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Chypre : j’ai franchi la « ligne verte »
Par Nathalie Van Batten (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
10/06/2004 • 18h45
Nicosie est la seule capitale européenne coupée en deux par la « ligne verte. » Sauf en un point, ou plutôt un « checkpoint », celui du Ledra Palace, ouvert il y a un peu plus d’un an. Les Chypriotes grecs peuvent désormais passer au Nord, dans la zone turque, et vice-versa. Pour les visiteurs, le passage de cette frontière se fait nécessairement à pied au départ de la partie grecque, reconnue et effectivement dans l’Union européenne depuis le 1er mai. Le Ledra Palace ne porte plus très bien son nom. Cet ancien hôtel de luxe de Nicosie, la capitale chypriote, abrite aujourd’hui le GQ des Nations unies, à deux pas du checkpoint. Des impacts de balle sur la façade rappellent les hostilités de 1974. Même chose dans toute la zone alentours, d’ailleurs : le long de la route qui conduit à la frontière, les maisons sont partiellement détruites, abandonnées. Il n’y a guère que les remparts vénitiens encerclant la vieille ville - des deux côtés - qui tiennent solidement debout. Il faut marcher quelques centaines de mètres dans ce No Man’s Land planté de palmiers avant de tomber sur les postes de contrôle. Une atmosphère étrange règne ici. Etrange mais pas pesante. Les gardes ont le sourire et vous indiquent la voie de gauche pour se présenter - à pied aussi, la colonisation britannique a laissé des traces ! Une carte d’identité suffit Un petit comptoir en bois, deux militaires turcs, un ordinateur. C’est là qu’il faut montrer son passeport. Une seule formalité : remplir un bout de papier sommaire -
EPN © DR 2004
avec son nom, son numéro de passeport et sa nationalité - suffit à franchir la « ligne verte » et passer en zone occupée. Pas de questions, pas de fouille, et surtout pas de visa sur le passeport, auquel cas les autorités chypriotes grecques ne vous laissent pas revenir. Depuis la fin du mois de mai, une carte d’identité suffit, aussi bien pour les touristes que pour les Chypriotes. La situation s’améliore, même si des obstacles subsistent : il faut impérativement rentrer avant 23h ; le séjour au Nord n’est autorisé que pour la journée. Par ailleurs, certains Chypriotes, qui possèdent l’ancien modèle de carte d’identité en alphabet grec, doivent toujours utiliser leur passeport, où les informations sont aussi inscrites en alphabet latin. Condition sine qua non. Interdit aux voitures de location A deux kilomètres de là, un deuxième accès est réservé aux voitures, mais pas n’importe lesquelles... Un véhicule loué dans la partie grecque ne peut pas traverser : aucun organisme de location n’assure dans la République turque de Chypre Nord, car cet Etat n’est pas reconnu internationalement - sauf par la Turquie. Ainsi seuls les Chypriotes peuvent passer avec leur voiture, moyennant le règlement d’une assurance dès leur arrivée en zone turque. Elles sont reconnaissables à leur plaque d’immatriculation jaune, alors que les véhicules de location en disposent d’une rouge. Il faut donc louer un véhicule au Nord, emprunter les bus ou prendre un taxi à la journée pour visiter autre chose que Nicosie dans le Nord. Nouveau point de passage ? Un nouveau point de passage pourrait bien s’ouvrir à Nicosie, en plein centre. Côté turc, le « Europe Café », quasiment collé au mur de la séparation, traduit l’impatience des propriétaires de le voir tomber. Côté grec, la rue se poursuit, plus moderne, piétonne et très commerçante. Au milieu, la zone tampon de l’ONU : quelques dizaines de mètres, certainement encore minés, où la végétation commence à envahir les maisons délaissées. Déminer cette zone serait nécessaire, et pas trop compliqué. Les populations y sont plutôt favorables. Reste aux responsables politiques chypriotes des deux bords de s’entendre sur les modalités et sur une date. Affaire à suivre.
Mémo :
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