a-t-il pas moyen de sensibiliser les chefs de parti nationaux ? C’est difficile car il faut comprendre que les chefs de partis nationaux n’ont pas toujours une compréhension du fonctionnement de l’Europe. De plus même s’ils savent, ils n’ont pas souvent la curiosité de savoir comme sont prises les décisions. Au final, ils préfèrent rester sur les sujets qui leur sont connus et se battre l’un contre l’autre plutôt que de participer à un débat européen. L’Union européenne n’a-t-elle pas le pouvoir de changer ces mauvaises habitudes ? L’Europe n’a pas fait une très bonne politique de communication. La Commission a toujours eu un budget limité et elle a toujours dit que « vendre l’Europe » était de la responsabilité des États membres. Mais ce que nous avons vu, c’est que les États membres ont tendance à blâmer l’Europe pour tout ce qui se passe qui n’est pas populaire chez les électeurs. Donc, il faut que l’Europe fasse un plus grand effort pour se vendre aux citoyens. Cela peut passer par ds spots à la télévision. J’en ai vu un pour la première fois récemment, destiné aux élections et réalisé par le Parlement européen. C’est important car les gens sachent pourquoi ils votent, qu’ils aient idée d’une politique à une échelle plus large. Comment les eurodéputés peuvent rapprocher l’Europe des citoyens ? Et bien, par exemple, la Commission nous a soumis un propos de directive sur des produits chimiques. 10.000 n’ont jamais été vérifiés. Cela implique un travail de classification, d’évaluation et d’autorisation de ces produits puisque nous savons que ces produits ont des conséquences sur notre santé. Le fait que, par exemple, la fertilité chez les femmes se réduise ou que les hommes développent de plus en plus le cancer des testicules n’y est pas totalement étranger. C’est essentiel pour nos sociétés d’avoir un marché commun, mais nous devons avoir aussi un processus de reconnaissance de certains produits et des effets qu’ils ont sur la santé humaine. Vous êtes libéral et aussi soucieux du rôle social de l’Europe ? En effet, nous sommes à la base une Europe économique, mais même les amateurs de foot savent maintenant que les clubs ont la possibilité d’acheter des joueurs des autres pays, puisque le Parlement a adopté une loi qui le permet. Toutefois, peu d’Européens savent que beaucoup de ce qui les touche au quotidien est lié à l’Europe, car ils voient essentiellement le résultat de ce que font leurs gouvernements nationaux. Et c’est normal, car une directive européenne doit être mise en application par chaque gouvernement. D’ailleurs, pas souvent dans un délai très court, car, lorsqu’une décision est difficile pour un pays membre, il attend la date limite de transposition et demande encore du temps avant de le faire. Le pacte de stabilité en est un merveilleux exemple : il a été appliqué quand il s’agissait des petits pays, mais quand il s’agit des grands pays comme la France ou l’Allemagne, on s’en fiche royalement. En savoir plus : Le site de l’eurodéputé britannique Graham Watson. Le site du parti libéral européen->http://www.eldr.org].
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