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Les Arméniens gagnent du terrain
Par Alain Bloedt (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
27/10/2004 • 23h12
Alors que les relations entre l’Arménie et l’Union européenne (UE) s’intensifient, la non-reconnaissance du génocide arménien par les Turcs n’est toujours pas acceptée par l’Arménie. De fait, elle conditionne l’action d’une diaspora à la fois nombreuse et bien organisée. Pourrait-il en être autrement alors que le contexte actuel - l’ouverture probable des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne - ramène inévitablement le sujet sur la table ? Comme l’explique Anne-Marie Mouradian, journaliste à Radio France Internationale, et témoin attentif de la question, « le génocide est l’élément le plus rassembleur de la diaspora ». Organisé entre 1915 et 1917 par le régime des Jeunes turcs, ce génocide a fait plus de 1,2 millions de victimes dans la population arménienne de l’empire ottoman. Largement étudié, ce crime qui selon l’historien Yves Ternon, « n’est plus une hypothèse mais une certitude » demeure pourtant, presque quatre-vingt dix ans après les faits, nié par l’État turc. Traumatisme obsessionnel Les Arméniens de la diaspora, soit plus de six millions de personnes si l’on comptabilise plusieurs générations et les mariages mixtes, ont toujours espéré que l’entrée de la Turquie dans l’UE serait subordonnée à la reconnaissance du génocide de 1915. Une première étape est franchie le 18 juin 1987 par le Parlement européen qui réaffirme que la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie est un préalable à son adhésion à l’Union européenne. À l’instar d’autres pays européens, la France, qui accueille la plus grande communauté arménienne d’Europe, reconnaît le génocide le 18 janvier 2001. La suite logique aurait voulu, pour les membres de la diaspora arménienne, que la reconnaissance du génocide soit considérée comme une condition sine qua non dans les négociations avec la Turquie. Tel ne fut pas le cas et la question demeure absente des critères politiques de Copenhague. Début octobre, la Commission européenne a, pour la première fois, évoqué la question dans son dernier rapport sur la Turquie tout en se gardant de prononcer le mot. Le génocide, marque d’une conscience européenne Dire que le sujet est présent serait une litote. « La question du génocide occupe une place centrale malheureusement, une sorte de filtre qui conditionne notre vision des choses et du monde » avoue Hilda Tchoboian, présidente de la Fédération euro-arménienne pour la justice et la démocratie (EAFJD), une ONG qui rassemble une partie de la diaspora européenne. Son témoignage est si vrai que la première convention des Arméniens d’Europe organisée par l’EAFJF la semaine passée (18 et 19 octobre), au Parlement européen à Bruxelles, n’a pu écarter ni des débats, ni de la déclaration finale, la question centrale de génocide. Quant à la charte de la convention, elle est encore plus explicite considérant pèle-mêle « comme nulle et non avenue l’adhésion de la Turquie, actuelle, impénitente, négationniste et xénophobe au projet européen » et « qu’au travers ce génocide délibérément dirigé à l’encontre de la nation qui portait les valeurs des Lumières au sein de l’Empire ottoman, c’est précisément un rejet de la modernité européenne qu’a exprimé la Turquie ». Or, la notion de génocide, très sensible en Europe, depuis les horreurs de la guerre, n’est-elle pas partie intégrante de la culture et de la conscience européennes ? L’Arménie, un nouveau voisin officiel Ouverte à différentes organisations politiques, économiques, culturelles et confessionnelles, la convention a pourtant passé en revue de nombreux sujets sans liens avec la question du génocide. Il a ainsi été question d’énergie (notamment le cas de l’unique source d’électricité, la centrale nucléaire de Metsamor), de la situation dans le Haut Karabakh (République autonome auto-proclamée, peuplée d’Arméniens mais située sur le territoire azéri) et de la stabilité dans le Sud Caucase, dans le contexte de la politique de nouveau voisinage de la Commission à laquelle vient d’être intégrée l’Arménie. La culture et l’identité arménienne ont également été abordées dans le prisme de la langue arménienne, récemment admise grâce à la Hongrie, dans la famille des langues dont l’UE doit contribuer au développement. Autant de questions essentielles pour l’avenir de tout un peuple, amené un jour prochain à poser sa candidature à l’UE.
La Fédération euro-arménienne pour la justice et la démocratie.
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