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La chronique de la semaine Eurodéputés, réveillez-vous !
Par Nicolas-Jean Brehon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
10/06/2004 • 17h02
Le 13 juin, les Français vont élire 78 députés au Parlement européen (72 sur un total de 732 contre 87 sur 626 aujourd’hui). A l’exception de quelques personnalités compétentes, assidues et ayant un poids politique, la représentation française au Parlement européen n’a guère brillé jusque là et souffre de plusieurs handicaps. Il ne s’agit pas de discuter de la qualité personnelle de nos représentants, liée au mode de sélection des candidats qui fait la part belle aux recalés du suffrage universel national, aux recasés des partis et aux personnalités du monde des médias censées populariser une élection fort peu populaire, mais plutôt d’analyser les caractéristiques structurelles qui sont autant de handicaps collectifs. Sitôt élus, sitôt partis Première spécificité : « Sitôt élus, sitôt partis ». Les élections européennes sont avant tout, pour les partis politiques, une occasion de se compter. Les listes sont donc conduites par une tête de liste connue, censée être une locomotive, mais dont la seule fonction est de « tracter » la liste. Une fois l’élection passée, la locomotive se décroche. Entre le début et la fin d’une mandature, le taux de démission constaté chez les élus des grandes formations politiques, de droite comme de gauche, est en France de 23% soit le double du taux constaté chez les eurodéputés des cinq principaux pays et dix fois le taux constaté chez les eurodéputés allemands. Présents partout, puissants nulle part Deuxième spécificité : « Présents partout, puissants nulle part ». La multiplicité des listes en France se traduit par un éparpillement entre les différents groupes politiques au PE. Les eurodéputés français sont les seuls à être présents dans chacun des six groupes. Ils sont donc très minoritaires dans les principales formations politiques européennes (le parti populaire européen et le parti socialiste européen). La France n’est bien représentée que dans les formations marginales et, surtout chez les non inscrits, où les députés français sont majoritaires... En étant partout, les Français ne sont nulle part. En voulant surtout se compter sur le plan national, les eurodéputés français ne comptent pratiquement pas sur le plan européen. Cet échec se constate d’abord au niveau des postes de responsabilité. Les Français n’assurent aujourd’hui que deux présidences de commissions sur dix sept (agriculture, culture et jeunesse), une de moins que l’Italie, le Royaume uni et l’Allemagne, à la tête des plus puissantes commissions du PE : la commission des budgets, du contrôle budgétaire ainsi que la commission économique et monétaire. Au sein de ces trois commissions, seul un vice président est Français, alors que les pouvoirs du PE dans le domaine économique et budgétaire sont souvent beaucoup plus importants que ceux du Parlement français. Un drame dans une totale inconscience Peu nombreux, peu considérés par leurs homologues du parlement français, peu formés, et selon une étude du MEDEF, peu présents (surtout en commission) et peu opérationnels (les Français ont rapporté 2 fois moins de textes que les Anglais et les Allemands). Une insuffisance dramatique alors que les enjeux politiques et financiers de la construction européenne sont croissants. La France n’est pas consciente de ces enjeux. La faute est collective. Les gouvernements ont toujours misé sur le Conseil (qui représente les Etats) sans admettre que le poids du Parlement européen montait inexorablement. Les listes sont toujours aussi nombreuses et certains candidats font même campagne en déclarant que pour les élections européennes, le phénomène du vote utile ne joue pas !... Les élections européennes sont un drame pour la France. Election après élection, la France prépare sa marginalisation au sein de l’Europe. L’heure du réveil a sonné. Nicolas-Jean Brehon est spécialiste en finances communautaires. Il enseigne les finances publiques à Paris I Sorbonne et chronique régulièrement pour ’Le Monde de l’économie’.
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