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Débat
Laïcité, mode d’emploi
Par Anna-Maria Conte (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
30/09/2004 • 11h47
Porter le voile, la kippa, la croix... Le sens en est-il aujourd’hui le même, dans les pays de l’Union ? Le 28 septembre, dans un débat à l’« Institut culturel italien » à Paris, « Deux modèles de laïcité en Europe, le cas français et le cas italien » ont été analysés par des historiens des deux pays. Il ne faut pas se voiler la face, au centre de « l’incompréhension » : le rapport de la Commission Stasi.

(GIF) Côté français : Alain Touraine, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Science Sociales, Jacqueline Costa-Lascoux, professeur à Science-Po, Catherine de Wenden, directeur de recherches au CNRS et le modérateur Henri Tincq, responsable des au questions religieuses au Monde) pour expliquer aux « non-Français » la nécessité d’une loi sur la laïcité à l’école. Versant italien, les professeurs émérites (Piero Craveri et Lucetta Scaraffia, professeur d’histoire contemporaine, l’un à l’Université de Naples, l’autre à Rome).

Pour le Petit Robert, c’est clair ! La « laïcité » est le « principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. ». Cependant, cette définition est soumise, non seulement aux différentes interprétations françaises, mais aussi aux significations propres aux langues étrangères, en l’occurrence l’Italien. C’est donc autour du terme « laïcité à la française » et des signes « ostensibles » que la confrontation proposée par le débat « Deux modèles de la laïcité en Europe, le cas français et le cas italien » s’est développée.

L’évolution des idées et des réalités

« La laïcité, élément fondamental de la sécularisation et de la modernité est progressivement devenue la morale républicaine », souligne Alain Touraine. Cela a produit un blocage à l’ouverture vers les religions et en conséquence, la suppression des signes dans l’espace public. En revanche, en Italie, la laïcité est relativisée à l’acceptation des religions et l’État est vu comme le garant de la neutralité et de la tolérance. Pour expliquer les tendances philosophiques qui ont conduit aux deux modèles différents, Lucetta Scaraffia évoque le concept d’athéisme. Au XIXe siècle, là où la France a nié l’absolu religieux, l’Italie du « Risorgimento » ne l’a jamais refusé. Elle s’est plutôt affirmée comme anticléricale, en opposition à l’ingérence catholique dans les affaires de l’Etat. Un autre élément fondamental à la compréhension de ces deux modèles de laïcisme est l’analyse sociologique des populations de deux pays. L’Europe compte aujourd’hui 12.000.000 de musulmans, dont 5.000.000 résident dans l’Hexagone. Ce n’est pas anodin ! « Dans la plupart de cas, il s’agit de gens issus de l’immigration des ex-colonies qui se retrouvent désorientés dans un pays où leur religion est minoritaire et où plusieurs fois coexistent », explique Catherine de Wenden. L’Italie ne connaît pas le même phénomène. La présence des « extra communautaires. » est relativement récente et ceux qui réclament des droits restent des cas rares.

Pourquoi une loi ?

« Au début des travaux de la commission Stasi, nous étions tous contre l’idée d’une loi. Ensuite, face au désarroi des institutions et à la souffrance causée par l’instrumentalisation de la religion, nous avons changé d’avis. », admet Jacqueline Costa-Lascoux. Comment régler les libertés fondamentales du choix de la foi ? Comment respecter le droit des élèves à l’expression ? « Avec cette loi, nous avons voulu traduire les droits de l’homme. C’est pour cela qu’elle se limite à la pratique ostensible. Elle n’interdit pas la religion mais les signes. », poursuit-elle. Le mot est lâché ! « Où se situe la limite de « l’ ostensibilité » ? », questionne Piero Craveri avec ce néologisme. « Et n’est-il pas légitime, au nom de l’héritage culturel, d’afficher le crucifix dans les classes ? » (lire le memo) La ligne est subtile. Seule l’analyse de la pratique peut apporter la réponse. Encore une fois les différentes réalités sociales de deux pays empêchent l’entendement. Et si le débat n’a pas suffi à convaincre les deux parties, il a eu le mérite d’ouvrir la confrontation et le dialogue. Il est un exemple de l’enjeu culturel de l’Europe d’aujourd’hui : la nécessité d’harmoniser les politiques nationales des États et de répondre aux systèmes de valeurs propres à chaque pays. Le traitement et le respect de la diversité dépendront en grand partie de la force que la notion de citoyenneté européenne prendra dans l’avenir. Mais cela c’est un nouveau débat...

-  Memo :

A la rentrée 2003, Adel Smith, italien et musulman demande aux enseignants de l’école de ses enfants d’enlever le crucifix du mur ou d’accrocher un verset du Coran. Le cas est ouvert. Le tribunal de l’Aquila, saisi de l’affaire, confirme là le caractère laïque de l’Etat italien. En conséquence, il légitime le déplacement du crucifix. Depuis, la polémique fait rage.

Du 27 septembre au 3 octobre, la Semaine des cultures étrangères est organisée par le Forum des instituts culturels étrangers à Paris.

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