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Au secours, le Sida revient !
Par Laetitia Darmon (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
14/10/2004 • 14h14
L’Europe aurait bien voulu ignorer le Sida. Mais avec l’augmentation des contaminations à l’Ouest, les nouveaux entrants touchés par une épidémie galopante, la proximité de la Russie - dont la CIA prévoit que 6 à 11% de la population adulte devraient vivre avec le VIH en 2010... le tableau est plus que sombre. Comment l’Union envisage-t-elle de combattre ces menaces ? Le Sida se propage à l’Est Le Sida reprend du poil de la bête et se moque bien des frontières. Lorsqu’il se déclare chez les consommateurs de drogues injectables du sud de l’Ukraine en 1995, les cas d’infection au VIH se multiplient en quelques mois en Russie, en Biélorussie, en Ukraine et en Moldavie. Le fléau se diffuse ensuite dans les pays baltes - en Estonie en 1998, en Lettonie en 2000, puis en Lituanie en 2002 - dont les taux de prévalence (pourcentage de personnes infectées par rapport à la population totale d’un pays) ont brutalement augmenté depuis. « La propagation la plus rapide jamais observée à travers le monde » : voilà comment l’Onusida a qualifié en 2001 et 2002 l’évolution de l’épidémie à l’Est de l’Europe. Quant à l’Europe centrale (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie), elle laisse apparaître des taux de prévalence assez faibles, qui masquent cependant un risque d’épidémie latent. Ces pays, qui vivent une transition économique et sociale difficile et où se développent des comportements à risques (drogue, prostitution...), constituent un terreau favorable à une propagation du VIH/sida et des autres MST dans les années à venir. Une volonté continentale émerge-t-elle ? Les cris d’alarme poussés par un certain nombre de rapports internationaux ont fini par arriver aux oreilles de l’Union européenne. Une conférence intitulée « Faire tomber les barrières » a réuni pour la première fois en février 2004, à l’initiative de la présidence irlandaise de l’UE, des représentants gouvernementaux de 55 pays d’Europe et d’Asie centrale, afin de réfléchir ensemble à la lutte contre le sida sur le continent. Le 17 septembre dernier, la déclaration de Vilnius annonçait officiellement la détermination de « l’Union européenne et de ses voisins de l’Est » à lutter contre une épidémie de VIH/sida en expansion en coordonnant leurs efforts « à l’échelle du continent ». Une annonce suivie le 28 septembre par l’inauguration du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Il doit servir, en matière de sida, d’organe d’observation et de coordination de ces efforts. Que fait l’Union, concrètement ? Jusqu’à présent, la santé publique - relevant des prérogatives nationales - a fait l’objet d’une politique européenne très limitée : 0,05% du budget de l’Union lui est consacré. Le processus d’adhésion à l’Union européenne a cependant permis aux nouveaux entrants de l’Est de bénéficier de programmes de financements globaux (PHARE) qui ont servi, entre autres choses, à améliorer sensiblement leurs systèmes sanitaires. Ces financements se sont presque entièrement taris avec l’élargissement, et les associations de lutte contre le sida peinent aujourd’hui à boucler leur budget. Les pays candidats - Roumanie, Bulgarie, Turquie - continuent, eux, à recevoir ces fonds. Autre apport européen : la Commission européenne a financé plusieurs programmes de formation et d’échanges des bonnes pratiques, mis en place par des associations européennes. L’initiative Aids Action Europe - partenariat européen des associations de lutte contre le sida - met ainsi l’accent sur les programmes qui concernent les consommateurs de drogues injectables, lesquels représentent 90 % des victimes du VIH dans les pays baltes et les pays d’Europe de l’Est. Pour ce qui est des actions de prévention proprement dites, en revanche, elles reposent sur les seuls acteurs locaux. Eux qui doivent faire avec la plus ou moins bonne volonté des pouvoirs en place et les représentations locales de la maladie et des comportements à risques, souvent stigmatisés. « Dans ce contexte incertain, vouloir penser l’action de lutte contre le sida de l’Union séparément de celle du continent européen relève de la schizophrénie », explique Arnaud Wasson-Simon, coordinateur de Aids Action Europe. Son projet en appelle à une mobilisation spécifique en direction des pays de l’ancien bloc soviétique. Rechercher l’efficacité En prenant conscience de la nécessité d’agir contre le VIH/sida à l’échelle du continent, l’UE a effectué une avancée politique essentielle. Tout en s’en réjouissant, Arnaud Wasson-Simon formule le souhait que cela ne la conduise pas à vouloir créer des solutions d’action à partir de rien : « L’UE a tout intérêt à donner plus d’argent au Fonds mondial de lutte contre le sida, plutôt qu’à chercher à réinventer ce qui existe déjà. Elle risquerait de perdre du temps, comme elle a tardé à financer l’accès aux traitements dans les pays du Sud. Là encore, ce sont des millions de vies qui sont en jeu ».
Les chiffres de l’épidémie en Europe Aids Action Europe Les partenariats européens de Aides D’autres programmes européens participant à la lutte contre le sida : Central and Eastern European harm reduction network (CEEHRN), European Aids treatment group (EATG), Aids Alliance. Les politiques et les initiatives communautaires en matière de VIH/Sida
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