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Tribune Et Dieu dans tout ça ?
27/05/2004 • 17h48
Sept états mercenaires veulent voir figurer une référence explicite à la religion chrétienne dans le préambule de la Constitution, alors qu’il semblait y avoir consensus sur la notion d’"héritage religieux". Les laïcs intransigeants y voient toujours le diable ; tandis que les chrétiens radicaux y voient presque une trahison. Franck Biancheri est le directeur des études du think-tank Europe 2020, spécialiste depuis vingt ans de l’Europe, notamment de son processus de démocratisation. Il a été élu héros européen en 2003 par le magazine américain « Time ». Les peuples sont le facteur le plus important de cette constitution en gestation. En effet, la tenue de référendums dans un grand nombre d’Etats-Membres sur ce texte permettra la première irruption sérieuse des citoyens européens dans le jeu politique européen. Et ils auront le dernier mot. Alors, autant se demander tout de suite comment ils pourraient réagir à cette question de la référence à la religion chrétienne ? Et d’abord, comment présenter aux citoyens ce débat ? 95% des villages européens ont des églises Le projet de Constitution mentionne déjà l’héritage religieux de l’Europe mais sans donner plus de précisions. De facto, pour 95% des Européens, cette référence résonne comme une référence à la religion chrétienne. Mais certains estiment qu’il ne faut pas donner de priorité à une religion par rapport à d’autres dans une Europe qui est aujourd’hui largement déchristianisée dans ses mœurs et pratiques, et qui accueille des groupes importants de citoyens d’autres religions comme le judaïsme (qui est une composante historique forte de l’histoire européenne aussi) et l’Islam (aux relations plus ambivalentes avec l’identité européenne). Pourtant, il y a un fait certain : l’un des points communs à 95% du territoire européen est d’avoir des églises dans chaque ville et village, que l’on visite pour des raisons culturelles ou artistiques même lorsque l’on n’est pas croyant (ce qui est mon cas). Et le préambule de la Constitution parle bien d’ « héritage », pas du présent, pas du futur. Il ne parle pas de « Dieu », qui est une croyance non partagée par beaucoup d’Européens. Il parle d’un fait : il y a un héritage chrétien de l’Europe, un héritage même judéo-chrétien, qui est sans comparaison en terme d’héritage religieux avec aucun autre. Quelques recommandations pour les Etats
C’est en étant fidèle à ce principe que la Constitution passera le test démocratique décisif des référendums, car elle trouvera naturellement un grand nombre de relais citoyens pour la défendre. En l’occurrence, pour ce qui est du préambule de la Constitution, il serait honnête d’intégrer les mots « notamment judéo-chrétienne », après la mention de l’héritage religieux. Car il y a bien une église au milieu de chacun de nos villages. Le nier, c’est contribuer à parler d’une Europe « théorique » en fondant son futur sur une manipulation du passé ; l’admettre c’est parler d’une Europe réelle, de son Histoire, sans préjuger aucunement de son futur ; c’est fonder une Europe durable car honnêtement présentée.
Le site du think-tank Europe 2020.
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