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Tribune La réticence des Nordiques à l’Europe
16/09/2004 • 12h13
Les pays nordiques se sont souvent montrés hésitants envers l’intégration européenne, qu’ils aient adhéré ou non, comme le montre le refus des Suédois d’adopter l’Euro ou le scepticisme danois récurrent. Deux pays nordiques, pourtant fortement « européanisés », ne font pas partie de l’UE : la Norvège et l’Islande. Aujourd’hui, le débat sur leur possible adhésion ressurgit. Pour de nombreux Norvégiens et Islandais, l’adhésion à l’UE équivaudrait à une perte d’indépendance, acquise en 1905 en Norvège et en 1944 en Islande après des siècles de tutelle danoise. En Islande, on craint également qu’une adhésion ne mette en péril la spécificité culturelle et linguistique de l’île (les 300 000 Islandais possèdent une langue propre, quasi inchangée depuis le Moyen Age). Des facteurs culturels et une forte rhétorique nationaliste semblent donc expliquer la situation de l’Islande et de la Norvège en marge de l’UE, alors que les facteurs économiques, qui permettent de développer un solide argumentaire contre l’adhésion, ne seraient que seconds. L’indépendance a toujours été un objectif des politiques successives en Islande et le rejet de l’UE semble relayer le rejet de la tutelle danoise et des autres puissances nordiques. Dans les deux pays, l’UE est assimilée à une structure bureaucratique, antidémocratique, centralisée alors que les Norvégiens et les Islandais accordent beaucoup d’importance aux concepts d’indépendance, de démocratie locale, de décentralisation. En Norvège, le modèle de l’Etat - providence reste suprême. L’adhésion reviendrait à dissoudre de petits pays au sein d’une bureaucratie immense, qui se soucierait peu des intérêts des Islandais et des Norvégiens, qui n’imaginent pas que des décisions sur les quotas et la gestion des ressources halieutiques puissent être prises à Bruxelles. Dans les discours des politiques des deux pays, la souveraineté et l’indépendance sont les fondements de la prospérité nationale. L’UE est également perçue comme anti-américaine, or l’Islande et la Norvège restent profondément atlantistes, leurs positions en matière de politique étrangère différant rarement de celle des Américains (les Islandais et Norvégiens ont activement défendu l’intervention en Irak, les Norvégiens ayant même dépêché un contingent sur place tandis que la défense de l’Islande est assurée par l’armée américaine). Mais le désengagement militaire progressif des Américains en Europe marginalise un peu plus ces deux Etats, qui ne veulent pas se voir écartés de la politique étrangère et de sécurité que l’UE met en place. Le débat évolue pourtant. Pendant de longues années, la question de l’adhésion n’existait tout simplement pas en Islande et n’avait pas donc pas fait l’objet d’un débat, comme en Norvège ou l’opinion publique, les organisations professionnelles, les médias, les partis politiques prirent rapidement position dans les années 1990, avant que le référendum ne mette un point final à ce débat. En Islande, aucun parti politique, et c’est encore le cas aujourd’hui, n’a cette question sur cet agenda, si bien que l’opinion publique islandaise apparaît peu sensibilisée sur la question. L’influence du premier ministre David Oddsson, au pouvoir depuis 1991, largement eurosceptique et qui a inhibé nombre de débats, fut primordiale, alors que la classe politique islandaise reste profondément divisée sur la question. A l’inverse, quatre gouvernements norvégiens successifs ont essayé d’emporter le soutien de la population en faveur de l’adhésion, comme le gouvernement Brundtland en 1994 mais c’est le peuple qui a rejeté par deux fois l’adhésion, lors de référendums. La situation est donc différente : en Islande, le débat sur l’UE n’a pas captivé l’opinion publique et ne l’a pas divisé en deux camps antagonistes comme en Norvège, où pro-européens et opposants à l’adhésion représentent près de la moitié de la population nationale. Un récent sondage publié par un quotidien national Islandais indiquait que 28 % des Islandais soutenaient l’adhésion, 34 % s’y opposaient tandis que 38 % d’entre eux se disaient indécis ! De récents sondages montrent cependant une progression du vote favorable en Islande, au détriment des indécis et les premières études sur les conséquences d’une adhésion ont été entreprises même si la classe politique reste très prudente. En Norvège, le vote favorable progresse dans les régions côtières et du nord, traditionnellement opposées. Mais les positions de l’opinion publique norvégienne restent très fluctuantes, et le gouvernement norvégien ne se risquera pas dans un 3e référendum si une majorité favorable au « oui » ne peut se dégager sur le long terme. Les mutations récentes qui affectent les deux pays, exode rural, urbanisation, moindre dépendance de l’économie face aux secteurs traditionnels tels que la pêche etc... laissent envisager une progression du vote favorable. Pourtant, à l’heure actuelle, l’option qui reste la plus crédible est celle de la poursuite de l’intégration sans adhésion pour les deux pays, qui ne sont pas réticents envers la construction européenne mais plutôt envers l’UE telle qu’elle existe. Ces deux Etats resteront associés à l’EEE, et d’autres collaborations pourront être entreprises. Mais en refusant l’adhésion, la Norvège et l’Islande ne peuvent que subir la politique européenne et non la concevoir. N’est ce pas pire qu’une certaine perte de souveraineté ? Damien Derouet © Newropeans Magazine Lire la suite du dossier spécial consacré à ce sujet, du même auteur, dans Newropeans Magazine.
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