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Editorial Nouvel air pour l’Europe
Par José-Manuel Lamarque (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
27/10/2004 • 23h13
Hier, la Commission Barroso s’est auto-dissoute et le Parlement s’est régénéré. En France, les politiques et les médias sont-ils bien au rendez vous de l’Histoire ? José-Manuel Lamarque, journaliste spécialisé sur les affaires européennes, auteur de "L’Europe pour les jeunes", avec Emmanuel Moreau, Editions Balland. Il s’est passé bien des choses depuis le Traité de Rome en 1957. L’Europe a avancé, à petits pas suivant les théories de Jean Monnet, puis, elle a pris une accélération qui aujourd’hui la place dans le concert de la mondialisation. Il ne faudrait pas que cette Europe avance et continue d’avancer avec une France en retard qui tente de comprendre le pourquoi du comment des politiques européennes. Médias, éveillez-vous à l’Europe ! Ce qui manque aujourd’hui aux Français, c’est une vraie politique des médias en faveur de l’Europe. A force de traiter les questions européennes comme des affaires internationales, nous n’avons pas fait prendre conscience à la population l’importance de la construction européenne... Pis, les Français ne savent toujours pas qu’ils font partie intégrante d’un vaste ensemble d’hommes et de femmes unis par des lois et règlements et d’une tradition séculaire qui se ressource dans une culture commune par des racines fédératrices. A force de traiter les Français comme un peuple souverain, au-dessus de tout et de tous, dont le rayonnement national a été forgé par la colonisation, ils sont en l’état bien loin d’accepter les règles communautaires, qui pourtant les régissent. Cette lacune nationale doit être résorbée au plus vite, car le danger réside dans une incompréhension grandissante à l’égard de l’Europe. Pointer le doigt sur les médias est peut être facile, mais n’est-ce pas aussi l’arbre qui cache la forêt. Les politiciens français sont aussi responsables de cette situation. Arriver aujourd’hui à mettre en place deux référenda, l’un pour la constitution et l’autre pour la Turquie, procède d’une aberration qui prouve que nos élus n’ont pas fait preuve de pédagogie à l’égard de leurs électeurs quant à l’Union européenne. La politique franco-française doit faire sa propre révolution. Gérer les affaires nationales est une chose, avoir une vision globale en est une autre et c’est ici que le bât blesse. Une gouvernance au jour le jour, à courte vue ne peut que nuire à notre développement au sein de l’Union. On ne peut mettre tout le monde dans le même sac, mais bon nombre de nos hommes et femmes politiques de droite ou de gauche mènent aujourd’hui une sarabande souverainiste qui nous sera préjudiciable dans l’avenir commun-autaire-. Nous ne sommes plus un état colonial, la manne ne vient plus d’ailleurs, il nous faut mener une gouvernance européenne afin de garder un niveau de confiance avec nos partenaires. Ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui et c’est bien regrettable. Commission Barroso auto-dissoute ! Vive le Parlement ! Et c’est bien l’Union européenne qui nous donne une grande leçon de démocratie ce mercredi 27 octobre 2004. Je crois que ce jour devra être marqué d’une pierre blanche au nom de la démocratie. Car la vraie démocratie, la vraie gouvernance, comme on pourrait les espérer chez nous, viennent de l’Union européenne. Jamais un gouvernement français n’a dû présenter ses membres, devant le parlement, et ce qui s’est passé aujourd’hui est un cas d’école pour la démocratie directe. L’Europe est depuis hier 12h, heure de Paris, une puissance politique. Le Parlement n’est ni une chambre d’enregistrement, ni une assemblée d’opérette, il est composé d’élus responsables qui ont su faire savoir qu’ils diraient non. C’est la raison pour laquelle le vote de confiance a été reporté, et que Monsieur Barroso doit revoir sa copie, et changer plusieurs commissaires. Quelle leçon politique pour l’avenir et pour ce Parlement ! En attendant, Monsieur Prodi assure la continuité, et l’Europe continue sa construction. Et chez nous, en France ?... La France et son train de retard Politique et médias font bon ménage dit-on, il serait temps qu’ils s’accordent sur une vision commune quant aux affaires européennes. A force d’occulter l’actualité européenne, à force de faire passer l’intérêt national d’abord et avant toute chose, à force de ne mettre en avant que nos soucis nombrilistes, nous prenons, jour après jour, un retard auprès de nos partenaires qui pourrait nous être reproché bientôt. La France a fortement besoin de journalistes spécialistes des questions européennes, de géopolitologues, de géostratèges, et d’élus qui sachent lire et comprendre le traité constitutionnel en se projetant dans une vision d’avenir où la France, membre de l’Union européenne, jouera un rôle de partenaire et non pas d’expert non actualisé. Il est grand temps de changer la donne, de rebattre les cartes, voire de changer de jeu... Nos échéances électorales ne sont pas si lointaines, et la classe politique française ne peut s’y rendre dans ce concert désaccordé. Quant au possible changement de république, si jamais nous devions passer de la cinquième à la sixième, celle - ci devrait être une république française européenne à tout le moins. L’écoute des politiques et des médias est-elle au rendez vous de notre avenir ? On peut le souhaiter, l’espérer, mais avant tout le susciter, avant que le ridicule, qui ne tue pas, nous blesse profondément.
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