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Bonne humeur
Le rétro-lifting de l’Europe
Par France Dembas (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
16/09/2004 • 14h52
Bonne nouvelle, l’Europe fait aussi sa rentrée en septembre. C’était pas gagné. Hormis l’accouchement aux forceps d’une Constitution, juin fut l’acmé des occasions ratées de ce cru 2004, qui s’annonçait pourtant sur le papier comme inespéré pour accrocher enfin les Européens au wagon de l’Europe. Depuis, on se demandait si quelque chose de pire pouvait encore arriver.

La réponse est oui. L’Union européenne a profité de l’été pour se faire un rétro-lifting. En redevenant peu ou prou la CEE, c’est-à-dire un vaste ensemble économique avec peu d’âme et peu de desseins. Le scoop le moins remarqué de l’été.

La partition libérale

Le 1er juillet, les Pays-Bas ont pris la tête de l’Europe pour une présidence qu’aucun grand événement ne promet de faire entrer dans les annales, en dépit du vrai-faux débat sur les pourparlers d’adhésion de la Turquie. Le Premier sinistre néerlandais Balkenende, surnommé « le Harry Potter adulte », est connu pour ses positions franchement libérales. Bon, jusque là, c’est pas le drame. De la probité, de la rigueur et de la largeur de vue des Néerlandais, personne n’aura à redire. De son côté, le Parlement européen s’est choisi un socialiste espagnol inconnu au bataillon comme président, au terme d’un tour de passe-passe petitement politicien qui voit les conservateurs et la gauche se partager le pouvoir dans ces six ans de législature, ce qui constitue une formidable arnaque pour les peuples européens, expéditeurs à Strasbourg de cohortes d’euro-conservateurs. Notez bien que je ne suis pas pro-conservateur, mais David Copperfield en perdrait son lapin. En fait, ce « partage » est le fruit d’une tradition. Autant dire une incongruité, hors du cercle restreint des élites. Là, le bât commence à blesser.

C’est reparti pour un four

Mais le pompon revient sans doute à la Commission nouvellement formée sous l’impulsion du portugais Barroso, lequel, dans quelques semaines, reprendra le flambeau, peu olympique, de l’italien Prodi. Que d’ultra-libéraux à des postes économiques clés, telle la concurrence, que d’atlantistes... Bref, jamais contents. Qui ? Les Français et les Allemands bien sûr. Qui découvrent qu’élargissement ne rime pas avec asservissement. Qui ont mis leur veto à des vedettes (l’ancien commissaire rocardien Lamy s’est fait écarter par Chirac), et s’étonnent de ne trouver dans cette Commission que des stars académiques. Ainsi l’Europe continue d’être pour certains le joujou d’intérêts catégoriels nationaux, tandis qu’une partition libérale se joue désormais à Bruxelles, et que l’Europe s’incarne à un moment crucial de son développement - Constitution- et de ses choix de société, dans une troïka Barroso - Balkenende - Borell, à la 2B3, « philosophiquement » homogène mais toujours aussi vide de sens pour le citoyen européen. Bref, l’Europe se cherche une raison d’être, un visage social et une « dream team » !

La « Françallemagne » lésée ?

Revenons à la France, en particulier, qui ne se considère pas assez bien dotée dans la répartition des postes, avec pour seule attribution le domaine des transports auprès de l’improbable Jacques Barrot, qu’elle se rassure. Doter un Auvergnat d’un si gros budget ne frise pourtant pas l’irresponsabilité. Certes, dans la mesure où Malte et ses pavillons de complaisance récupèrent les Affaires maritimes, la France se sentait sûrement légitime à l’Agriculture.

La France et l’Allemagne lésées ? Quel crime de lèse-« moteur de l’Europe » ! Il est vrai que si la « Françallemagne » ne s’était pas tirée une balle dans le pied, il en serait tout autrement. L’agacement provoqué par l’épisode du pacte de stabilité - les Grands créent des règles et s’en affranchissent - est encore dans les esprits. Les positions sur l’Irak du couple - fermes jusqu’au bout - auront fini de vider le chargeur, face à la déferlante de ceux qui voient dans l’Europe une aubaine commerciale plutôt que la participation à l’élaboration d’un pôle politique et culturel puissant dans le monde. Alors, ce sont les exceptions sociales et sociétales de nos deux pays qui prennent, de fait, un coup de bambou. Quant à la motivation de la Turquie à rejoindre l’Europe, elle n’est guère différente au plan économique de celle des 10 derniers arrivants. Bienvenue à tous dans la CEE.

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