A l’occasion de leurs premières élections européennes, les citoyens des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) récemment entrés dans l’Union ont massivement boudé les urnes et désigné une forte proportion d’eurosceptiques. Peut-on adhérer à l’Union en mai et la rejeter en juin ?
On l’a assez dit : l’abstention est le principal événement de ces élections européennes. Mais pouvait-il en être autrement alors qu’il était entendu que les équilibres politiques au Parlement européen (PE) ne seraient pas bouleversés par le scrutin, que le PE est une institution méconnue et que la grande majorité des partis n’ont pas joué le jeu du débat européen ? Plus spectaculaire encore est la faiblesse du taux de participation dans les huit nouveaux Etats membres des pays d’Europe centrale et orientale, qui va de 46% pour la Lituanie (où le scrutin avait lieu le même jour que les élections présidentielles) à 21,2 % pour la Pologne, et même 17 % pour la Slovaquie.
Un soutien massif aux formations eurosceptiques
Par ailleurs, dans tous ces pays, les partis nationalistes, populistes ou ultra-catholiques, tous eurosceptiques ou clairement anti-européens, ont réalisé de bons scores : en Lettonie, ils obtiennent 4 des 8 sièges à pourvoir ; en Lituanie 5 sur 12 ; en Pologne, plus de la moitié des 54 sièges ; en Tchéquie, 15 sur 24. Ces résultats sont d’autant plus surprenants que les référendums sur l’adhésion à l’Union avaient remporté un succès inattendu, à la fois en termes de participation et de vote positif : l’adhésion a été approuvée dans une proportion allant de 67% (Estonie, Lettonie) à 92% (Slovaquie). Comment expliquer le décalage entre, d’une part, ce soutien massif de la population au principe de l’entrée dans l’Union et, d’autre part, l’absence de mobilisation pour les élections européennes et la prime donnée aux eurosceptiques ?
Des référendums en trompe-l’oeil
Il faut en premier lieu relativiser la portée des référendums. Depuis 1993, il était acquis que les PECO entreraient à terme dans l’Union ; si certains partis s’opposaient à cette perspective, aucun n’avançait d’alternative crédible. Les électeurs ont donc opté pour l’adhésion par défaut, avec le sentiment d’un événement inéluctable qu’il convenait d’approuver pour ne pas retarder davantage la perspective d’une amélioration de la situation économique et sociale.
Les sources d’un vote de protestation
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Il faut également revenir sur le sens des élections européennes. Compte tenu de la très faible communication sur la nature et les activités du Parlement européen, et de l’absence de débat sur les questions européennes, il est excessif de considérer que l’abstention et le vote protestataire traduisent un rejet de l’intégration européenne. Ils sont avant tout le produit d’une grande lassitude des citoyens vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble, à laquelle ils reprochent son incapacité à améliorer la situation économique et son manque de probité. Les partis de gouvernement ont d’ailleurs fait peu d’efforts pour mobiliser les citoyens, et ont attendu, avec une sorte de fatalisme, la sanction électorale. En outre, plus encore que dans les 15, les campagnes électorales ont porté sur des enjeux de politique intérieure : les partis eurosceptiques doivent donc plus leur succès à leur dénonciation souvent démagogique de l’action des gouvernants qu’à une critique de l’Union européenne.
Les citoyens des PECO ne sont pas antieuropéens
Il faut par ailleurs constater que les partis ouvertement pro-européens, lorsqu’ils n’appartenaient pas à la coalition au pouvoir, ont enregistré de bons résultats. Les sondages d’opinion montrent eux aussi qu’il n’y a pas de rejet massif de l’appartenance à l’Union, et que les citoyens sont globalement plus europhiles que leurs élus. Il n’y a donc pas de contradiction fondamentale entre les résultats des référendums et ceux des élections européennes : dans le premier cas, ils ont approuvé - avec une certaine appréhension, il est vrai - l’adhésion à l’Union, tandis que dans le second ils ont sanctionné les responsables politique en place et, d’une manière plus générale, rejeté la classe politique. On peut simplement déplorer que cette situation n’affecte par ricochet l’autorité et l’efficacité du Parlement européen.
Olivier Costa est chercheur CNRS au CERVL - Pouvoir, Action publique, Territoire (Institut d’études politiques de Bordeaux). Il est Professeur au Collège d’Europe à Bruges et à l’Université Libre de Bruxelles, et enseigne en master à l’Institut d’études politiques de Bordeaux.