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La chronique de la semaine Bush à Bush : un nouveau souffle pour "l’Amérique" ?
17/11/2004 • 00h00
La réélection de George Bush, doté désormais d’une forte légitimité populaire, conforte sa guerre contre le terrorisme. Mais le fossé entre les riches et les pauvres et les rapports avec ses partenaires dans le monde, notamment les Européens, seront au programme de la nouvelle administration. Par Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS, spécialiste des relations transatlantiques, ancien collaborateur du Centre Français sur les États-Unis (CFCE).
George W. Bush a véritablement trouvé son style présidentiel à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Comme à chaque moment de guerre dans l’histoire des Etats-Unis, la nation s’est rassemblée autour de son leader. Le président a ainsi trouvé l’occasion unique d’asseoir sa légitimité, de raviver la flamme américanophile et de poursuivre l’héritage inabouti de son père du « Nouvel Ordre Mondial ». Il est d’ailleurs éclairant de noter à quel point la politique étrangère aura dominé la campagne. Depuis la fin de la guerre froide, les candidats et les partis avaient en effet recentré leurs débats sur les problèmes intérieurs au détriment des affaires internationales. Le président Bill Clinton de 1992 s’était par exemple présenté comme peu soucieux des relations internationales et avait remporté une élection scandée par le slogan railleur : « It’s the economy, stupid ». La menace terroriste et la guerre en Irak ont ainsi inversé la tendance puisque l’essentiel des débats et discours de campagne a porté sur la guerre globale contre le terrorisme et les menaces pesant sur l’Amérique.
George W. Bush entamera son second mandat avec un renforcement républicain au Congrès : 55 Sénateurs républicains contre 51 lors du 108ème Congrès et une majorité de 29 sièges selon les estimations à la Chambre des Représentants. Il n’est pas déraisonnable d’anticiper un schéma identique à celui de 2001, c’est-à-dire une administration peu réceptive aux souhaits exprimés par une moitié de l’Amérique. Dès lors, il est nécessaire de dresser un bilan de l’administration Bush I, afin de déterminer dans quelle mesure la nouvelle équipe sera susceptible d’opérer quelques virages stratégiques, ou au contraire reproduira le même schéma. Vœu pieux, la politique consensuelle promise à Tom Daschle, leader du parti démocrate au Sénat (chef de file des démocrates du Sénat depuis dix ans), aux lendemains de la prise de fonctions du nouveau chef de l’Exécutif, s’était en effet rapidement transformée en fièvre partisane. L’entourage résolument conservateur du président Bush et les prises de positions très marquées de l’administration dès les premiers 100 jours avaient réussi l’exploit d’aliéner certains membres républicains du Congrès au sein de leur propre parti. La désaffection de Jim Jeffords, sénateur républicain du Vermont, en juin 2001, faisant basculer la majorité sénatoriale dans le camp démocrate en fut un exemple marquant.
Cette élection fut l’occasion de mesurer à quel point l’appellation « minorités » est erronée, car les membres des différentes communautés n’ont pas nécessairement voté pour le même candidat. Parmi les Américains dits hispaniques, George W. Bush a trouvé un important soutien de la communauté cubaine, majoritairement implantée en Floride, ainsi que de la communauté mexicaine la plus aisée vivant au Texas, tandis que Kerry semble avoir reçu un écho plus favorable auprès de la communauté porto-ricaine. Parler d’un « vote des hispaniques » est donc une grave erreur.
L’économie a joué un rôle important dans l’issue de l’élection, en dépit de l’état de guerre. Fragilisée, une grande frange de la population est ainsi en proie au doute et à l’inquiétude quant à son avenir. Les applications du programme du président républicain en matière de fiscalité n’ont en effet profité qu’à une infime fraction de la population : celle des plus favorisés. Les revenus modestes et la classe moyenne ont de leur côté ressenti les effets pervers des coupes budgétaires engendrées par les baisses d’impôt dans des secteurs essentiels de leur vie quotidienne comme la santé, l’éducation, l’emploi ou l’aide sociale. Alors que paradoxalement le budget de la défense atteignait des sommets paroxysmiques et malgré la mise en application d’une politique économique somme toute keynésienne, la relance de l’économie après le choc du 11 septembre n’a pas permis le retour attendu de l’emploi ni évité les délocalisations. Les « deux Amérique », celle de la classe moyenne et celle des « intérêts particuliers » ont donc vu la fracture se creuser tout au long d’une campagne marquée par les attaques partisanes et le durcissement des clivages idéologiques. Une élection classique aurait dû donc se présenter comme le moment idéal pour sanctionner un bilan de politique intérieure très mitigé. Ce ne fut pas le cas, même dans les Etats les plus touchés par les difficultés sociales et économiques, comme par exemple l’Ohio.
L’état de guerre a joué son rôle dans la réélection de George W. Bush. Howard Dean, candidat malheureux à l’investiture démocrate, eut le mérite de faire émerger le thème de l’Irak et de souligner le décalage entre les faits et les informations. Même le cap des mille victimes américaines tombées au combat (en septembre 2004) et le scandale des tortures infligées par des soldats américains dans la prison d’Abou Ghraib auront été « oubliés ». Les images d’enlisement des troupes alliées en Irak désavouaient-elles l’atterrissage triomphal de George Bush sur le porte-avion Abraham Lincoln le 1er mai 2003. Les photos et vidéos de sévices infligés par l’armée américaine s’opposaient-elles à l’aplomb et à l’absence d’états d’âme du Secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld. Enfin, le rapport de la Commission indépendante et bipartisane sur le 11 septembre révélant les failles et manquements de la CIA et de l’actuel gouvernement concernant les mesures de sécurité contredisait-il les déclarations officielles. Mais Kerry n’a que trop peu utilisé ces arguments, qui n’ont jamais semblé en mesure que de contrebalancer le poids de l’état de guerre.
Déçue ou ravie, une grande partie du monde attend désormais la suite des événements : réorganisation administrative, nouvelles nominations, et même possibilité de réorientation stratégique, tout en retenant son souffle. Car à présent de nombreuses questions se posent : a quoi ressemblera le second mandat de George W. Bush ? Le président américain souhaitera-t-il ou saura-t-il réconcilier l’Amérique avec elle même et avec le reste du monde ? Voilà le grand défi qui attend le président des Etats-Unis : restaurer l’image de l’Amérique dans le monde, réorienter le dialogue avec ses alliés et amis, et recadrer une politique étrangère écartelée. L’administration Bush II part sur des bases plus solides que Bush I, avec une vraie légitimité, et une marge de manœuvre politique importante, les Républicains contrôlant l’ensemble des pouvoirs. Mais parallèlement à cette légitimité, la nouvelle administration doit faire face à des défis importants, ainsi qu’à une attente de l’ensemble de la communauté internationale, là où la victoire des Démocrates aurait immédiatement été perçue comme un changement. Or, ces changements restent nécessaires, et quels que soient les désirs de George W. Bush et de son équipe, une attitude qualifiée d’autiste ne sera pas facile à défendre, le bourbier irakien étant venu apporter la preuve que cette stratégie ne fonctionne pas, et met en péril le modèle américain. Face aux responsabilités que lui offrent sa réélection, le chef de l’Exécutif américain se doit de proposer une réorientation de sa politique étrangère, sans que celle-ci soit cependant perçue comme un désaveu de la politique menée pendant les quatre dernières années. Ce n’est qu’à ce prix que la transition de Bush à Bush permettra peut-être de restaurer l’image des Etats-Unis sur la scène internationale, problème qui préoccupe tant les Démocrates que les Républicains, et sans doute seul sujet sur lequel il est effectivement possible de parler d’une union nationale. En savoir plus :
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