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Mon « beau Danube boueux »


Mon « beau Danube boueux »
14/11/2004 • 10h25
« Le beau Danube bleu », popularisé par la valse de Strauss, n’est qu’un souvenir lointain. Le mythique fleuve international, qui unit l’Europe occidentale à l’Europe Orientale, est maintenant l’un des plus pollués d’Europe. Les politiques menées dans les pays anciennement communistes ont négligé la protection de l’eau au profit de la productivité industrielle. L’intégration des pays d’Europe centrale à l’UE peut, à moyen terme, changer la donne.

Memo : Le Danube, fleuve international, transfrontalier, long de 2.850 km. Son bassin, de plus de 800.000 km2, couvre l’Europe Centrale et les Balkans.

A l’heure actuelle, les sources de pollution du bassin du Danube ont trois origines : l’industrie, l’agriculture, et les rejets d’eaux usées.

Le plus grand désastre écologique européen depuis Tchernobyl

(JPEG)
Le toujours large Danube © EPN 2004

Les sites d’extraction minière ont la mauvaise habitude en Hongrie, en Roumanie ou en ex-Yougoslavie de rejeter directement dans les rivières leurs produits chimiques et les déchets d’extraction. Le bassin de la rivière Tiza, en Hongrie, est dévasté par les rejets de cyanure et de métaux lourds qui ont tué des milliers de poissons. Le cyanure est extrêmement toxique, utilisé couramment dans les industries métallurgiques et chimiques, et dans l’extraction minière de l’or et de l’argent. Il nécessite des volumes d’eau très importants. Chez l’homme, il cause des dégâts au cerveau et au cœur.

Le 30 janvier 2000, cent mille mètres cubes d’eau polluées par du cyanure ont été rejetés près de Baïa Mare en Roumanie, dans la rivière Lapos, puis se sont répandus dans la Tiza pour finir dans le Danube. Au total, ce sont plus de 2.000 km de cours d’eau qui sont dévastés. Les volumes de cyanure déversés sont 700 fois supérieurs aux normes sanitaires. Plus d’un million de kilos de poissons morts a été retrouvé. Ce désastre, largement ignoré du public français, a été considéré comme le pire en survenu en Europe depuis Tchernobyl. Des dizaines de milliers d’habitants ne pouvaient plus boire l’eau du robinet ou des puits. L’Union Européenne a demandé aux compagnies minières de revoir leurs méthodes d’extraction. Cela n’a pas empêché des incidents de se reproduire à deux reprises dans la même mine, exploitée par un consortium roumano-australien.

Les déchets industriels contiennent aussi des métaux lourds, (zinc, cuivre, plomb) qui ne se diluent pas dans l’eau, s’accumulent dans les sédiments, et peuvent ensuite se concentrer dans les chaînes alimentaires.

Contamination agricole

Près de Bratislava, les rejets d’une raffinerie de pétrole sur le Danube a conduit à clore plus de la moitié des puits de la région. Actuellement en Hongrie, plus de 600 puits sont contaminés par les produits chimiques (engrais, désherbants) utilisés dans l’agriculture. Dans la République Tchèque, 70% des eaux de surface et souterraines sont polluées par les rejets agricoles et industriels. Si les grandes coopératives agricoles de l’ère soviétique disparaissent avec leurs méthodes productivistes, ce sont maintenant les multinationales qui ont trouvé un nouveau marché en Europe centrale, et qui incitent les paysans à augmenter leurs rendements par les biais d’apports massifs d’engrais et de désherbants.

Le Danube traverse 10 villes de plus de 100.000 habitants et des capitales comme Vienne et Budapest. Si de nombreuses petites villes d’Europe centrale ne disposent pas encore de stations d’épuration des eaux usées, la vitesse et la puissance du fleuve aide à « laver » ces déchets. Mais Bucarest, qui compte plus de deux millions d’habitants, est la dernière capitale européenne à ne pas disposer d’une station de traitement.

Vers une prise de conscience

L’intégration progressive des différents États danubiens à l’Union européenne pourra certainement apporter une aide pour une meilleure gestion des eaux partagées dans toute cette région. Les 17 pays que le fleuve traverse ont des statuts très variés : membres de l’UE, nouveaux pays membres, pays non-membres... Cela rend les actions multilatérales complexes. La Serbie par exemple, bénéficie d’une assistance technique par le biais de l’Union Européenne sur la gestion des ressources en eau, mais la coopération s’arrête à ce stade.

La convention « Danube River Protection Convention » (DRPC) a été signée le 29 juin 1994 à Sofia par tous les pays riverains et s’appuie pour la première fois sur une approche plus globale prenant en compte environnement, économie et cadre de vie. Elle se fixe trois grands objectifs :
-  une gestion durable et équitable de l’eau, incluant la protection, la restauration et l’utilisation rationnelle des eaux de surface et souterraines,
-  un contrôle des risques provenant de pollutions accidentelles par des substances dangereuses et une surveillance des phénomènes naturels, tels que les crues, gels et débâcles,
-  une réduction de la charge polluante apportée à la Mer Noire. (source : Réseau International des Organismes de Bassin).

Les programmes PHARE de Bruxelles ont déjà aidé à améliorer la situation, mais les problématiques sont trop variées et nombreuses. Seule la distribution des fonds structurels permettra de créer un tissu industriel respectueux de l’environnement. Si les directives européennes sont en passe d’être transposées dans le droit national, la mise en œuvre au niveau local est encore problématique. Les besoins en formation, par exemple, sont encore très nombreux. Des organismes français, tels l’Office international de l’Eau ou l’Ademe apportent leur contribution à ces besoins. Et il faudra encore quelques années pour que l’environnement devienne une préoccupation de tous les citoyens d’Europe Centrale.

Fabrice Pozzoli-Montenay © Lettre du Colisée - Comité de liaison et de solidarité avec l’Europe de l’Est

-  Sources :

Agence de l’environnement et pour la maîtrise de l’énergie- Ademe

Agence de l’Environnement Européen

Association Duna

OIEAU, Office International de l’Eau

Regional environmental center for central and eastern Europe

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