Yasser s’en est allé, Colin prend congé, Laurent est contesté... Et l’Europe dans tout ça ?
José-Manuel Lamarque, journaliste spécialisé sur les affaires européennes, auteur de "L’Europe pour les jeunes", avec Emmanuel Moreau, Editions Balland.
Depuis la mort de Yasser Arafat, on sait qu’une face du monde va changer, mais pour l’instant nul ne peut dire comment le vent tournera. La décision d’Ariel Sharon de réduire les colonies en Israël le met dans une position difficile face aux extrémistes israéliens, autre point de méditation.
Le départ de Collin Powell marque lui aussi un tournant de l’équipe Bush, départ au profit de Condoleezza Rice ; un général diplomate qui s’était fait connaître lors de la première guerre du Golfe avait marqué son territoire en résistant aux « faucons ». Il ne prêtait pas l’oreille aux sarcasmes de Donald Rumsfeld envers la « Vieille Europe » (sic), et sa présence était un espoir dans la concertation et le débat. La place est désormais libre aux rapaces de tous poils, et pas seulement aux États-Unis d’Amérique. C’est une crainte que l’on peut deviner tant au Moyen Orient, que dans d’autres régions du monde.
La situation ivoirienne n’est pas en reste tant l’attitude du président Laurent Gbagbo, critiquable par bien des égards, n’en reste pas moins la résultante d’une politique africaine menée par la France, dont les arcanes ont souvent été par trop opaques.
Et l’Europe dans tout ça ?
Les auditions des nouveaux commissaires européens et le retour de José-Manuel Barroso au Parlement européen le 18 novembre prochain laissent penser que, cette fois, la commission européenne sera acceptée par le Parlement européen, après que ce dernier ait montré son pouvoir grandissant et démocratique lors des premières auditions. Mais la commission Barroso fera sûrement parler d’elle dans l’avenir, son penchant libéral risque de faire réagir les parlementaires européens au moindre faux pas. La pression exercée par les Pays-Bas pour maintenir sa candidate, Neelie Kroes, au poste de commissaire à la concurrence, alors qu’elle a toujours été une femme d’affaires, fort connue de nombreux conseils d’administration, n’en est-il pas déjà un pas de travers, au moins aussi important que ce qui causa le départ de Rocco Buttiglione ?
Les continuelles jérémiades des opposants à la Constitution et les peurs truquées du débat turc vont-elles continuer d’être les arbres qui cachent la forêt du devenir démocratique de l’Europe ? Le dialogue avec Washington est-il affecté par l’élection de Bush II ? Continuer à dialoguer avec suivant les vœux de Michel Barnier, est une évidence qu’il faudra respecter et surtout tenir tant la nouvelle équipe Bush aura besoin d’interlocuteurs sachant résister et dire non, en toute intelligence.
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Mais notre regard ne doit pas seulement se porter au-delà de l’Atlantique, car le Proche et Moyen-Orient est un voisin géographique de l’Europe. L’union européenne doit se comporter en partenaire indispensable, tant pour la résolution du conflit israélo-palestinien, que pour les troubles et conflits à venir dans cette zone à l’équilibre instable. Une Union à vingt-cinq doit apprendre à fonctionner dans l’harmonie et la cohésion, mais surtout, elle doit montrer sa force pour maintenir la paix. Le magnifique rêve que nous représentons pour certains peuples ne doit pas se cantonner au stade de la vitrine. Une Union européenne forte, c’est une Union avec un vraie politique étrangère, une monnaie forte, et une politique intérieure rompue à toutes les procédures de la gouvernance. Voila pourquoi la question de la Constitution est une étape majeure de notre avenir.
Yasser, Ariel, Colin, Laurent et les autres...troublent l’échiquier international, et ce n’est pas José-Manuel qui seul pourra y avancer ses pièces... Quant à George, qu’il fasse grand ou petit roque, tant que Vladimir ne répond pas, José -Manuel devra jouer fin, s’il le peut... Pour tout cela, on attend de l’Union européenne qu’elle fasse preuve de maturité politique.