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Editorial Il y a dans ce continent, une fracture...
Par Stephen Bunard (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
3/06/2004 • 00h00
Quand les politiques en sont à lancer un appel au civisme, c’est que la démocratie perd en intensité plus gravement que l’on croit. Ainsi, les vingt-cinq ministres de l’Union, en charge des affaires européennes, ont-ils lancé ce jeudi un appel en faveur de la participation aux élections européennes du 13 juin. [C’est à notre ministre française, Claudie Haigneré, qu’en revient l’initiative. On ne saurait le lui reprocher, tant les occasions qu’offre ce poste ministériel, en particulier en France, de bénéficier d’une liberté de manœuvre semblent réduites à la portion congrue, alors qu’il ne devrait pas manquer d’en jouir.] C’est que gouvernements nationaux, comme la plupart des partis politiques, sont aux abois. Et c’est un juste retour de manivelle, diraient les langues acérées, qui fustigent le manque de créativité et de concrétude dans la façon de parler de l’Europe. Misère partagée en France par la thématique régionale, c’était il y a deux mois, souvenez-vous. L’agitation du vote-sanction par les uns ou du vote-solidaire par les autres semble la seule panacée susceptible de mobiliser un brin l’électorat. Y aurait-il un « pacte sacré » des partis pour « nationaliser » le scrutin ? Car parler d’Europe, à qui cela pourrait-il donc profiter ? Europe promise, Europe due Si les élections européennes ne vous passionnent pas, rassurez-vous, après tout, c’est un signe de bonne santé. A qui la faute ? "Rapprocher les citoyens de l’Europe et l’Europe des citoyens" reste l’expression favorite qui fleurit sur toutes les lèvres, mais hélas pas assez affirmée dans les bras. Il y a un décalage entre la vision véhiculée par l’Europe des politiques - certes certains individus essaient d’y faire exception - et le « désir d’Europe » citoyen, dont la société civile européenne se fait de plus en plus la voix, damant le pion à pas feutrés à la logique cloisonnée des partis. Ce décalage donne naissance à une « fracture européenne ». Entre ceux qui parlent de l’Europe comme une abstraction ennuyeuse et ceux qui ont envie de la vivre plus pragmatiquement. Entre ceux qui perçoivent en elle une union de marchands et ceux qui l’espèrent comme une aventure humaine. Entre ceux qui voient dans l’Europe le remède à tous les maux, ou ceux qui voient en elle la source de tous - quand certains dirigeants européens ne montrent pas que ce sont les mêmes - et ceux qui ont un besoin de transparence et d’objectivité. Entre ceux qui, dans ces mêmes élites, promettent l’Europe et les citoyens qui ont le sentiment de la subir. Entre ceux qui baignent dans la surinformation et ceux que les sujets européens finalement découragent voire indiffèrent. Et pourtant, il faut s’accrocher. A défaut de trouver une bonne raison d’aller voter, en voici une pour se tenir informés des enjeux citoyens présents et à venir. Puisque tout le monde dit que l’Europe s’occupe de vous, vous occuper de l’Europe, n’est-ce pas légitime ?
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