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Lisières d’Europe Stanislaw l’apatride
Par Guy-Pierre Chomette (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
27/05/2004 • 00h00
Lisières d’Europe témoigne de l’impact des nouvelles frontières de l’élargissement sur la vie quotidienne des populations frontalières. « Lisières d’Europe : de la mer Egée à la mer de Barents, voyage en frontière orientale », est paru aux éditions Autrement fin avril 2004.
Depuis deux jours, on ne se presse plus dans la rue piétonne de Daugavpils. Les habitants ont ralenti l’allure et goûtent à nouveau au plaisir de flâner. Printemps précoce dans l’est de la Lettonie. La neige libère les trottoirs et les tables des cafés
Etrange record national. Sur une population de 2,4 millions d’habitants, la Lettonie compte quelque 600 000 apatrides, reflet du passé soviétique d’un pays qui cherche encore comment tourner la page. En 1944, les Soviétiques reprennent la Lettonie aux Allemands et l’incorporent de force à l’URSS. Pour briser la résistance, près de 125 000 Lettons sont tués ou déportés vers la Sibérie de 1946 à 1953. Dans le même temps, la colonisation s’intensifie et se poursuivra pendant trente ans. Pour Moscou, Riga, la capitale lettone, est un débouché crucial sur la Baltique. Des centaines de milliers de Russes sont envoyés en Lettonie pour en faire une pièce maîtresse du complexe militaro-industriel soviétique. En 1989, à la veille de recouvrer son indépendance, 34 % de la population du pays est russe. Si l’on y ajoute les minorités biélorusse, ukrainienne ou encore polonaise, les Lettons y sont tout juste majoritaires. Ils sont même minoritaires dans certaines villes. Daugavpils, 150 000 habitants, ne compte que 13 % de Lettons... Contrairement à la Lituanie voisine, où la minorité russe s’élève à 8 % de la population, la Lettonie n’a pas accordé la citoyenneté lettone à toute personne qui vivait sur son sol au moment de son accession à l’indépendance. Seuls les Russes installés en Lettonie avant 1940 et leurs descendants purent devenir citoyens lettons. Pour les autres, quelque 700 000 russophones officiellement désignés comme " non-citoyens ", des quotas par tranches d’âge et des critères furent établi, comme la connaissance du letton, de l’histoire du pays, de sa Constitution ou de son hymne national... avec examen à la clé. Les protestations de la Russie, du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne poussèrent Riga à adoucir sa loi de naturalisation en 1998. La Lettonie, sous la pression, mit de l’eau dans son vin. Stanislaw a recommandé une bière. Une bière russe. Il doit encore apprendre le letton et passer un examen s’il veut devenir citoyen, mais ça ne l’intéresse pas. Comme des dizaines de milliers d’autres jeunes, le statut d’apatride lui convient assez bien : pas de droit de vote, mais pas de service militaire non plus !
Kristina l’a laissé parler. Par sa mère lettone, elle a obtenu la citoyenneté. Elle parle letton mais préfère le russe, la langue de son père, apatride lui aussi. Son rêve est d’aller vivre à Moscou, mais avec le statut d’apatride de Stanislaw, estime-t-elle, ça ne serait pas facile.
Rédigé en mars 2003 © Lisières d’Europe Memo "Lisières d’Europe" est un projet éditorial original, né de la rencontre d’un journaliste, Guy-Pierre Chomette, et d’un photographe, Frédéric Sautereau, qui témoignent de l’impact de l’élargissement et des nouvelles frontières sur la vie quotidienne des populations frontalières. "Une nouvelle ligne de partage du continent se dessine. Même si elle n’est en rien comparable au Rideau de Fer, fracture douloureuse qui a opposé l’Ouest et l’Est de l’Europe pendant quarante ans, cette future limite orientale de l’Union européenne va notamment souligner la division de peuples répartis de part et d’autre et bouleverser des relations de voisinage progressivement rétablies depuis 1989." En exclusivité on-line pour EUROPEPLUSNET, retrouvez chaque semaine des extraits choisis de leur carnet de route (7.000 kilomètres parcourus). Les auteurs ont obtenu en 2002, de la Mairie de Paris, le Label Paris Europe, qui récompense les projets européens des Parisiens.
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