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Enfin, un banquier solidaire !
Par Grégory Gendre (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
14/10/2004 • 10h55
L’adage est bien connu : "Un banquier vous prête un parapluie quand il fait beau, et vous le reprend quand il pleut !". Battant en brèche le poncif, une banque européenne alternative finance des projets d’économie sociale et solidaire... Utopie, direz-vous ? C’est pourtant la mission de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA). Après plusieurs rencontres entre différentes structures et en capitalisant sur les expertises nationales, l’idée a abouti. Entretien avec Jean-Paul Vigier, l’actuel président de la FEBEA.

Jean-Paul Vigier, ex-président de Finansol (collectif associatif français des finances solidaires), a publié en 2003 une « Lettre ouverte à ceux qui veulent rendre leur argent intelligent et solidaire », aux éditions Charles Leopold Mayer.

Qui fait partie de la FEBEA et quels sont les critères spécifiques pour l’intégrer ?

La fédération européenne des banques éthiques et alternatives a été créée il y quatre ans et compte actuellement 16 établissements français, allemands, italiens, belges, polonais, suisses, espagnols et anglais. En novembre prochain, trois nouveaux membres scandinaves nous rejoindront. Tous financent sur leurs marchés nationaux des projets dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Il s’agit de la création ou du développement de petites entreprises par ou pour des personnes en difficulté, des activités associatives dans des secteurs économiques défavorisés, la réhabilitation de logements pour des familles en situation précaire, des partenariats économiques Nord-Sud ou le développement de secteurs émergeants comme le commerce équitable ou les énergies renouvelables.

Nos membres, qui sont tous des sociétés financières ou des banques, se séparent en trois grandes catégories. Le premier noyau comporte des banques de proximité, le second des banques de taille plus importante qui jouent un rôle d’intermédiaire entre porteurs de projets et financeurs et, enfin, la fondation des caisses d’épargne espagnoles. Tous s’engagent à ne pas rechercher exclusivement le meilleur rendement du capital dans leur placement, à conserver leur indépendance politique et économique et à financer des initiatives économiques dans les domaines de l’ESS.

A quoi sert vraiment de mettre en place une fédération de ce type ?

Nous avons développé cette structure pour créer et déployer plus facilement de meilleurs outils de financements. Nous capitalisons sur nos expériences respectives pour permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire de disposer de meilleures solutions et opportunités financières. Nous avons ainsi créé un fonds de garantie commun. Cela signifie que lorsque des structures de l’ESS doivent souscrire un crédit ou un prêt auprès du système bancaire classique pour financer leurs activités, nous apportons notre garantie. Ce fonds existe depuis deux ans et devrait recevoir à court terme une aide du fonds européen d’investissement.

Pourquoi cette notion de garantie est-elle nécessaire ?

Cela permet de supporter les projets de citoyens exclus du système bancaire classique en relançant le développement d’activités qui, sans l’aide des acteurs de l’ESS et de notre caution, n’auraient pu être financées. Les logiques de marché et les nouvelles réglementations du type Bâle II (voir Mémo) contraignent les banques classiques, selon leurs responsables, à réduire leurs risques d’investissements. Une majorité de dossiers sont refusés alors que nous pensons, au contraire, que le marché de l’ESS mérite d’être financé et qu’il nécessite des outils spécifiques. Nous mettons à la disposition de nos membres le fonds de garantie « garantie solidaire », le fonds commun de placement « choix solidaire » et la société financière « société européenne de finance éthique et alternative » (SEFEA) où ils peuvent investir. Ces trois outils leur permettent de créer de la richesse via des placements éthiques. Richesse qu’ils redistribuent ensuite localement auprès de leurs partenaires de l’ESS.

Vous avez développé la SEFEA alors que la fédération existait déjà ?

Cette nouvelle structure a vu le jour en décembre 2002 car nous voulions disposer d’un outil pratique capable à la fois d’améliorer la structure patrimoniale de nos membres via l’investissement et de promouvoir le démarrage de nouvelles expériences dans les pays où la finance éthique fait ses premiers pas. Elle doit également servir à financer des projets trans-européens. Nous avons, par exemple, des demandes du Conseil européen pour financer des travaux de réhabilitation sur le chemin de Saint-Jacques. Le capital de la SEFEA est actuellement de 3 millions d’euros. Il devrait passer à court terme à 5 millions d’euros suite à un apport de la Banque européenne d’investissement.

Pensez-vous disposer du dispositif nécessaire avec ces deux structures pour inscrire durablement l’ESS dans le paysage européen ?

D’ici trois ans, nous voulons créer une banque solidaire, accessible aux marchés nationaux, à l’échelle européenne. Toutes nos ressources proviennent actuellement de l’épargne de nos membres mais nous devons aller plus loin. Des efforts sont faits au niveau fiscal dans certains pays, notamment en Italie où les banques éthiques et solidaires disposent d’un statut spécifique. Nous allons demander à l’Europe de prendre une mesure similaire pour harmoniser les règles et inscrire durablement les structures solidaires dans le paysage européen. Nous travaillons sur cette question depuis 20 ans et l’ESS se développe. Nous allons dans le bon sens.

Mémo

-  L’épargne solidaire

Les récentes lois françaises sur l’épargne salariale (2001) et l’épargne retraite (2003) ont engendré le développement d’un nouveau type de produits d’épargne solidaire : les produits d’épargne salariale solidaire. Dans le cadre de l’épargne salariale, toute entreprise ayant développé un PERCO (Plan d’épargne retraire collectif) doit obligatoirement offrir à ses salariés la possibilité d’investir dans des Fonds communs de placement d’entreprises solidaires (FCPE Solidaire). Il est également possible de souscrire un FCPE Solidaire dans le cadre du plan d’épargne entreprise (PEE) proposé par une entreprise à ses salariés. 5 % à 10 % de l’actif de ces fonds sont ensuite affectés au financement d’entreprises solidaires agréées par l’Etat. Et ce sont ces 5 % à 10 % d’investissement qui peuvent alors être utilisés directement par les acteurs de l’ESS.

-  Les accords de Bâle II

Cette proposition de directive du 14 juillet 2004 de la Commission européenne concerne de nouvelles exigences de fonds propres pour les banques et les entreprises d’investissement. Les établissements financiers devront maintenant fonctionner à "ciel ouvert" car cette proposition vise à rendre leur activité plus compréhensible pour les publics en simplifiant leurs règles de fonctionnement. Conséquences : maintenant plus exposés aux regards extérieurs, ces établissements devront alors réduire au maximum leurs risques d’investissements pour éviter toute dépréciation de leur capital.

En savoir plus :

Le site de la FEBEA : ses membres, sa charte, ses produits

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