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24 heures avec La longue et douloureuse ascension d’un sommet
24/06/2004 • 00h00
Comment se passe un Conseil européen vu de l’intérieur ? Celui des 17 et 18 juin n’a pas échappé, à la règle : une réunion de travail, mais souvent aussi le théâtre de psychodrames, de marchandages et de spectacle médiatique. Ce Sommet qui se fixait deux objectifs ambitieux, l’adoption de la Constitution et un nouveau président pour la Commission européenne, n’a fait que la moitié du chemin. Plongée de deux jours dans les coulisses d’un pouvoir qui se cherche... Par Virginie Rorive et Sébastien Etienne
Les Irlandais Bertie Ahern (président du Conseil) et Pat Cox (président du Parlement) tiennent les rênes de l’Europe pour encore peu de temps © Commission européenne DR
Jeudi 17 juin, Bruxelles s’apprête à accueillir les chefs d’Etat et de gouvernement européens. Cordons de policiers, plateaux de télévisions en extérieur, plus d’un millier de journalistes et un l’imposant bâtiment du Conseil de l’Union européenne, le Juste Lipse, pour le théâtre des opérations. Tout est en place. La présidence irlandaise n’a plus qu’à recevoir ses hôtes ...
13h30 : Les chefs d’Etat et de gouvernement se succèdent à l’entrée VIP du Juste Lipse. Le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, et son homologue britannique, Tony Blair, sont dans les derniers à pénétrer dans la "forteresse", en évitant soigneusement les questions des journalistes amassés derrière les barrières de sécurité. Tous gagnent la salle de réunion et s’enferment à huis clos. Au programme de l’après-midi, la Constitution européenne. 17h45 : Salle de la délégation belge. Louis Michel, ministre des Affaires étrangères, fait part des dernières avancées des négociations. Absence remarquée de Guy Verhofstadt. Déjà 24 heures qu’il fuit la presse ! Le Premier ministre tient à rester officiellement "non candidat" à la présidence de la Commission, néanmoins soutenu par Paris et Berlin. "Ce n’est pas nous qui avons établi l’ordre du jour" se contente de répondre le chef de la diplomatie belge quand on lui parle du dîner qui s’annonce pour discuter du nouveau président la Commission, et donc du sort de Verhofstadt. 18h15 : Toute autre ambiance un étage plus bas. Jacques Chirac qui répond à la presse, c’est une "attraction" qui attire la foule. "La nouvelle Commission exigera de son président des qualités exceptionnelles. Un président qui ait de l’autorité, de la compétence et le sens du dialogue" explique-t-il. Pour Chirac, l’appartenance politique n’est pas un paramètre,, et d’assurer "Je ne suis d’aucun parti", ce qui laisse rêveur. Pour lui, le président de la Commission doit être issu d’un pays qui participe à toutes les politiques de l’Union, y compris donc l’euro et l’espace Schengen. Verhofstadt est "un bon candidat". On comprend que le Commissaire britannique Patten, adversaire du Belge,, est exclu par la France. Ce à quoi, Tony Blair retorquera "ces qualifications ne sont reprises dans aucun traité, je ne vois pas pourquoi on serait obligé d’en tenir compte !" Dans une autre salle, la présidence se montre très prudente. Un accord sur la Constitution est proche mais des points fâchent encore (pondération des votes, référence à la chrétienté...). La nomination du futur président de la Commission, il n’en est pas question ! Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, semble même surpris de l’intérêt que les journalistes portent à ce sujet. 21 h 00 : Tandis que les chefs d’Etat et de gouvernement discutent du futur président de la Commission, certains téléviseurs du centre de presse sont branchés sur une autre foire d’empoigne, l’équipe de France rencontre la Croatie à l’Euro 2004. Chacun y va de son pronostic, que ce soit pour le football ou pour le nom du Président, tout en attendant la dernière conférence de presse de la présidence de la journée. 23h30 : Une info circule dans le centre de presse. Comme on s’y attendait, l’ambiance est tendue entre les Vingt-Cinq. Ils sont passés au "confessionnal" un à un devant Bertie Ahern, maître de cérémonie de ce Sommet, pour que ce dernier puisse dégager un compromis sur un nom de "présidentiable". Ils viennent de se retrouver autour de la table pour tenter d’aplanir leurs divergences. 00h55 : "Nous n’y sommes pas encore parvenus". Bertie Ahern vient de faire son apparition devant la presse. Il confirme ce que tout le monde avait compris. Pas de fumée blanche pour annoncer le nouveau président de la Commission "La journée de demain sera encore longue. Je suis désolé".
09h30 : "J’aime tenir parole." Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois rappelle, lors de son arrivée, qu’il n’entend pas tourner le dos à ses électeurs pour briguer la place de président de la Commission (les élections luxembourgeoises ont eu lieu le 13 juin, et il a été reconduit dans ses fonctions). Mais il est le seul à faire l’unanimité. A l’ouverture de ce deuxième jour, on apprend aussi que Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères pense que la candidature de Verhofsdadt est nulle et non avenue. 11h00 : Pat Cox arrive en salle de presse. Le président du Parlement européen vient de s’entretenir avec les dirigeants des Vingt-Cinq. "J’ai l’impression que certains plats sont mal passés lors du dîner d’hier ! " Et rappelle que le choix du nouveau président de la Commission doit être fait avant la première séance du Parlement, le 20 juillet prochain, pour qu’il puisse y recevoir l’aval de l’Assemblée. 12h00 : Conférence de presse de Brian Cowen, ministre irlandais des Affaires étrangères, au nom de la présidence. On apprend que la Croatie vient d’être reconnue comme candidate à l’adhésion à l’Union européenne. Cette info passe quasiment inaperçue vu l’ambiance du Sommet. Commence alors une attente de plusieurs heures. Les Vingt-Cinq ont maintenant différents ouvrages sur le métier. Aboutir à un accord sur la Constitution et trouver un Président. Les bruits de couloirs courent. Le nom de Michel Barnier aurait été évoqué pour prendre la tête de la Commission. Dans le même temps, une dépêche AFP fait état d’une offensive de petits pays conduits par la Tchéquie contre le compromis de la présidence irlandaise concernant l’épineuse question des votes (NDLR : 55 % des pays et 65 % de la population - préciser le stade... c’est le résultat final ou ce contre quoi les 13 se sont ligués) ; de peur d’être noyés par les grands. Pour le reste, l’attente toujours l’attente. Tout juste apprend-on d’ une source diplomatique que les discussions font rage dans les couloirs tandis que la présidence consulte à nouveau en tête-à-tête. 22h30 : Les Vingt-Cinq seraient tombés d’accord sur la Constitution mais la Pologne ferait de la résistance de dernière minute pour que la référence chrétienne figure dans le préambule de la Constitution. En vain. La réunion se termine ; les chefs d’Etats et de gouvernement se dispersent pour s’adresser à la presse. Les couloirs grouillent de journalistes qui rejoignent les salles de délégations au plus vite... 23h10 : Salle belge. Guy Verhofstadt sort enfin du bois. "Je suis content de la confiance que plusieurs collègues avaient en moi (pour la présidence de la Commission) mais j’ai averti la présidence que je n’étais plus disponible pour cette fonction " Amer, il a donc jeté l’éponge. "J’ai été choqué quand j’ai lu que j’étais anti-américain ainsi que mon pays...En ce qui concerne l’Irak, je suis toujours fier de l’attitude du gouvernement." Cette position et son approche fédéraliste ont pesé dans la balance. Il se retrouve ainsi à égalité avec son grand rival, Jean-Luc Dehaene, qui lorsqu’il était lui-même Premier ministre ; en 1994, avait vu la présidence de la Commission lui filer sous le nez... suite au veto du Royaume-Uni ! En salle française, Jacques Chirac fait son entrée, fatigué mais satisfait. "Mieux vaut tard que jamais !" lance-t-il. Pour lui, l’accord des Ving-Cinq sur la Constitution est un bon accord qui permettra à l’Europe de mieux fonctionner. Seule ombre à l’horizon, son poulain, Guy Verhofstadt a été mis hors course, "et c’est dommage !" déclare le Président français. Le Conseil européen de juin 2004 a vécu. Accord sur la Constitution mais point sur le président de la Commission. Dans le hall d’accueil du Juste Lipse, Romano Prodi donne une dernière interview à quelques journalistes. Les Vingt-cinq reviendront sans doute avant le 1er juillet à Bruxelles pour lui trouver un successeur.
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