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La chronique de la semaine Vous avez dit "Constitution" ?
Par José-Manuel Lamarque (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
30/09/2004 • 01h50
"La Constitution européenne est un outil fondamental pour la construction européenne. Pourquoi ? Parce que poursuivre la construction de sommets en sommets, avec, à la clé, des Traités qui s’empilent, devient impossible." José-Manuel Lamarque, journaliste spécialisé sur les affaires européennes, auteur de "L’Europe pour les jeunes", avec Emmanuel Moreau, Editions Balland. Quelle surprise lors des journées professionnelles du Mondial de l’automobile que de noter cette ambiance si spécifique ; non pas, par la présentation des nouveaux modèles exposés, mais plutôt par la présence des personnels représentant les différentes marques. Leur grande majorité parlait français, mais la plupart ne l’étaient pas... En somme, j’étais au coeur de la mondialisation auprès de ces hommes et femmes venus de toute l’Europe et du reste du monde, et qui me prouvaient, ne serait-ce que par leur possession des langues, que notre société française ne devait surtout pas manquer ce virage ! Malgré cette vérité criante, le monde politique nous enquiquine de ces querelles nationales avec le projet de Traité constitutionnel européen depuis la rentrée !... Pourquoi tant d’air déplacé pour ce qui n’est, ni plus, ni moins, qu’une évidence... La construction européenne depuis 1950 est passée de 6, puis 12, 15 enfin 25 Etats membres. Elle a fait apparaître une nouvelle donne dans le jeu politique... D’abord, la France n’est plus seule et ne peut, à sa guise, mener sa politique propre et unique. Dans la grande tradition française, le non-dit tend à disparaître car ce sont nos partenaires européens qui sont en train de nous apprendre à parler, à dire la vérité et uniquement la vérité. Alors toute honte bue, parlons vrai et disons la vérité !... Le réveil de certains politiques français, hormis les éternels opposants à tout, en somme ceux qui n’ont rien fait et ne feront jamais rien, fait croire que, lever bien haut l’étendard de la révolte et de l’opposition à cette prétendue vilaine constitution, serait un acte citoyen... Ce qu’on appelle la "Constitution", en fait, un traité, est issue de la Convention. La convention était ouverte à tous, et toute la société civile y était représentée... Où étaient donc nos opposants d’aujourd’hui, où étaient ceux qui donnent de la voix ? Pas dans la Convention bien sûr, l’engagement n’est pas vraiment leur fort, ils vaquaient à leurs préoccupations politiciennes. Ce texte est un outil fondamental pour la construction européenne. Pourquoi ? Parce que poursuivre la construction de sommets en sommets, avec, à la clé, des Traités qui s’empilent, devient impossible. Le conseil des chefs d’état et de gouvernement ne peut plus être une sorte de club privé donnant des impulsions politiques reprises par la Commission et le Parlement. Un président saura calmer les intérêts nationaux au profit de l’intérêt commun. La politique partagée à grandement besoin d’une figure, qui sache donner le « la » au moment opportun, et rappeler à tous que l’engagement européen ne s’arrête pas au paraphe d’un traité. Il en va de même du ministre des affaires étrangères qui parlera d’une seule voix quant à la politique extérieure de l’union. La rigueur et la discipline politiques sont à l’ordre du jour dans la construction, qui plus est, à l’approche du feu vert à Ankara. Et ne nous parlons pas de perte de souveraineté. Une bonne partie de la souveraineté des états est déjà tombée dans l’escarcelle de l‘Union, sinon il ne pourrait y avoir d’Union entre les Etats membres. Autre point important, la personnalité juridique de l’Union. Ainsi l’Union signerait des accords internationaux, cette personnalité pourrait à terme modifier les composantes du système de sécurité des nations unies, ce qui ne serait pas négligeable quand on sait qu’il est surtout composé des vainqueurs de la seconde guerre mondiale ... Autre thème, l’expression populaire qui pourrait proposer un règlement, une loi avec l’apport d’un million de signatures. L’Europe des 25, c’est 450 millions d’individus, le million représenterait moins de 0,5 % de la population, nous sommes dans une logique démocratique, une politique novatrice. Quant au volet social et à la Charte des Droits Fondamentaux, si cela n’est pas révolutionnaire, je me demande bien ce qui pourrait l’être !... Quand on nous parle de l’Europe des marchands, des banquiers, du grand marché, d’une zone de libre échange, si tel était le cas, oui, il faudrait s’inquiéter. Mais quand il est clairement expliqué que la croissance économique devra respecter la stabilité des prix, que le « plein emploi » et le « progrès social » ne peuvent être ignorés, que le combat contre l’exclusion et les discriminations font partie intégrante de la politique communautaire, que le développement durable, la protection de l’environnement vont de pair avec la croissance économique, je le dis, ceci est novateur, le sens d’une nouvelle gouvernance nous faisant entrer de plein pied dans ce siècle naissant... Donc ne soyons pas étonnés par la fin des monopoles. Comment faire avancer l’Europe si un pan entier de son activité économique se trouve en situation de monopole ?... Ce serait la mort à terme de l’équilibre économique face à la mondialisation. La Charte des droits fondamentaux qui comporte 6 volets soit : la dignité, les libertés, l’égalité, la citoyenneté, la justice et la solidarité, cette charte est incluse dans la constitution. J’y vois quelque chose de révolutionnaire car le mot solidarité est encore, un peu, la propriété du monde associatif et des ONG. Qu’il soit dans la Constitution, c’est une volonté d’aller de l’avant, afin d’être solidaire dans l’Union, et aussi hors de l’union. La constitution est un manuel d’apprentissage de gouvernance pour le XXIème siècle... La Constitution de l’Union européenne sera un rempart contre les pires maux que l’humanité a connu, et ceux qu’elle méconnaît encore... Qu’on se le dise, car de ce texte unique peut venir le salut, face à la barbarie, à l’intérêt personnel, aux mille masques de la dictature... Notre responsabilité est grande, peut-être plus grande que jamais, car, sans Constitution, nous ne serons qu’un corps sans âme, peut-être condamné à revivre son passé... En tout cas, pas à construire son avenir !
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