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La chronique de la semaine La France peut-elle avoir une politique euro-arabe ?
Par Florence Kuntz (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
25/10/2003 • 00h00
Rencontrant le peuple algérien, à Alger comme à Oran, présent à Rabat quand Mohammed VI annonce la réforme de la Moudawana, donnant son nom à la meilleure datte d’Egypte durant ce mois de Ramadan, Jacques Chirac semble renouer avec la grande tradition diplomatique française d’ouverture au Sud. Mais ces options de politique étrangère peuvent-elles durablement cohabiter avec nos choix européens ? L’Union contre la politique arabe de la France A priori, l’interrogation peut surprendre tant, comme l’énonçait Napoléon, « la géographie dicte la politique d’un pays » et que les deux axes de la politique extérieure de la France ont été, au long de notre histoire, l’Europe et le monde arabe. Mais quid d’une Europe entendue dans le sens de l’Union européenne, architecture nouvelle d’un super-Etat prochainement doté d’une constitution ? Ainsi précisée, la question d’une antinomie entre notre politique arabe et notre politique européenne apparaît assez nouvelle. Et si l’on compare l’évolution de la construction européenne et de nos relations avec le monde arabe, le tournant se situe au début des années 90 : c’est, d’une part, le choix des dirigeants européens de l’époque de bâtir une Europe très intégrée avec le traité de Maastricht et une politique étrangère et de sécurité commune ; et c’est d’autre part, la guerre du Golfe, soutenue par François Mitterrand dont le ministre des Affaires étrangères annonce « la fin d’un mythe, la fin de la politique arabe de la France ». L’élection de Jacques Chirac marque, dès 1996 avec sa tournée au Proche-Orient, le retour à une certaine politique arabe, avec en point d’orgue le NON à l’intervention américaine en Irak. Mais ce retour de la diplomatie française dans la région n’entraîne pas de facto une politique arabe de l’Europe. Au contraire, durant la crise irakienne, la quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernements européens - à commencer par ceux du bassin méditerranéen -appuie la politique américaine dans le Golfe, parfois même militairement ! La politique arabe de la France se fait alors contre l’Europe ! Et ce pourrait être demain la règle dans une Europe à 25 : l’élargissement c’est d’abord l’ouverture aux pays de l’Europe centrale et orientale, plus sensibles aux thèses des néo-conservateurs qu’au dialogue euroméditerranéen ; l’élargissement c’est aussi un déséquilibre du processus de Barcelone dès 2004, avec un rapport pays membres/pays associés qui passe de 15/12 à 25/10. Relancer le processus euro-méditerranéen Aussi, à l’aune d’un nouveau schéma institutionnel et géographique de l’Europe, c’est sans doute à la France qu’il revient de convaincre les européens d’insuffler une nouvelle dynamique au dialogue et au partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, sans perdre toutefois la liberté de mener des relations franco-arabes en dehors de l’Union européenne. Cela suppose de la part de nos dirigeants de rompre avec une schizophrénie qui les fait dans le même temps se dresser, avec une minorité de pays voisins, contre la nouvelle Europe (18 membres sur 25 !), et proposer à la Convention le passage à la majorité qualifiée pour la PESC, ou qui voit les eurodéputés du PPE approuver le principe d’un siège européen pour l’UE quand Jacques Chirac use, à juste titre, de son droit de veto contre la proposition euro-atlantique ! Florence Kuntz est députée au Parlement européen, membre de la délégation Palestine, Moyen-Orient, Pays du Maghreb et directrice de la revue Salamandra.
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