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OPA populiste sur le Parlement en 2009 ?
Par Franck Biancheri (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
17/06/2004 • 00h00
« En démocratie, un leader politique doit être pédagogue afin d’aider ses concitoyens à mieux comprendre les défis de la cité ; au XXI° siècle, un leader démocratique doit surtout être un pédagogue pour bien préparer ses concitoyens à faire face aux défis multiples, complexes et changeants des sociétés modernes. »

2009 peut paraître bien lointain. Ne venons-nous pas d’élire le nouveau Parlement européen 2004 ? L’Union européenne à 25 (et certainement à 28 en 2009 avec la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie) est un immense "supertanker" politique de 500 millions de citoyens d’environ 30 nationalités, langues et cultures différentes dont on ne change pas la trajectoire en quelques mois, mais au mieux en quelques années. Il faut établir dès maintenant les contre-feux si l’on veut éviter une prise de contrôle du Parlement européen par les forces populistes ou extrémistes en 2009, à la lumière du scrutin du 13 juin. Alors, quelles pistes s’offrent à nous pour éviter le type de scénario probable où, avec 15 millions d’Euros finançant une campagne populiste à l’échelle de l’UE, on peut s’offrir 20% du Parlement Européen ?

Des "Euro-citoyens" dans l’expectative

L’abstention massive et croissante tient à une inadéquation entre l’offre et la demande politique européenne. Ce phénomène est particulièrement sensible dans la zone Euro où les citoyens sont désormais intimement convaincus de l’importance de l’UE dans leur vie quotidienne. Ils ont en effet découvert depuis deux ans que leur retraite, leur emploi, leur système social, .... dépendaient de l’Euro, de l’Europe. Ces citoyens sont clairement des « Euro-citoyens » qui attendent de responsables et de partis politiques en campagne pour l’élection européenne qu’ils offrent un engagement, une vision et une capacité d’action européenne*. Ils ont été nombreux à s’abstenir la semaine dernière. Pas par désintérêt pour l’UE, mais au contraire par déception devant l’absence d’offre politique européenne crédible à leurs yeux. Ces électeurs n’ « achèteront » plus l’offre politique « nationale » qui essaie de se faire passer pour européenne.

Ce groupe d’abstentionniste est nouveau (il était quasi-inexistant en 1999) et va s’accroître fortement dans les années à venir par simple effet mécanique lié à l’impact de l’Euro (et de l’UE en général) sur la vie quotidienne et à une évolution socio-générationnelle (de plus en plus de gens travaillent à l’échelle européenne dans leurs entreprises, ONG, universités, collectivités, ... et deviennent donc exigeant en matière d’Europe vis-à-vis des politiques).

Une offre transnationale encore "cosmétique"

Après avoir examiné la demande, tournons nous vers l’offre. Partout elle reste nationale. Les tentatives multiples, notamment des Verts, d’essayer de faire croire aux électeurs à une « offre européenne » montrent qu’il y a une prise de conscience réelle du côté des politiques de l’inadéquation de l’offre nationale lors des élections européennes. Mais, ce n’est qu’une action cosmétique (quelques affiches, deux ou trois grandes idées et un meeting européen : rien de plus) puisque fondée sur des partis nationaux, ayant une logique nationale et des références nationales.

L’électeur est plus avisé que beaucoup voudraient le penser et ne s’en laisse pas compter. D’ailleurs, il sent que les partis nationaux ne peuvent pas aller plus loin pour structurer une « offre politique trans-européenne » (c’est-à-dire européenne dans la réalité, et pas seulement dans les discours) puisque la question européenne devient une véritable « bombe à retardement » au sein de chaque parti national, de chaque grande famille politique « européenne ». La question de la Constitution illustre parfaitement ce phénomène : ainsi chaque grande famille politique du Parlement européen (PPE et PSE) est divisée. Certains partis nationaux au sein de chaque groupe veulent une constitution plus sociale, ou plus libérale ou moins fédéraliste ou plus fédéraliste, etc... Et au sein même de chaque parti national, c’est le même problème. Il est d’ailleurs probable que les référendums sur la Constitution provoquent l’implosion de certains partis nationaux.

"L’impasse démocratique" des grands médias

Donc côté « offre politique nationale », qui monopolise l’offre aux élections européennes depuis 1979, rien à attendre de positif pour des raisons structurelles. Les partis nationaux sont des machines à conquérir le pouvoir au niveau national ; pas à le faire au niveau européen. C‘est une réalité « génétique ». De ce fait, les classes politiques nationales, en collusion avec leurs « petits frères » des grands médias et en particulier des télévisions, ont décidé de faire l’ « impasse » démocratique sur les élections européennes. Ils ont appliqué un raisonnement très simple : "puisque je ne sais pas « vendre » l’Europe à mes électeurs, mais qu’en revanche je peux distraire leur attention pour qu’ils ne s’intéressent pas à ces élections européennes, je vais donc choisir de les distraire avec l’aide de mes relais des grands médias". Trahison de la démocratie ; sans aucun doute. Absence de vision à long terme pour l’UE ; certainement. Mais à court terme, les politiques nationaux ont le sentiment qu’ils ont sauvé les meubles, « leurs meubles ». D’ici 2009, il y a peu de raisons d’espérer que ces attitudes évoluent beaucoup puisqu’elles reposent sur des réflexes basiques de « survie politique nationale ».

Si l’on analyse les causes de cet abstentionnisme massif et croissant, on constate donc que les facteurs agissant sur l’offre politique en 2004 ont toutes les chances de se reproduire en 2009 ; tandis que la demande politique des citoyens continuera à diverger de l’offre nationale et à réclamer une offre politique plus adaptée à la réalité européenne de nos sociétés. Voilà donc les conditions d’une vraie OPA des populistes et extrémismes sur le Parlement européen à l’horizon 2009.

Sauf si...

(ndlr, Franck Biancheri présentera dans une prochaine tribune les pistes de solution pouvant renforcer l’UE et la démocratie en 2009. Rendez-vous jeudi prochain.)

Franck Biancheri est le directeur des études du think-tank Europe 2020, spécialiste depuis vingt ans de l’Europe, notamment de son processus de démocratisation. Il a été élu héros européen en 2003 par le magazine américain « Time ».