|
Cultures |
Les Européens |
L’Union en marche |
Vivre l’Europe |
Dossiers |
![]() |
|
|||||
|
![]() Téléchargez l'Édition spéciale 9 mai 2005 - version éditée n°1 Notre newsletter Le chiffre 120.000 Bien euro de le savoir Quels risques énergétiques pour l’UE ? Volapük (directive) Bolkestein Le saviez-vous ? Ils étaient cinq --- Publicité --- Savoir communiquer avec la presse Formation media training Suivre l’actu sur le théatre en France et en Europe Improvisation Paris Découvrez le cours d’improvisation à Paris de RUEDUTHEATRE ! |
|||||
|
Dans la même rubrique
Courrier européen Alimentation : les Britanniques champions du gaspillage Développement durable : le combat ne fait que commencer ! Chez nos voisins Allemagne : Papy travaille, Mamie aussi Travailler avec les Italiens Courrier européen La leçon d’histoire du camarade Poutine Les Balkans ? Invisibles sur la carte européenne ! Courrier européen Protocole de Kyoto : sauver la planète... ou presque Travailler avec les Roumains Bonne humeur Le dessin du moment Courrier européen La Mafia, première entreprise d’Italie |
Entretien Faut-il prendre au sérieux la menace extrémiste en Europe ?
Par Alix Masson (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
30/09/2004 • 01h50
Rares sont les pays européens, y compris parmi les nouveaux membres, épargnés par le populisme. Le Parlement européen a vu leurs effectifs récemment renforcés. Le Centre de recherche et d’information socio-politique, le CRISP, vient de publier une étude sur l’extrême droite et le national populisme en Europe de l’Ouest.
Quelle distinction faites-vous entre l’extrême droite et le national populisme ? Pierre Blaise : Les partis qui sont catalogués d’extrême droite sont des partis qui développent une critique fondamentale du système démocratique et qui le conteste. Ils souhaitent le remplacer, le transformer. Les partis nationaux populistes sont des partis qui sont à la droite extrême mais qui n’ont pas pour but de remplacer le système démocratique. Ils sont nationalistes, sans doute racistes, et développent des thématiques communes aux partis d’extrême droite mais ils ne vont pas aussi loin dans la critique du fonctionnement du système démocratique. Vincent de Coorebyter : C’est surtout une différence historique, en pratique la frontière entre les deux est difficile à tracer. Les partis d’extrême droite sont des partis qui proposent l’alternative, à la fois à la démocratie et à l’économie de marché et on retrouve dans certains partis des traces historiques de ce vieux fond. Il y a dans le Front national (FN) français des vieux monarchistes, qui n’ont pas seulement l’idée d’une grandeur royale, mais aussi l’idée de la race, avec une vision anti-démocratique du système. Il y a encore quelques partis d’extrême droite qui ont sur le plan économique un programme corporatiste. Dans ces partis, on retrouve des idées qui étaient très présentes dans les années 30. Dans un certain nombre de partis de fondation plus récente, cela n’existe pas. Ils s’inscrivent formellement dans un cadre démocratique, et généralement sont, sur le plan économique, ultra-libéraux. Aujourd’hui, il n’y a pas tellement de partis d’extrême droite qui mettent en avant un programme d’alternative complète par rapport à la démocratie et à l‘économie de marché parce que ça ne mord pas sur l’électorat. Les idées plus extrêmes sont un peu confinées dans des cercles intellectuels, des petits groupes, particulièrement nostalgiques de certaines époques ou de certains vieux textes. La liste Pim Fortuyn, aux Pays-Bas, le parti populaire norvégien ou le parti populaire danois n’ont pas un discours d’alternative à la démocratie, d’héritage historique. Où retrouve-t-on ces vieux partis ? A la lecture du livre, on a l’impression que ce ne sont plus que des partis créés dans les quarante dernières années. Vincent de Coorebyter : C’est vrai, il y a eu la rupture de la guerre. Mais certains partis créés après la guerre ont ouvertement des filiations ou des nostalgies à l’égard de certaines visions politiques qui, elles, datent de l’avant-guerre. Ce sont des partis assez groupusculaires. C’est le cas, par exemple, des partis d’extrême droite en Espagne et au Portugal, qui font le lien avec la période franquiste et salazariste, mais aussi avec des vieilles alternatives à la démocratie et au capitalisme datant de l’avant-guerre. C’est le cas aussi de certaines composantes du FN. On a beaucoup dit que l’entourage de Bruno Mégret était davantage constitué de vrais anciens nazis primaires que celui de Jean-Marie Le Pen. C’est très paradoxal car c’était Mégret qui demandait l’arrondissement des angles pour rendre la droite extrême plus fréquentable. Il y a aussi des nazis, des nostalgiques avérés du IIIè Reich, en Allemagne, un certain nombre sont aussi présents au Vlaams Blok en Flandre. Par exemple l’Alliance nationale est une création récente. Mais c’est la transformation actuelle du MSI (Mouvement social italien), lui-même issu de l’expérience fasciste. Mais il y a eu des changements depuis, c’est d’ailleurs pour cela que l’étiquetage des partis a été laissé libre aux auteurs. Et certains auteurs de l’étude d’ailleurs ne tranchent pas vraiment entre la qualification d’extrême droite et de national populiste, parce que la frontière peut être ténue. Concrètement, quels sont les partis que l’on va étiqueter extrême droite ou national populiste ? En France, on classe le FN à l’extrême droite, mais il ne se présente pas comme anti-étatique ! Vincent de Coorebyter : Le plus souvent, les partis d’extrême droite réfutent l’idée qu’ils voudraient abolir le système. Une des raisons est qu’ils participent à une compétition électorale. Et ils savent qu’il y a un consensus sur la démocratie. Et donc s’ils vont aux élections, en disant qu’ils veulent en finir avec le système politique démocratique, avec certaines libertés fondamentales, avec les libertés syndicales, ils savent bien qu’ils vont être marginalisés. Ils ont donc tendance à dissimuler le fait qu’ils aient dans leurs rangs de vrais anti-démocrates. Et ils le dissimulent d’autant plus facilement qu’ils ont aussi dans leurs rangs des nationaux populistes, c’est-à-dire des personnalités qui prétendent s’inscrire dans la démocratie, mais qui présentent une ligne de pensée ultra nationaliste, xénophobe, anti-élite et qui prétendent traduire beaucoup plus fidèlement les volontés populaires. Le plus souvent ces partis sont composites en interne. C’est clair qu’aucune étiquette ne correspond parfaitement à un parti, dès qu’il a une certaine taille. Dans le Front national en Belgique francophone, il y a des monarchistes, des nostalgiques de la vieille Belgique et quelques vieux nazis. Pierre Blaise : L’idée d’un Etat autoritaire ou fort est sous-jacente à certains programmes de parti, mais ce n’est pas affirmé de manière telle. Vous parlez de trois vagues historiques de l’extrême droite, les années 30, l’après-guerre et celle du milieu des années 80. La troisième vague apparaît moins ouvertement anti-Etat ou anti-impôt ? Vincent de Coorebyter : L’anti-fiscalisme est encore très présent. Mais ce qui est tout à fait caractéristique, c’est qu’il y a un appel à mieux d’Etat. Il y a une récupération, notamment par la droite nationale populiste du consensus social-démocrate, autour d’un Etat protecteur. Ils se présentent comme les vrais défenseurs des petites gens, des précarisés. Ils dénoncent la droite bourgeoise, comme elle est appelée en Suisse, qui ne s’intéresse, selon eux, qu’à la prospérité du monde des affaires et estiment que les partis de gauche ont oublié leur programme et ne proposent plus d’alternative au système. Il y a aussi une récupération chez certains sinon d’alter mondialisation, d’anti-mondialisation. Le FN français a surfé sur cette vague aux dernières élections. Le FN français a aussi fait appel à des slogans plus ambigus « Socialement de gauche, économiquement de droite ». C’est une manière de jouer sur les deux tableaux. Cette troisième vague apparaîtrait plus démocratique ? Vincent de Coorebyter : Leur volonté est plus d’initier un dialogue, de casser les tabous. Dans certains cas, le système politique étouffe électoralement certains partis. Le système ultra majoritaire britannique empêche pratiquement un troisième parti de durer. Dans une série de pays, il y a le sentiment d’un monde politique composé de quelques partis qui finissent toujours par s’entendre, et qui « trustent » les places, qui gouvernent plutôt au centre. Et qui ont l’air d’écarter artificiellement des expressions alternatives. C’est un fond sur lequel l’extrême droite ou le national populisme peuvent prospérer en disant qu’ils sont la seule vraie alternative. Et de dénoncer les profiteurs du système. C’est le cas aux Pays-Bas, c’était le cas en Italie, en Suisse, en Autriche, en Belgique ou en France. Dans un certain nombre de pays, il y a en plus une sorte de politiquement correct installé. Des lois instaurent l’égalité homme-femme, y compris de manière artificielle, protégent les étrangers, certaines sont plus ou moins généreuses à l’égard des demandeurs d’asile, d’autres condamnent le racisme et le négationnisme... Dans les systèmes de droit français, belge ou britannique, le racisme n’est pas une opinion, c’est devenu un délit. C’est parce que cette « opinion » avait tendance à se répandre de manière dangereuse et à s’accompagner d’actes de violences physiques que le législateur est intervenu. Mais c’est clair que toute la société ne fait pas consensus autour de ce système législatif et souvent du système idéologique qui s’est créé. Il y a certainement une frange de la société qui a l’impression qu’on étouffe le débat, qu’on l’interdit. Et quand un parti ou un leader charismatique à l’audace de briser le tabou et de dire « puisque nous sommes en démocratie, il faut pouvoir parler de tout, il n’y a pas de raison de considérer que certains sujets sont voués au silence », en ce cas, ills créent un appel d’air. Ils peuvent incarner un vrai « courant démocratique », qui ose au moins mettre les questions sur la table. C’est le cas pour certains groupes au Royaume-Uni, c’est le cas en Suède. C’est clairement le cas au Danemark et en Norvège, où face à ce que l’on appelait « la nouvelle politique écologiste », attentive aux demandeurs d’asile, aux droits des femmes, il y a eu une résistance d’une partie de l’opinion, qui se demande s’il y a vraiment besoin de protéger toutes ces minorités, si on doit toujours parler de tout cela en prenant beaucoup de précaution, en n’osant plus dire ce qu’on pense. C’est une facette de ces partis de mettre à l’agenda politique des thèmes devenus tabous et donc de capitaliser des sympathies dans un électorat qui n’est pas forcément ultra raciste, même si pour certains il y a un gros malaise avec la présence de population d’origine étrangère. Leur geste semble d’inspiration démocratique mais ils proposent des réponses qui sont rarement empreintes d’un grand souci de liberté ou d’égalité. Pierre Blaise : Un peu en parallèle, il y a aussi un souci de moralisation. Dans certains pays il y a eu des problèmes d’affaires qui ont touché les partis traditionnels. Les partis d’extrême droite ou populiste ont voulu se présenter comme étant « plus blancs que blancs » et vouloir mettre fin à cette gabegie, une forme de corruption. Dans la définition que vous faites de l’Europe de l’Ouest, vous excluez la Finlande et la Grèce. Vincent de Coorebyter : D’emblée, il avait été décidé d’écarter l’Europe de l’Est au sens politique du terme. Parce qu’il y a vraiment une histoire spécifique. La Finlande et la Grèce posaient un double problème. Il y a une question géographique, qui se double d’une situation presque de civilisation. La Finlande est aux portes de l’ancien Empire soviétique et a eu une histoire tout à fait spécifique pendant toute la guerre froide, enclavée pendant une quarantaine d’années, entre une Europe de l’Ouest, atlantiste, et l’Union soviétique. Tout en préservant sa neutralité. Il y a une spécificité finlandaise, donc on ne jugeait pas nécessaire d’avoir un article sur la Finlande qui allait mettre en évidence des phénomènes très particuliers liés à cette situation. Pour la Grèce, c’est un peu différent. On y fait référence dans les articles sur l’Espagne et le Portugal, parce qu’il y a un trait commun avec une sortie de la démocratie à peu près dans les mêmes années, mais avec une grande différence, c’est que la Grèce a toujours été aux portes de l’Empire ottoman, du monde musulman. Il y a un esprit anti-turc très présent. C’est un pays orthodoxe, et c’est le seul dans l’Europe de l’Ouest. On y trouve plutôt des groupuscules antisémites et antimusulmans. On a décidé que l’Europe de l’Ouest n’était pas forcément l’Union européenne à Quinze. Mais l’on a, à l’inverse, introduit la Suisse et la Norvège. A lire : "Extrême droite et national-populisme en Europe de l’Ouest." Analyse par pays et approches transversales sous la direction de Pierre Blaise et Patrick Moreau, 584 p., 34.90 EUR. L’Europe en chemise noire.", Pierre Milza, Champs-Flammarion, 428 p. Le site du CRISP en Belgique.
|
|||||