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Turquie or not Turquie ?
Par Nathalie Van Batten (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
30/09/2004 • 10h51
« Nous vous dirons qui sommes, d’où nous venons et ce que nous voulons. N’ayez pas peur. » L’invitation du FICEP pour la Semaine des cultures étrangères aurait pu venir du Centre culturel Anatolie pour sa conférence « l’Europe et la Turquie » : éléments politiques et économiques pour nourrir et parfois recadrer le débat sur la Turquie, présentés sous un portrait d’Atatürk, fondateur de la République laïque turque.


-  Le rapport de la Commission le 6 octobre.
-  Débat croisé avec le Dr Demir Onger, directeur du Centre culturel Anatolie, Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS et Kaya Ardic, économiste turc, professeur à l’Université d’Istanbul.
-  Memo : les activités du centre culturel turc et un sondage sur les Français et l’entrée de la Turquie en Europe.
-  Nos liens pour en savoir plus.

-  Rappel

(JPEG) La Commission européenne publiera le 6 octobre prochain un rapport qui déterminera si la Turquie a fait suffisamment de progrès dans les domaines politiques, économiques et en matière de droits de l’homme. Il recommandera l’ouverture ou non des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. C’est sur cette base, qu’en décembre, le Conseil européen (nos chefs d’Etat) devra décider à l’unanimité de fixer ou non une date pour commencer ces négociations.

-  Trois questions à :

Dr Demir Onger, directeur du Centre culturel Anatolie. Cardiologue de profession, il a été candidat aux dernières élections européennes sur la liste de Christiane Taubira (Parti radical de gauche).

EPN : Commet l’introduction puis le retrait par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, du projet de loi criminalisant l’adultère ont-ils été perçus en Turquie ?

D. O. : Au début, ce problème n’était pas compris. D’ailleurs vous avez dû voir sur les écrans de télé des manifestations des organisations de femmes turques qui contestaient. On a compris par la suite que c’était une manœuvre, et une manœuvre habile de M. Erdogan. On disait que c’était la stratégie gagnante de M. Erdogan. De quoi s’agit-il ? Vous savez bien que jusqu’à présent, indépendamment des critères de Copenhague, la Commission de Bruxelles a demandé plusieurs clauses. Par exemple, le problème chypriote que maintenant la Turquie a pu résoudre. Or dans les critères de Copenhague il n’ y avait pas le problème chypriote. Alors quand, trois jours après, Tayyip Erdogan est allé à Bruxelles, a discuté avec Verheugen, le commissaire à l’élargissement, il a dit : ‘Avez-vous d’autres conditions à poser ? S’il ne reste que la condition de supprimer dans le nouveau Code pénal l’emprisonnement pour l’adultère, je vais faire retirer ce projet de loi’. Alors Verheugen lui a dit qu’il n’y aurait pas d’autres conditions, ‘si vous retirez ça, vous aurez votre date du début des négociations’. De cette manière-là, il a mis Verheugen au pied du mur, et Verheugen a confirmé qu’il ne restait plus aucune autre condition pour l’ouverture des négociations.

EPN : Les critères examinés sont purement techniques. Certains doutent de leur application future. Qu’en pensez-vous ?

D.O. : C’est pas un argument valable, parce que pour les autres pays adhérents, on n’a pas attendu leur application avant de les intégrer. La Commission européenne était contre l’adhésion de la Grèce qui sortait du régime des Colonels. Or on a dit par la suite que si on donnait la perspective européenne à la Grèce, on faciliterait la démocratisation. On n’a pas attendu le résultat de la démocratisation de la Grèce avant de commencer les négociations. Décembre, ce n’est pas la date d’adhésion, c’est le début des négociations qui risquent de durer assez longtemps. Pendant cette durée on peut voir si les décrets d’application sortent ou non.

EPN : Qui sont les anti-européens en Turquie ?

D. O : Actuellement, il n’y a pratiquement pas de partis qui sont contre l’Europe, sauf un parti qui n’est même pas représenté dans l’Assemblée nationale, c’est le parti d’extrême droite qui a été complètement éliminé de la scène politique. Certes, dans le parti au pouvoir actuellement - ndlr : AKP, le parti de la justice et du développement -, il y a une trentaine de députés, disons islamistes au sens propre du terme. Mais par rapport au nombre de députés AKP, parce qu’actuellement ils contrôlent presque les trois quarts de la Grande assemblée nationale, ces 30 députés ne risquent pas de faire perdre la majorité au Premier ministre. Le peuple turc dans sa majorité veut adhérer à l’Europe, parce que c’est une direction qui était donnée lors même de la fondation de la République turque par Mustapha Kémal Atatürk, qui reste notre leader incontesté. Ses pensées restent notre guide le plus précieux.

-  Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS (Institut des Relations internationales et stratégiques)

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Ecoutez Didier Billion : Un referendum sur l’adhésion de la Turquie ? Pas contre... le principe ! « Le débat tel qu’il est mené en France est affligeant. L’enjeu dépasse les mesquines batailles électoralistes. Avec le dossier turc, les questions essentielles de la construction européenne sont posées : les questions d’identité européenne, de frontières, de l’Europe-puissance. Des questions qui auraient du être posées depuis belle lurette ! »

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Ecoutez Didier Billion. « On se place souvent du côté des intérêts de la Turquie à entrer dans l’Union européenne. J’entends plus rarement l’intérêt de l’UE. Il y a une opportunité économique, mais aussi une opportunité de projection géostratégique pour l’Union européenne. Ce que d’aucuns taxent d’inquiétant - les frontières de la Turquie - ne serait-il pas un atout ? »

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Ecoutez Didier Billion : un message à caractère universel... « L’adhésion de la Turquie permettrait à l’Union européenne d’accéder à une forme plus complète d’universalité. L’Union doit tirer profit de sa diversité. Sa finalité politique doit être porteuse d’un message de type universel. En refusant la Turquie, l’Union européenne s’enfermerait dans une conception culturaliste de la citoyenneté. »

-  Kaya Ardic, économiste turc. Il enseigne à l’université d’Istanbul.

« La Turquie a subi une crise économique et financière sévère il y a trois ans. L’instabilité macroéconomique a alors atteint son point culminant et a ébranlé la société turque, à tel point que, en 2001, le taux de croissance a chuté à -9,5%, le taux d’inflation s’est élevé à 80% et il y a eu 1,5 millions de chômeurs en plus. Mais cette crise a permis à la Turquie de montrer sa capacité de redressement et d’adaptation aux nouvelles conditions. Chez nous, nous avons un adage : Une mauvaise expérience vaut beaucoup mieux que mille avertissements. Avec l’appui du FMI, on a donc suivi un programme d’assainissement, de stabilisation et d’austérité. Ce qui fait qu’on a obtenu de très bons résultats en seulement un an. Le taux de croissance en 2002 est repassé à +7,5% (et même 13,5% sur les six premiers mois de l’année 2004 c’est-à-dire qu’on a dépassé la Chine), et le taux d’inflation ne s’élève plus qu’à 10%. Tous les indicateurs économiques soutiennent cette amélioration. Cela dit, il reste deux points d’interrogation. D’abord, le déficit extérieur des comptes courants est très alarmant (10 milliards de dollars actuellement) ; ensuite, le chômage ne diminue pas et se stabilise autour de 12% aujourd’hui. La Turquie n’est pas tout à fait prête, mais elle a beaucoup de potentiel. L’adhésion présente des avantages réciproques considérables. La Turquie est un marché vaste de 70 millions de consommateurs, ce qui n’est pas négligeable. Les experts de la Commission européenne ont fait leurs comptes. S’il n’y a pas d’avantages pour les Européens, ils ne diront pas oui. »

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Ecoutez Kaya Ardic. Il compare la situation économique de la Turquie avec celle de la Bulgarie et de la Roumanie, deux pays en voie d’adhésion (2007).

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Ecoutez Kaya Ardic. L’Union douanière signée en 1996 entre l’Union européenne et la Turquie concerne tous les biens et services, à l’exception des produits agricoles. A qui profite-t-elle le plus ?

-  Mémo

Centre culturel Anatolie,77, rue Lafayette, Paris 9e. 01 42 80 04 74.

Pour la Semaine des Cultures étrangères, le Centre culturel Anatolie propose une exposition de photos (Turquie intemporelle ; voyage au pays des roses), une autre sur le grand poète turc Nazim Hikmet, une conférence-lecture sur les échanges littéraires entre la Turquie et la France, une dégustation de spécialités turques. Et tout au long de l’année, il organise des cours de turc.

Selon un sondage Ipsos paru mardi dernier, 56% des Français sont contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, 36% pour. Cela dit, l’étude précise que 63% du même échantillon se disent proches de l’idée que "si la Turquie fait les efforts politiques et économiques nécessaires, il serait possible d’imaginer son entrée dans l’Union européenne dans l’avenir" alors que 30% sont plutôt d’accord pour dire "que la Turquie ne devrait jamais faire partie de l’Union européenne pour des raisons historiques et culturelles".

-  En savoir plus :

« La Turquie est-elle bienvenue en Europe ? », paru dans EuropePlusNet le 23 avril 2004.

Une biographie d’Atatürk (Mustapha Kemal).

La page du site de l’Union européenne consacrée aux relations avec la Turquie : données sur le pays, cartes, ... (en anglais).

Du 27 septembre au 3 octobre, la Semaine des cultures étrangères est organisée par le Forum des instituts culturels étrangers à Paris.

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