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Géopolitique de l’Europe Ni Est, ni Ouest, l’Ukraine européenne ?
Par Alix Masson (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
2/12/2004 • 09h51
La transition démocratique que l’Ukraine est en train de vivre, poussée par son peuple, ainsi que les menaces séparatistes des Ukrainiens russophiles de l’est ramènent à la question de la vocation européenne de l’Ukraine. L’Europe a mis en place un partenariat et se trouve être le plus grand donateur et le principal partenaire commercial de l’Ukraine. Avec ce pays devenu le 1er mai 2004, un nouveau frontalier de l’Union, l’’Europe ne semble pourtant pas prête à franchir le pas.
Revenons quelques décennies en arrière : de Gaulle ne parlait-il pas d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural ? L’Ukraine est donc européenne. Pourtant l’UE ne paraît pas prête à étendre ses frontières aux confins de la Russie. L’Ukraine, elle, depuis quelques années a montré sa volonté d’être membre de l’Otan et de l’Europe. Un certain bémol avait été apporté lors d’une rencontre entre Vladimir Poutine, le président ukrainien Kouchma et son Premier ministre, Viktor Ianoukovitch. Cette prise de position, sa promesse électorale d’élever le russe au niveau de langue officielle (17% de la population est russe) ne sont pas pour renforcer l’image européenne du pays. Son opposant, Viktor Iouchtchenko, a des velléités européennes affichées. Comme pour confirmer, Boris Tarasiuk, l’un des leaders de l’opposition, en visite à Bruxelles début décembre, a prévenu : « dès que le climat de confiance sera rétabli, dès que notre équipe sera en place, nous créerons les conditions nécessaires pour que l’Ukraine pose sa demande ».
Une colombe orange © DR
Revenant sur les liens entre l’Europe et l’Ukraine, ce responsable de la commission parlementaire ukrainienne pour l’intégration en Europe a fermement souligné que pour l’instant « l’Europe n’a pas de stratégie avec l’Ukraine. (...) Mais comment des hauts fonctionnaires européens peuvent-ils dire qu’il est impossible que l’Ukraine adhère à l’Europe », s’emporte-t-il . « Pourquoi l’Ukraine est-elle exclue, quelles en sont les raisons ? », s’est-il demandé. Il ne semble pas que ni les Etats membres, ni la Commission ne souhaitent vraiment répondre à ce type d’interrogation. Pour n’évoquer que cela, l’Europe dépend en grande partie de la Russie pour son approvisionnement énergétique. Et Moscou ne souhaite pas voir son ancienne république entrer dans le club européen. Il est difficile de ménager tout le monde... Jusqu’à présent, l’Union européenne a toujours dit que si l’Ukraine présentait sa candidature, elle la refuserait. Elle a plutôt tenté de mettre en place un partenariat, effectif depuis 1998. Mais depuis, 1991, un an après l’indépendance, l’Union a aidé l’Ukraine à hauteur de plus d’un milliard d’euros, en aides commerciales, assistance technique ou aide humanitaire. Depuis, la Commission européenne a lancé en mai 2003 sa « politique de nouveau voisinage » visant à assurer la stabilité de ses futurs voisins. Cette dernière devrait être mise en place pour 2007. Les experts s’accordent à dire que la politique menée avec l’Ukraine n’est pas suffisante et qu’elle se solde plutôt par un échec, n’ayant suscité aucune création de lien politique entre l’UE et l’Ukraine. Autre élément de poids, l’Union soutient la candidature de l’Ukraine à l’Organisation mondiale du commerce, mais ne lui a toujours pas accordé le statut d’économie de marché, critère essentiel pour être accepté. L’appel d’air crée par l’élargissement de l’Union européenne n’a visiblement pas été pleinement mesuré, au moins par les Etats membres. Aujourd’hui quelle que soit l’issue de la crise démocratique que connaît l’Ukraine, l’Europe aura du mal à répondre aux attentes ukrainiennes, faire de sa politique de voisinage une alternative crédible à l’adhésion et maintenir ses relations au beau fixe avec la Russie. De même, si l’opposant devait finalement être reconnu président, il endurerait la difficulté de faire passer les réformes économiques, administratives et politiques promises, sans avoir, en plus, en retour un message encourageant de ses partenaires de l’Ouest.
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