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Par Roeland Audenaerde (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
27/10/2004 • 23h12
Ce semestre, les Pays-Bas assurent la présidence de l’Union Européenne. La langue nationale de ce petit pays au bord de la Mer du Nord s’appelle le néerlandais... et non le hollandais ! Avec 23 millions de locuteurs, le néerlandais est la sixième langue de l’Union européenne et a influencé près de 400 mots de notre vocabulaire.

Il se parle non seulement aux Pays-Bas, mais aussi en Belgique (en Flandres et à Bruxelles), aux Antilles néerlandaises et à l’île d’Aruba, au Suriname (ancienne colonie néerlandaise en Amérique du Sud), et... en France, dans la région de Dunkerque, ville qui s’appelle Duinkerken dans cette langue. Le néerlandais était même autrefois parlé jusque dans la Somme.

Sous la forme archaïque de l’Afrikaans, le néerlandais est aussi employé par six millions d’habitants de l’Afrique du Sud. En plus, il a donné naissance à des langues « créoles » en Amérique du Sud, aux Antilles et au Sri Lanka. Très proche du néerlandais mais encore plus de l’anglais, est la langue frisonne, qui est toujours parlée par quelques 400.000 frisons dans le nord des Pays-Bas. Au Moyen Age, les frisons, grands navigateurs, avaient des colonies de la Norvège à Boulogne-sur-Mer. C’est peut-être de là que nous est venu le mot ‘savon’, forme francisée du mot frison ’seffe’. La zone néerlandophone en Europe, constituée des Pays-Bas et de la Flandre belge, est le deuxième partenaire commercial de la France. Elle est aussi le premier investisseur étranger dans l’hexagone. Il y a des centaines de mots français qui proviennent du néerlandais.

Comme les Néerlandais sont un peuple de navigateurs, beaucoup de ces mots se rapportent à la navigation. Pensez, par exemple, à : amarrer, issu du verbe néerlandais ‘aanmeren’ ; bâbord, du néerlandais ‘bakboord’ (du côté du bac) ; beaupré, de ‘boegspriet’ ; flotte, de ‘vloot’ ; foc, de ‘fok’ ; hisser, de ‘hijsen’ ; hourque, de ‘hulk’ ; mât, de ‘mast’ ; matelot, de ‘mattenoot’ (celui avec lequel on partage le hangmat ou hamac) ; prame, de ‘praam’ ; tribord, de ‘stuurboord’ (du côté du volant).

Peuple de pêcheurs, les Néerlandais nous ont donné les noms de plusieurs poissons, tels que le cabillaud (du néerlandais ‘kabeljauw’), le colin (de ‘koolvis’), le haringue (de ‘haring’), et le maquereau (de ‘makreel’).

Commerçants, ils ont apporté en France les termes commerciaux de blocus (de ‘blokhuis’, ce qui dénote un établissement de douane), étape (de ‘stapel’), fret (de ‘vracht’) et kermesse (de ‘kermis’).

Les Pays-Bas ont également enrichi la cuisine française avec des termes culinaires comme houblon (du néerlandais ‘hop’) : Plutôt que du vin, les Néerlandais boivent de la bière, et pour produire celle-ci, il faut du houblon.

Le paysage néerlandais, plat et marécageux, a donné naissance à des mots comme polder, digue (de ‘dijk’), wateringue (de ‘watering’ : corporation chargée de la gestion des eaux) et le verbe hier (de ‘heien’).

Superpuissance militaire au dix-septième siècle, les Pays-Bas ont exporté des termes militaires comme ‘bolwerk’ (bastion, ‘bulwark’ en anglais), qui s’est mué en ‘boulevard’. Et comme à la même époque, la moitié des livres imprimés dans le monde l’étaient aux Pays-Bas, le mot néerlandais ‘boek’ a donné notre mot ‘bouquin’.

Encore d’autres mots d’origine néerlandaise nous sont parvenus par l’anglais : boss, du néerlandais ‘baas’ (chef) ; dock, de ‘dok’ ; scrabble (le nom du jeu), du verbe ‘schrappen’ ; snack, de ‘snakken’ ; et yacht, de ‘jacht’. Il y aussi des mots qui viennent de l’Afrikaans, et qui nous sont arrivés encore par le biais de l’anglais : ainsi Boer (paysan) et apartheid.

Le flamand, qui est comme le hollandais une forme dialectale de la langue néerlandaise, nous a donné le mot mannequin. Il vient de ‘mannekijn’, forme archaïque de ‘mannetje’, diminutif du mot ‘man’ (homme). A l’origine, un mannequin était donc un petit homme. C’est qu’au Moyen Age, quand la Flandre était le centre de la haute couture européenne, il était interdit aux femmes de paraître en public. La fonction de montrer les nouvelles créations incombait donc aux pages, aux ‘mannequins’. Autre mot d’origine flamande : espiègle, tiré du nom du héros romanesque flamand Tijl Uilenspiegel (Tijl Miroir de Hibou) ou, en français, Til l’Espiègle.

D’autres exemples de mots ‘français’ qui viennent en réalité des Pays-Bas sont : affaler (de ‘afhalen’), bague (de ‘bagge’), bloc (de ‘blok’), bolduc (tiré de Bois-le-Duc, nom français de la ville néerlandaise de ‘s-Hertogenbosch), clamp (de ‘klamp’, colza (de ‘koolzaad’), épisser (de ‘splitsen’), estompe (de ‘stomp’), haler (de ‘halen’), huisser (de ‘huis’, maison), plaquer (de ‘plakken’) et potasse (de ‘potas’).

Tout cela est sans compter le fait que les Francs étaient originaires de la province néerlandaise d’Overijssel. Les fondateurs ‘Néerlandais’ du royaume de France ne nous ont pas seulement donné leur nom, mais aussi quelques 400 mots. Le français est donc, dans une certaine mesure, une langue néerlandaise, et sans le savoir nous parlons néerlandais. Mais c’est un Néerlandais qui le dit...

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