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Portrait Bobine de « chouan »
Par Nathalie Grigorciuk (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
30/09/2004 • 01h49
Dans le cadre de la semaine des cultures étrangères à Paris, le Balzac, célèbre cinéma d’art et d’essai, proche des Champs-Élysées, va programmer jusqu’au 2 octobre une série de films et documentaires européens. Point d’orgue : une brunch-projection le dimanche. Jean-Jacques Schpoliansky, directeur du lieu et membre du réseau Europa Cinéma, n’en est pas à sa première animation destinée à mettre en valeur le credo qui lui tient à coeur : le cinéma indépendant.
Jean-Jacques Schpoliansky © Studio Harcourt - Yves Samuel DR
Tous les midis, du lundi au vendredi, le Balzac va donner accès, dans le cadre de la semaine des cultures étrangères à Paris (lien vers agenda) à des œuvres et des auteurs européens méconnus. Qu’ils viennent du Portugal, de Pologne, de Slovaquie ou d’Autriche, ces films déclinent le même thème : l’étranger dans la ville, leitmotiv de la Semaine des cultures étrangères. « En apprenant que quelqu’un avait réussi à réunir tous ces centres culturels, ce que je n’avais pas pu faire, alors que j’avais essayé à une époque, je me suis dit : bravo, je veux en être »., explique Jean-Jacques Schpoliansky. Petit-fils du créateur du Balzac, Schpoliansky, a sauvé son cinéma de la faillite en inaugurant de nouvelles formules pour attirer les spectateurs. Présentation des films par le directeur dans la salle, distribution de petits gâteaux polonais confectionnés par sa femme, concerts originaux... Aujourd’hui, à soixante ans, Schpoliansky est un boulimique d’activités. Toujours entre deux coups de fils, il court partout, évoque de nouveaux projets ou s’insurge contre un centre culturel européen qui veut, dans son ignorance technique, lui proposer une cassette VHS pour la projection. Pour cet événement, de simples séances cinématographiques ne lui suffisent pas. Il veut parachever la semaine avec un grand brunch et des projections de courts-métrages de tous les pays le dimanche 3 octobre. « Tout le monde va amener plein de choses, ce sera fou », s’enthousiasme ce passionné de bonne chère. « Je m’attends à une grosse surprise de la part des Polonais ». D’où vient cet attrait pour le cinéma d’Europe ? « J’ai toujours eu une passion pour les films les plus rares, les plus intéressants. Et il se trouve que, pour la plupart, il sont européens ». Ce n’est donc pas par esprit communautaire ou par culte de ses racines que cet européen convaincu, d’origine russe et allemande, en est venu à défendre la culture cinématographique du « Vieux Continent », mais bien par goût. Il fait d’ailleurs partie d’Europa Cinéma, premier réseau de salles à programmation majoritairement européenne, et ce, depuis le début de l’aventure, en 1992. Ce réseau, financé en particulier par le CNC et le programme MEDIA de l’Union européenne, soutient les salles qui promeuvent et diffusent majoritairement les œuvres européennes. « Si l’on veut préserver ce cinéma, cela passe forcément par les salles d’art et d’essai en centre-ville. Il faut aussi créer des lieux de vie culturelle. » Mais attention, pour Schpoliansky, cela ne signifie pas, pour autant, faire comme Marin Karmitz et ses boutiques et restaurants du MK2 Bibliothèque. Il entend privilégier l’animation dans les salles. Les ravages de l’américanisation du cinéma de l’Est C’est en particulier dans les pays de l’ex-bloc de l’Est. que la cinématographie européenne a bien besoin de réseaux de soutien. « Toutes les cinématographies à l’Est ont pâti de l’ouverture des frontières », indique le directeur du Balzac. « Avant, les cinéastes étaient obligés de faire preuve d’inventivité, de subtilité pour parler aux gens de leur quotidien sans s’exposer aux foudres de la censure. Maintenant, ils veulent faire du cinéma américain, spectaculaire, à gros budget. Les Américains font déjà cela eux-mêmes très bien ! Ces films ne marchent donc pas et les cinéastes en ont perdu leur culture. Si l’on perd sa culture, l’on perd le public, et l’on perd aussi de l’argent. On perd sur tous les tableaux. » C’est l’effet McWorld, dénoncé par le politologue américain Benjamin R. Barber. Malgré cela, le directeur du Balzac reste optimiste pour l’avenir du cinéma européen, à une condition. Qu’il y ait, dans la distribution, des « types comme moi, mais beaucoup plus jeunes ». S’agissant de la réalisation, il prône un retour aux racines, à l’intimisme, à l’imagination. Inutile, pour lui, de faire du clonage. Et incite sans mâcher ses mots à se défier des « patchworks européens, de ces coproductions italo-germano-anglo-franco-belges, souvent faites pour obtenir des fonds de l’Union. Ce sont des films indigestes, des puddings européens. On ne peut pas faire du succès sur du vent. » Un cinéma qui, à le croire, a tout compris, c’est le cinéma allemand, dont le signe le plus visible de réussite reste bien sûr le triomphe récent de Goodbye Lenin. Autre clé de la réussite : l’envie de se connaître. « Oui, les peuples peuvent se rapprocher grâce au cinéma. L’essentiel, c’est de ne pas rester dans son coin à attendre. S’il y a des clubs comme le mien (Ndlr : le Club des amis du Balzac) qui se créent à Londres ou à Moscou, il pourra y avoir de véritables échanges entre des personnes ayant les mêmes centres d’intérêts, et qui auront plaisir à se recevoir sans attendre le pognon derrière, comme dans le cadre des séjours linguistiques. Le cinéma est fédérateur pour ce qu’il permet de voir en commun ». Le patron du Balzac, en « chouan du cinéma européen », n’en est pas encore au chapitre des Illusions perdues... En savoir plus : Dimanche 3 octobre, à partir de 9h30, au cinéma Le Balzac, proche des Champs-Élysées, un brunch-projection de courts métrages européens. Entrée : 8 euros. + d’infos et pour tout savoir sur le cinéma Balzac. Du 27 septembre au 3 octobre, la Semaine des cultures étrangères est organisée par le Forum des instituts culturels étrangers à Paris. |
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