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Courrier européen Eurofoot : roulette grecque et honte russe
17/06/2004 • 10h51
Ce qu’il y a de bien, avec l’Eurofoot, c’est que les enjeux sont très vite énormes. Donc, pas le temps de s’ennuyer ! La première série de matchs de poule s’achève à peine que, déjà, on nous annonce des duels à mort. Ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le 15 juin, en effet, le groupe D a joué ses premiers matchs, bouclant ainsi la première étape de la compétition. A partir d’aujourd’hui entrent en lice des équipes qui ont toutes vraiment quelque chose à gagner ou à perdre. Les rencontres d’hier ont apporté leur lot de suspense, même si le niveau a été assez inégal. Mais, à Prague, par exemple, on a quand même tremblé face aux Lettons. “Tout est bien qui finit bien”, reconnaît le quotidien tchèque Dnes, qui en profite pour demander à ses lecteurs d’évaluer la prestation des joueurs. Car ce sont finalement les Lettons qui, non contents de résister aux assauts tchèques, ont ouvert le score. Ils ont même longtemps mené, mais, poursuit Dnes, “l’expérience a parlé”. Pour Tchas, le journal letton russophone, “la première balle est toujours la plus difficile”. L’équipe balte n’a pas démérité, bien au contraire, mais, “malheureusement, ce qui manquait à notre équipe, c’était l’expérience pour nager dans le grand bain... et cet élément fondamental du sport : la chance”. Le soir même, Allemagne et Pays-Bas se quittaient sur un résultat nul : un but partout, avec une égalisation néerlandaise qui a coupé le souffle aux Allemands. Côté néerlandais, pourtant, on est loin du satisfecit. Le NRC Handelsblad peine à s’enthousiasmer pour la résistance acharnée du onze batave, soulignant simplement que la présence de “joueurs gauchers confère aux Orange un accent particulier”, qui a peut-être contribué à troubler les Allemands. Quant à De Telegraaf, il laisse la parole au grand Johan Cruijff, qui ne mâche pas ses mots : “Le jeu des Orange était faible, très faible.” Cruijff, considéré comme l’un des meilleurs footballeurs européens de tous les temps, va même plus loin, puisqu’il estime que “les Orange ont eu de la chance d’obtenir le nul”. Les journaux allemands, eux, sont un peu déçus, mais quand même plus heureux. “Morceau de bravoure allemand”, titre le Frankfurter Rundschau. Hélas ! “Une démonstration magistrale sur le plan tactique et combatif n’a permis à la sélection nationale que de parvenir à un score de 1 partout contre les Pays-Bas.” “Résultat mérité”, commente cependant un autre géant du football des années 70 et rival de Johan Cruijff, Franz Beckenbauer. Pour le quotidien de Francfort, les raisons d’espérer ne manquent pas. “Sur le plan tactique, sur le plan combatif et à la course, les Allemands se sont montrés très vite largement à la hauteur des favoris [les Néerlandais]. Et l’équipe de Rudi Völler a fait peser dans la balance les mêmes qualités qui lui avaient valu la reconnaissance au Japon et en Corée du Sud il y a deux ans : la volonté, l’engagement, l’esprit d’équipe, le courage.” Le bilan de la Süddeutsche Zeitung est plus en demi-teinte. “Et, au bout du compte, l’indécision”, regrette le quotidien munichois. “Neuf minutes ont manqué pour un succès surprenant.” En effet, neuf minutes avant la fin de la rencontre, le Néerlandais Ruud van Nistelrooy égalisait. “Pas perdu, mais pas gagné non plus”, continue la Süddeutsche. “L’équipe de football nationale allemande a effectué un démarrage enflammé dans cet Euro 2004 au Portugal. Pour leur premier match, les vice-champions du monde ont tenu la dragée haute à leurs archi-rivaux néerlandais, guère convaincants.” En Allemagne, on parle donc de bonne surprise, même si, vu de notre rive du Rhin, il nous semble que c’étaient plutôt les “vice-champions du monde” qui étaient les favoris. Mais surprise est le mot à la mode en ce premier tour de l’Eurofoot, et c’est encore de surprise que parlent les Espagnols, qui doivent affronter la Grèce aujourd’hui. “L’Espagne se protège plus que jamais avant le choc contre la Grèce”, lance El Periódico de Catalunya. “Ne rien donner à l’ennemi”, commente le journal catalan à propos de l’attitude de l’entraîneur espagnol Iñaki Sáez, qui s’est abstenu de communiquer la composition de son équipe à la presse. C’est une “précaution”, considère El Periódico. “La victoire de la Grèce contre le Portugal lors du match d’ouverture, ajoutée à la défaite espagnole pendant les éliminatoires, a fait souffler comme un vent de panique sur la sélection.” Il est par conséquent stratégique de ne pas révéler à l’adversaire la composition d’une équipe qui, de toute façon, comportera des buteurs. Car “il ne s’agit pas seulement de gagner, mais de le faire avec la différence de buts maximale”. Les Grecs goûtent-ils cette atmosphère de peur qui semble les précéder sur le terrain ? L’attaquant Demis Nikolaïdis n’est pas de cet avis, puisqu’il préfère déclarer modestement à I Kathimerini que “la Grèce va tenter de battre l’Espagne”. Pourtant, si l’on en croit les Ibériques, ce sont plutôt les Espagnols qui vont tenter de battre la Grèce ! Comme l’affirme avec lyrisme le portugais Público, “onze gladiateurs espagnols pour abattre la muraille grecque”. Homérique. Reste que Público a des angoisses peut-être moins épiques, mais tout aussi aiguës. “Aujourd’hui, le Portugal joue à la roulette russe.” On peut effectivement parler de roulette puisque, quand on affronte les Russes, capables du meilleur comme du pire, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Pessimiste, Público prévient : “Même si le Portugal bat les Russes, puis les Espagnols, il pourrait ne pas être qualifié pour les quarts de finale.” Justement à cause de la différence de buts dont parlait El Periódico. “Il n’est pas difficile d’envisager”, poursuit Público, “que les Espagnols peuvent l’emporter contre la Grèce et que les Grecs, indépendamment du match d’aujourd’hui, soient en mesure de vaincre une curieuse sélection russe, privée de Mostovoi et apparemment animée de tendances à l’autodestruction.” Quoi qu’il en soit, les Portugais n’ont pas encore été chassés de leur Euro, alors que les Russes seront peut-être bientôt fixés sur leur sort. “L’équipe nationale risque une fois encore de briser le cœur des Russes”, se lamente The Moscow Times. Et de citer, en conclusion, Igor Yurgens, vice-président du syndicat des patrons russes : “S’ils jouent comme contre l’Espagne, ils vont perdre, sans aucun doute. Ils n’y croient pas, ils n’ont aucune motivation. C’est une honte.” Raymond Clarinard © Courrier international
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